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Critique du film
THE WICKER MAN 1973

 

THE WICKER MAN est le premier film de fiction réalisé par Robin Hardy. Mais il a déjà derrière lui une longue carrière à la télévision, notamment dans le domaine du documentaire. À ce titre, Il a déjà travaillé avec le dramaturge et écrivain Anthony Shaffer, qui vient de signer pour le cinéma les scénarios de FRENZY de Hitchcock et du LIMIER de Mankiewicz. Shaffer souhaite se frotter au domaine de l'horreur et le studio anglais Golden Lion accepte de financer son projet THE WICKER MAN. Après un travail de préparation soigneux (repérage, recherches historiques...), son tournage commence en Écosse.

Les acteurs principaux sont alors des vedettes en Grande-Bretagne. Edward Woodward est l'acteur principal de la série télévisée «CALLAN». Britt Ekland était la femme de Peter Sellers dans les années soixante et va devenir James Bond Girl dans L'HOMME AU PISTOLET D'OR de 1974. Deux stars des films d'horreur Hammer complètent le casting : Ingrid Pitt (THE VAMPIRE LOVERS) et Christopher Lee (LE CAUCHEMAR DE DRACULA). Ce dernier, passionné d'occultisme, s'engage complètement dans ce projet pour lequel il accepte de ne pas être payé.

Le sergent Howie de la police britannique est un chrétien pratiquant, prenant très au sérieux la notion de péché, notamment en ce qui concerne la sexualité. Il reçoit une lettre anonyme l'avertissant qu'une fillette, Rowan Morrison, a mystérieusement disparu de la petite île écossaise de Summerisle. Il s’y rend seul et découvre une population hostile qui lui met des bâtons dans les roues. Même la mère de la disparue le fait tourner en bourrique ! Il apprend que tous les habitants de cette île ont abandonné la foi chrétienne et se livrent à des rituels païens. Howie rencontre le comte de Summerisle, châtelain de la région, qui lui explique comment les rites celtes ont été réintroduits par son ancêtre au XIXème siècle. Offusqué par ces pratiques qu'il juge barbares, le policier met tout en œuvre pour retrouver Rowan. La grande fête païenne du premier mai va bientôt arriver...

THE WICKER MAN (c'est-à-dire "L'homme d'osier") est un éminent représentant du "film de sectes". Un homme s'oppose à une organisation religieuse qui, dans le cadre de ses pratiques cultuelles, se livre à des crimes et utilise la sorcellerie. Ce métrage s'inscrit dans la lignée de deux prestigieux classiques britanniques : RENDEZ-VOUS AVEC LA PEUR de Jacques Tourneur et LES VIERGES DE SATAN de Terence Fisher. Dans le film de Tourneur, un savant rationaliste (Dana Andrews) affronte une malédiction orchestrée par des adorateurs du Démon. Dans l'œuvre de Fisher, le duc de Richleau (Christopher Lee) est un expert en occultisme et met tous les moyens de la magie blanche en œuvre pour vaincre un sorcier sataniste. Dans les deux cas, l'étude des cultes païens reste dans le manichéisme, basée sur une représentation d'un conflit bien-mal sans nuance.

THE WICKER MAN propose un point de vue novateur. Summerisle est une communauté dans laquelle le paganisme ancien a été réintroduit au XIXème siècle, afin d'accompagner la réorientation de la petite économie locale vers l'agriculture. Les rites païens sont ceux de la culture celte, c'est-à-dire des traditions presque complètement éradiquées des îles britanniques lors de l'introduction du christianisme dans cette région (les fameuses légendes du roi Arthur décrivent en fait la transition entre ces deux ères).

La religion celte intéresse effectivement des intellectuels au XIXème siècle, lorsqu'on commence à étudier les traditions populaires et les patrimoines européens, au moment de l'apparition de l'idée d'Etat-nation en Europe. Avec l'explosion du mouvement hippie de la fin des années soixante et sa recherche d'un mode de vie en harmonie avec la nature, ce folklore connaît un regain de popularité, accompagnant une réémergence du druidisme constatée tout au long du vingtième siècle dans les îles anglaises. Robin Hardy se livre à un travail de documentation sérieux et propose dans THE WICKER MAN une restitution de cette culture donnant une forte impression de cohérence, de dépaysement et d'authenticité. Ce que renforce encore un tournage en décor naturel, en Écosse, dans de superbes extérieurs - en opposition avec l'ambiance confinée des films d'épouvante anglais classiques réalisés avant tout en studio, dans les années 1950-1960.

Les habitants de Summerisle se livrent à des rites orientés vers la fertilité et basés sur l'adoration du Dieu Soleil et de la Déesse des Champs. Ces cérémonies tournent autour de l'exaltation de la nature et de la sexualité vécue comme une fête, mais aussi autour de la notion de sacrifice et de renaissance. Ainsi, à la mort d'un homme, un arbuste est planté sur sa tombe, arbuste qui grandit en se nourrissant de sa dépouille. Tous ces aspects choquent le sergent Howie, chrétien puritain. Il est révulsé par ce qui tourne autour de la magie sexuelle et autres cérémonies orgiaques entourant l'arrivée du printemps. THE WICKER MAN souligne avec acuité l'hypocrisie, l’intolérance et le caractère névrosé de ce personnage. Les païens de Summerisle nous paraissent plus sympathiques et raisonnables que ce bigot tourmenté.

Original par son sujet et son traitement, THE WICKER MAN l'est aussi par sa forme. Présenté et promu comme un film d'horreur, genre dont il reprend deux vedettes (Pitt et Lee), il démarre comme un récit policier classique. Pourtant, sa progression se trouve moins dictée par une enquête criminelle que par la volonté de présenter de façon documentaire, complète et détaillée les coutumes de cette communauté païenne. Dès lors, THE WICKER MAN peut sembler lent et peu spectaculaire à ceux qui cherchent un produit plus fidèle aux canons du thriller classique.

THE WICKER MAN est aussi une étonnante comédie musicale. En effet son avancement se ponctue de nombreuses chansons folkloriques, arrangées et composées par Paul Giovanni et parfois accompagnées de chorégraphies. Citons l'étonnant final, ainsi que la danse dénudée de Britt Ekland qui, tentatrice, met à l'épreuve Howie en lui chantant une superbe chanson érotique. Mettre en valeur des chansons folk, la plupart à connotations religieuses, n'a rien de gratuit dans le cadre d'une présentation des traditions celtes, civilisation dans laquelle la transmission orale du savoir est fondamentale : cette culture n'avait en effet pas d'écriture.

THE WICKER MAN est un excellent film fantastique, un des meilleurs proposés par le cinéma anglais, qui vaut notamment pour l'originalité de son ton, ainsi que son approche documentaire étonnante alliée à une vraie créativité. Toutefois, il sort dans de mauvaises conditions. Les cadres du studio Golden Lion venant d'être remplacés, la nouvelle équipe sacrifie ce film. Il se voit retirer presque vingt minutes de métrage et le négatif est perdu. THE WICKER MAN sort en Angleterre en catimini, en double-programme, avec un autre chef-d’œuvre produit par Golden Lion : NE VOUS RETOURNEZ PAS de Nicolas Roeg.

Aux USA, le distributeur bâcle aussi le travail. Pourtant, les critiques sont excellentes. En France, THE WICKER MAN reçoit le Grand Prix du Festival du Film Fantastique de Paris, organisé par la revue «L'écran fantastique». Mais il n'est même pas distribué en salles, n'arrivant à la télévision et en vidéo chez nous qu'aux alentours de l'an 2000.

Avec le recul, THE WICKER MAN et NE VOUS RETOURNEZ PAS promettent un renouvellement passionnant du cinéma fantastique anglais, lequel périclite alors entre le déclin de la firme Hammer et la concurrence d'œuvres américaines au ton nouveau comme LA NUIT DES MORTS-VIVANTS ou L'EXORCISTE. Hélas, cet espoir ne se concrétisera pas vraiment. THE WICKER MAN devient néanmoins un classique du cinéma fantastique anglais avec les années. Il influence aussi énormément la scène musicale anglaise, surtout celle aimant à mettre en avant ses particularismes locaux : ne citons qu'Iron Maiden qui en 2000 signe une chanson «The Wicker Man» à l'inspiration transparente.

Depuis, essentiellement deux montages légitimes circulent : un director's cut de 99 minutes assemblées à partir d'éléments de qualité visuelle inégale (disponible par exemple sur le DVD français de la collection «Cinéma de Quartier» sorti chez StudioCanal en 2003), et un «Final Cut» lui aussi validé par Robin Hardy, plus resserré, mais avec une qualité d'image plus constante (sorti en bluray français à nouveau chez StudioCanal, dans la collection «Make My Day» en 2020).

En 2006, alors que la mode des remakes de films d'horreur des années soixante-dix fait fureur suite aux succès des réitérations de MASSACRE À LA TRONÇONNEUSE et LA COLLINE À DES YEUX, Millenium a la curieuse idée de proposer un remake de THE WICKER MAN. Interprété par Nicolas Cage et Ellen Burstyn, il s’agit plutôt d’une variante féministe de son modèle, au résultat très passable. En 2011, Robin Hardy lui-même retourne en Ecosse pour signer THE WICKER TREE, qu'il présente comme une suite de THE WICKER MAN, dans lequel des évangélistes américains portés sur la chasteté à tout prix débarquent à leur tour dans une communauté écossaise très spéciale...

Rédacteur : Emmanuel Denis
Photo Emmanuel Denis
Un parcours de cinéphile ma foi bien classique pour le petit Manolito, des fonds de culottes usés dans les cinémas de l'ouest parisiens à s'émerveiller devant les classiques de son temps, les Indiana Jones, Tron, Le Dragon du lac de feu, Le Secret de la pyramide... et surtout les Star Wars ! Premier Ecran fantastique à neuf ans pour Le retour du Jedi, premier Mad Movies avec Maximum Overdrive en couverture à treize ans, les vidéo clubs de quartier, les enregistrements de Canal +... Et un enthousiasme et une passion pour le cinéma fantastique sous toutes ses formes, dans toute sa diversité.
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