Header Critique : HAUNTING, THE (LA MAISON DU DIABLE)

Critique du film et du DVD Zone 0
THE HAUNTING 1963

LA MAISON DU DIABLE 

Mal dans sa peau et dans sa vie, Eleanore Lance (interprétée par Julie Harris) accepte l'invitation du Dr John Markway (Richard Johnson), qui mène des recherches sur les maisons hantées : il vient d'obtenir l'autorisation de séjourner dans Hill House. Cette maison, construite 90 ans plus tôt par Hugh Crain, a vu se dérouler depuis de nombreux décès inexpliqués. Markway a donc convié trois témoins à le rejoindre : d'un côté Luke Sanderson (Russ Tamblyn), un jeune homme profondément matérialiste, puis Theodora (une médium jouée par Claire Bloom) et Eleanore, le couple féminin qui, selon Markway, sert de "capteur" des phénomènes psychiques. Les deux jeunes femmes, que tout oppose, nouent rapidement une relation dans laquelle se mêle haine et forte amitié.

Robert Wise produit et réalise THE HAUNTING en 1963. Ce n'est pas la première intrusion de ce cinéaste dans le cinéma fantastique ; il avait réalisé en 1944 la suite de LA FÉLINE (de Jacques Tourneur) intitulée LA MALÉDICTION DES HOMMES CHATS et THE BODY SNATCHER avec Boris Karloff et Bela Lugosi en 1945. Wise diversifie alors les genres dans lesquels il intervient, pour à chaque fois laisser un des classiques du genre : la comédie musicale avec WEST SIDE STORY ou LA MELODIE DU BONHEUR, le film de guerre (LA CANONNIERE DU YANG-TSE, L'ODYSSEE DU SOUS-MARIN NERKA...), le péplum (HELENE DE TROIE) ou la S.F. (LE JOUR OU LA TERRE S'ARRETA, STAR TREK).

THE HAUNTING arrive donc en 1963 : le genre horrifique connaît alors un formidable élan avec LES OISEAUX (1963) d'Hitchcock, mais surtout avec PSYCHOSE en 1960. Robert Wise se lance à son tour dans le filmage d'une maison terrifiante, hantée, telle que l'était à sa façon la maison de Norman Bates dans le film d'Hitchcock. Et Wise n'emprunte pas seulement l'idée, mais aussi la trame narrative même qui rappelle de loin en loin celui du maître du suspense. Eleanore Lance fuit sa famille, délaissée, et part pour une expédition en voiture jusqu'à Hill House… Outre l'intrigue, dans laquelle on retrouve la patte hitchcockienne, Wise emprunte quelques plans à PSYCHOSE : la fuite en voiture, la maison, la douche transformée par Wise en œil de poisson (voir infra pour le commentaire de ce plan), ou les escaliers (le colimaçon rappelle bien sûr l'extraordinaire séquence finale de VERTIGO)… mais tant le film d'Hitchcock a marqué les consciences, tant il est délicat de revenir sur ses traces sans risquer le plagiat. Wise s'en tire merveilleusement, et son film reste un classique de l'horreur aux côtés de PSYCHOSE.

THE HAUNTING constitue un des films étalons consacrés aux maisons hantées. On pense, en parallèle, à THE HOUSE ON HAUNTED HILL (au titre si proche du roman dont s'est inspiré Wise - "The haunting on hill house", de Shirley Jackson, ressorti en France par Presse Pocket sous le titre "Hantise" — il faut bien vivre…) de William Castle (qui traitera le thème de la maison hantée plusieurs fois, de 13 GHOSTS à THE OLD DARK HOUSE, la même année que THE HAUNTING !) mettant en scène Vincent Price. Ces deux films, diamétralement opposés quant à leur résolution, comptent en revanche de nombreuses similitudes dans le traitement de la maison et du climat sonore : dès l'ouverture, alors que le générique se déroule, la maison tient déjà la place du fond, sombre mais omniprésente. Déjà, l'ambiance sonore est habitée par des cris ou des grincements, les plans subissent des décadrages constants, des déformations ; les images sont surchargées d'accessoires, de motifs introduisant des perturbations du champ visuel. Robert Wise, comme le fit William Castle auparavant, donne à ses plans une profondeur illusoire par l'usage des miroirs, par l'usage du hors-champ sonore ou sensoriel.
Mais dans le film de Wise, la profondeur ne se limite pas à ces tours de passe-passe : le thème fondateur de l'intrigue, de la légende même de la maison, c'est la brisure, le renversement, le trauma infantile. Le cinéaste l'exprime en jouant à fond la carte du dérangement : fondus, cadrages déficients…, lors de la séquence d'ouverture du film : là est dite une des clefs du métrage, durant lequel le spectateur certes entendra, sentira, devinera mais ne verra rien de ce qui le terrifie. En effet, lors de cette séquence, le père force l'enfant, qui lutte contre cette vision, à voir la mort de sa mère, alors que le film même est une négation de l'acte de voir : la main, qu'on pouvait juger à tort comme contrainte, devient, une fois le film digéré, symbole du bon sens paternel ; il vaut mieux affronter les visions qui nous font horreur que leur laisser les bas-fonds, les coins d'ombre. La fascination du personnage féminin pour et surtout par Hill House, son progressif dérangement, s'impose peu à peu comme une autre clef de l'intrigue. Mise en rapport avec l'attitude paternelle lors de la séquence d'ouverture, avec le terre-à-terre du personnage incarné par Russ Tamblyn, avec les croyances scientifiques du Dr Markway, cette fascination permet d'opposer les personnages masculins avec Eleanore, en recherche d'absolu, de ce qui est au delà de l'humain.

Multipliant les pistes de lecture, Wise essaie peu à peu d'entraîner son spectateur dans la folie de la protagoniste. Est-ce qu'on peut mettre au crédit de ce dérangement le sens de ce plan qui intervient à 30 minutes ? Wise fait alors un insert (procédé hitchcockien s'il en est) sur l'œil du poisson que les convives vont manger. Loin du plan sur la pièce de viande dans le DRACULA de Coppola, qui lui avait une signification transitoire (et créait un effet comique assez grossier), ce plan semble sorti de nulle part, sans valeur narrative, et il s'attarde (pendant 5 secondes), accroissant l'interrogation, le doute et l'angoisse du spectateur. De ce plan semble sorti tout un pan du cinéma récent, Lynch en tête.

A noter qu'on retrouve à l'affiche Julie Harris dans le rôle principal mais c'est surtout Richard Johnson que l'on découvre dans ce film, qui réapparaîtra onze ans plus tard dans LE DEMON AUX TRIPES et sera le docteur Menard dans L'ENFER DES ZOMBIES de Lucio Fulci.

Warner a sorti le DVD américain de THE HAUNTING cet été. Destiné au marché américain le disque est signalé Zone 1 sur le digipack, mais est codé zones 1 à 4, ce qui permet au public français de voir ce film sans aucun problème, d'autant que le disque propose la version originale ou la version française et les sous-titres français, anglais et espagnol.

L'image est issue d'un transfert format 16/9ème dans un ratio de 2.35:1, rendant idéalement le panavision d'origine. L'image est très propre et claire, sans défaut notable lors du visionnement, ce qui permet d'apprécier à plein la photographie de Davis Boulton.

Les pistes sonores rendent le mono d'origine correctement ; on préfèrera cependant la version originale car le doublage choisi pour Julie Harris dans la version française en fait un personnage profondément détestable, et le doublage d'époque semble plus dépouillée que la V.O.

Le disque possède quelques bonus moyennement intéressants ; d'abord une galerie, divisée en deux parties : une partie du script original de Robert Wise (malheureusement peu lisible malgré les zooms imposés) et un diaporama composé d'affiches et de photos d'exploitation. Une page d'essai sur les histoires de fantômes vient compléter les suppléments. En revanche le commentaire est plus copieux : il regroupe toute l'équipe, à savoir Julie Harris, Claire Bloom, Richard Johnson, Russ Tamblyn, Robert Wise et Nelson Gidding, le scénariste. Très intéressant par la diversité des intervenants, ce commentaire nécessite tout de même une très bonne maîtrise de la langue anglaise ; il n'est pas sous-titré, ni en français, ni en anglais. Les intervenants ne s'attardent malheureusement pas sur l'analyse des séquences mais retracent généralement l'historique du film avec de nombreuses anecdotes.

Voici une édition tout à fait honnête de ce film de Robert Wise, permettant aux amateurs d'ambiances étranges de le découvrir ou redécouvrir dans des conditions optimales. On souhaiterait cependant qu'une prochaine édition soit plus fournie en documents permettant un visionnage plus approfondi du film.

Rédacteur : Jérôme Peyrel
32 critiques Film & Vidéo
On aime
Le terrible plan non narratif de l'œil du poisson
L'ambiance léchée
On n'aime pas
Des longueurs
Le commentaire non sous-titré
Le doublage français pour Julie Harris
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L'édition vidéo
THE HAUNTING DVD Zone 0 (USA)
Editeur
Support
DVD (Simple couche)
Origine
USA (Zone 0)
Date de Sortie
Durée
1h52
Image
2.35 (16/9)
Audio
English Dolby Digital Mono
Francais Dolby Digital Mono
Sous-titrage
  • Anglais
  • Français
  • Espagnol
  • Supplements
    • Commentaire audio de Julie Harris, Claire Bloom, Richard Johnson, Russ Tamblyn, Robert Wise et Nelson Gidding
    • Galerie de photos
    • Bande-annonce
    • Things that go bump in the night (texte)
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