Header Critique : MALÉDICTION DES WHATELEY, LA (THE SHUTTERED ROOM)

Critique du film
LA MALÉDICTION DES WHATELEY 1967

THE SHUTTERED ROOM 

La new-yorkaise Suzanne Whateley hérite du moulin familial sur l'île de Dunwich, en Nouvelle Angleterre. Elle retourne sur ce lieu où elle a passé son enfance et s'y voit accueillie par des paysans hostiles et des rumeurs racontant que le moulin est hanté...

Le réalisateur de LA MALÉDICTION DES WHATELEY est l'anglais David Greene qui a surtout travaillé pour la télévision. Ce qui n'est pas déshonorant puisqu'il participe à des séries prestigieuses comme «CHAPEAU MELON ET BOTTES DE CUIR» ou «LA QUATRIÈME DIMENSION». Au générique, nous retrouvons l'acteur Oliver Reed dans le rôle du chef d'une bande de voyous. Depuis ses débuts, il tourne surtout des films d'horreur, de science-fiction et d'aventures, devenant un visage reconnaissable des sixties britanniques pour son physique menaçant et ses interprétations intenses. La reconnaissance internationale arrive peu après cette année 1967, avec OLIVER de Carol Reed en 1968 puis LOVE de Ken Russell en 1969.

LA MALÉDICTION DES WHATELEY est une adaptation de la nouvelle «La chambre condamnée» écrite par H.P. Lovecraft et August Derleth. Correspondant et ami de Lovecraft, ce dernier a collaboré avec l'exécuteur testamentaire de Lovecraft pour récupérer et terminer toute une série d'ébauches inachevées par le Maître de Providence. Les terminer à sa sauce serait-on tenté d'ajouter, car ces textes bicéphales restent controversés, considérés comme prenant des libertés avec la philosophie et l'univers de Lovecraft. L'apport de Derleth reste pourtant important, ne serait-ce qu'en tant que promoteur infatigable de l’œuvre de l'écrivain après sa mort.

«La chambre condamnée» mélange des éléments de deux histoires classiques de Lovecraft : les êtres-poissons malfaisants de «Le cauchemar d'Innsmouth» et les mésaventures incestueuses de la famille Whateley dans «L'abomination de Dunwich».

En tant qu'adaptation de «La chambre condamnée», LA MALÉDICTION DES WHATELEY prend beaucoup de libertés : elle met de côté tous les éléments Lovecraftiens du récit. Il n'y est plus question de mariage contre-nature ou de sorcellerie. Seule subsiste l'idée du monstre enfermé dans le moulin abandonné que l'héritier libère imprudemment. Et encore, cette idée est traitée ici de manière classique, resservant le poncif du cousin enfermé et caché contre son gré, dans la grande tradition gothique de «Jane Eyre».

LA MALÉDICTION DES WHATELEY décrit aussi une communauté de paysans arriérés, aigris, superstitieux et méchants, n'accueillant pas de gaîté de cœur les visiteurs continentaux. Nous suivons ainsi une bande de voyous idiots, bagarreurs, voleurs et même violeurs, menée par un Oliver Reed ombrageux, bad boy insulaire vêtu tout en denim américain.

La plupart des scènes fortes de LA MALÉDICTION DES WHATELEY montre ces loubards harceler les deux citadins fraîchement arrivés à Dunwich . L'ambiance est alors très dure. La réalisation se permet quelques expérimentations sixties (zoom, caméra à l'épaule). La musique est composée de morceaux jazz-rock envoûtants. L'interprétation s'avère inégale, mais certains comédiens sont vraiment excellents (Oliver Reed, Celia Hewitt, la vétéran Flora Robson).

Toutefois, le récit manque de rythme et l'histoire harmonise mal ses deux éléments dramatiques principaux (le moulin mystérieux et la bande d'agresseurs). Il ne semble au fond qu'un prétexte à marier l'horreur gothique encore à la mode et les films mettant en scène des bandes de jeunes brutaux, comme LES ANGES SAUVAGES et ses bikers excessifs, sorti un an avant avec succès. Nous passons confusément d'un thème à l'autre si bien que la maison hantée n'intervient vraiment que dans le dernier quart d'heure.

Certains acteurs sont trop fades (Susan Whateley et son mari, protagonistes principaux, rivalisent de platitude). Enfin, des longueurs gênantes ralentissent la narration, la durée de 100 minutes s'avère exagérée pour un argument bien  mince.

En fin de compte, LA MALÉDICTION DES WHATELEY n'est pas vraiment un film Lovecraftien. Mais il reste un honnête film d'horreur à la base, malheureusement alourdi par une histoire mal équilibrée et trop lente.

Rédacteur : Emmanuel Denis
Photo Emmanuel Denis
Un parcours de cinéphile ma foi bien classique pour le petit Manolito, des fonds de culottes usés dans les cinémas de l'ouest parisiens à s'émerveiller devant les classiques de son temps, les Indiana Jones, Tron, Le Dragon du lac de feu, Le Secret de la pyramide... et surtout les Star Wars ! Premier Ecran fantastique à neuf ans pour Le retour du Jedi, premier Mad Movies avec Maximum Overdrive en couverture à treize ans, les vidéo clubs de quartier, les enregistrements de Canal +... Et un enthousiasme et une passion pour le cinéma fantastique sous toutes ses formes, dans toute sa diversité. S'il fallait faire mienne une maxime en la matière, je reprendrais (de mémoire !) une citation de Roman Polanski : «les personnes qui aiment vraiment le cinéma aiment le fantastique» !
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