Header Critique : CALTIKI : LE MONSTRE IMMORTEL (CALTIKI : IL MOSTRO IMMORTALE)

Critique du film
CALTIKI : LE MONSTRE IMMORTEL 1959

CALTIKI : IL MOSTRO IMMORTALE 

Au Mexique, une expédition archéologique découvre un sanctuaire caché dédié à la déesse Caltiki. Un monstre horrible s'y tapit...

En 1957, LES VAMPIRES, au tournage commencé par Riccardo Freda et terminé par Mario Bava, est une tentative audacieuse de créer un cinéma italien d'épouvante. Mais le succès n'est pas au rendez-vous. A la fin des années 1950, le fantastique s'impose néanmoins dans le cinéma de ce pays sous une autre forme, grâce aux triomphes de nouveaux péplums à forte tendance mythologique.

Magnifiquement photographié en couleurs par Bava et réalisé par Pietro Francisci, LES TRAVAUX D'HERCULE sort en 1958 et connaît un gros succès, consacrant au passage l'américain bodybuildé Steve Reeves comme vedette du cinéma d'aventures. Anticipée quelques années avant par le ULYSSE de Mario Camerini avec Kirk Douglas, la mode des péplums fantastiques mettant en scène des héros très musclés est lancée ! Elle atteint son apogée au début des années 1960. Citons quelques-uns des exemples les plus connus de ce genre : HERCULE ET LA REINE DE LYDIE en 1958, toujours réalisé par Pietro Francisci, photographié par Mario Bava et interprété par Steve Reeves ; LES TITANS de Duccio Tessari avec Giuliano Gemma ; le coloré et inventif HERCULE CONTRE LES VAMPIRES de Mario Bava avec Christopher Lee ; le spectaculaire HERCULE À LA CONQUÊTE DE L'ATLANTIDE de Vittorio Cottafavi ; MACISTE EN ENFER de Riccardo Freda...

Malgré l'échec des VAMPIRES, Riccardo Freda fait alors de nouveau le pari d'importer un genre fantastique anglo-saxon sur les écrans italiens en réalisant ce CALTIKI, LE MONSTRE IMMORTEL, très largement influencé par les films de science-fiction anglo-saxons des années 1950. Néanmoins, Freda avoue n'avoir passé que très peu de temps sur le plateau, laissant rapidement à son chef-opérateur Mario Bava le soin de tourner l'ensemble du métrage. Des interviews de Freda contradictoires ont parfois été citées, dans lesquelles il affirme avoir réalisé tout le film, sauf les séquences d'effets spéciaux...

Avec ce film, Riccardo Freda commence à employer le pseudonyme anglicisé de Robert Hampton (Hamton dans le générique français !) pour signer certaines de ses œuvres. Ces transformations de noms italiens en pseudonymes anglo-saxons, destinés à masquer l'origine des créateurs du métrage, deviendront coutumières dans un cinéma italien cherchant à duper le public. Parmi les cas les plus connus, citons Mario Bava parfois appelé John Old, Sergio Leone qui signe POUR UNE POIGNÉE DE DOLLARS sous le pseudonyme Bob Robertson, Antonio Margheriti se faisant appeler Anthony M. Dawson, Bruno Mattei employant entre autres le nom Vincent Dawn... Aristide Massaccesi finit par devenir si célèbre sous son pseudonyme Joe d'Amato que les cinéphiles ignorent souvent son véritable nom de naissance !

Pour revenir à CALTIKI, LE MONSTRE IMMORTEL, doté d'un budget modeste, son casting est composé d'acteurs secondaires. John Merivale a peu tourné, mais on le rencontre dans LE CIRQUE DES HORREURS du britannique Sidney Hayers ou le plus prestigieux ARABESQUE de Stanley Donen. L'actrice Didi Perego est plutôt habituée aux seconds rôles, mais sa filmographie est variée : le controversé KAPO de Gillo Pontecorvo, la parodie de films de super-héros ARRIVA DORELLIK de Steno, LA NUIT DE VARENNES d'Ettore Scola... Gérard Herter fait surtout carrière dans les seconds rôles du cinéma populaire italien : aventures avec LA CHARGE DES COSAQUES de Freda ; péplum avec MACISTE DANS LA VALLÉE DES LIONS ; western avec COLORADO de Sergio Sollima ; guerre avec LA BATAILLE DE EL ALAMEIN de Giorgio Ferroni...

RICCARDO FREDA ENTRE LES VAMPIRES ET CALTIKI

De 1956 à 1959, Freda tourne relativement peu de films pour son propre compte. En 1957, GUET-APENS À TANGER mêle espionnage et intrigue policière dans une petite production tournée en quinze jours entre Tanger et Madrid. Pour LA CHARGE DES COSAQUES, deux ans plus tard, Freda réalise un film d'aventures plus à son goût, avec Mario Bava comme chef-opérateur : Steve Reeves incarne le rebelle Hadji Mourad affrontant les troupes du tsar Nicolas Ier.

D'autre part, Freda participe à l'élaboration de péplums à la génèse complexe, comme il s'en tourne beaucoup en Italie à la fin des années 50. Pendant cette décennie, les grands studios hollywoodiens paniquent devant l'essor de la télévision et tentent de nouvelles tactiques pour attirer le public. Outre les innovations techniques (relief, cinémascope, généralisation du Technicolor), on multiplie les onéreuses productions afin de proposer au public des spectacles impossibles à restituer sur les écrans de télévision. Pour faire tout de même des économies, certaines de ces super-productions américaines sont tournées en Europe, où les frais de tournages sont nettement moins chers qu'à Hollywood.

LE CID et LA CHUTE DE L'EMPIRE ROMAIN d'Anthony Mann sont ainsi filmés en Espagne. Surtout, les péplums QUO VADIS? de Mervyn LeRoy et BEN-HUR de William Wyler sont tournés à Rome. Sur ces productions américaines, des réalisateurs italiens mettent la main à la pâte (il est notoire que Sergio Leone a travaillé sur BEN-HUR).

Les producteurs italiens s'empressent de marcher sur les plates-bandes de Hollywood. De nombreux péplums ambitieux sont produits par des Européens et tournés en Italie à partir du milieu des années 1950. En 1957, le susmentionné LES TRAVAUX D'HERCULE est comme nous l'avons vu un grand succès.

Guido Brignone, vétéran ayant tourné des péplums fameux en Italie pendant l'entre-deux guerre, dont le fabuleux MACISTE AUX ENFERS de 1925, se voit ainsi confier le tournage de SOUS LE SIGNE DE ROME en 1958, avec la pulpeuse Anita Ekberg. Le film est signé du nom de Brignone, mais réalisé en fait par Riccardo Freda pour les scènes d'extérieur et par Michelangelo Antonioni pour les scènes d'intérieur ! Ce dernier accepte ce travail pour des raisons d'argent, ses œuvres personnelles n'étant pas encore reconnues. Freda assume plusieurs fois de tels travaux ingrats, notamment pour LES MONGOLS de 1960, signé par le metteur en scène hollywoodien André De Toth.

MARIO BAVA ENTRE LES VAMPIRES ET CALTIKI

De 1956 à 1959, Mario Bava n'est toujours pas reconnu comme un réalisateur en tant que tel. Il continue à œuvrer en tant que chef-opérateur sur le péplum parodique LES WEEK-ENDS DE NÉRON de Steno avec Alberto Sordi et Brigitte Bardot, sur le film de science-fiction LE DANGER VIENT DE L'ESPACE de Paolo Heusch (dont Bava signe aussi les trucages), sur le film d'aventures LA CHARGE DES COSAQUES de Freda...

Surtout, il collabore à plusieurs films du réalisateur Pietro Francisci. Après avoir éclairé son ROLAND PRINCE VAILLANT de 1956 (inspiré par la Chanson de Roland), Mario Bava est chef-opérateur et responsable des effets spéciaux des TRAVAUX D'HERCULE, puis de HERCULE ET LA REINE DE LYDIE.

CALTIKI, LE MONSTRE IMMORTEL

Au premier abord, l'argument de CALTIKI, LE MONSTRE IMMORTEL est presque Lovecraftien. Un organisme monstrueux, préhistorique et informe, est retrouvé enfoui dans un sanctuaire sous-terrain situé sous d'anciennes pyramides mayas. Cette civilisation vénérait cet être terrible comme un Dieu, probablement en effectuant des sacrifices humains.

De nos jours (dans les années cinquante, donc), des archéologues découvrent ce sanctuaire et le monstre. Ils n'échappent que de peu à cette dangereuse menace. Un des explorateurs est blessé et on l'hospitalise pour le soigner. Des scientifiques prélèvent des morceaux du monstre restés collés sur le blessé afin de les étudier. A tout cela s'ajoute une prophétie très ancienne annonçant le réveil de Caltiki et la fin du monde !

CALTIKI, LE MONSTRE IMMORTEL se réfère à des œuvres de science-fiction américaines et anglaises réalisées dans les années 1950, et qui ont eu du succès en Italie. L'étrange découverte archéologique dans une contrée hostile rappelle les classiques LA CHOSE D'UN AUTRE MONDE et L'ÉTRANGE CRÉATURE DU LAC NOIR. Pour la forme indéfinie et la texture spongieuse du monstre, ainsi que pour sa croissance menaçante, nous pensons évidemment à DANGER PLANÉTAIRE dans lequel le fameux Blob menace les Terriens. Surtout, les aventures scientifiques des chercheurs, la métamorphose de Max et l'apparence du monstre, rappellent la série des aventures du professeur Quatermass, portées au cinéma par la firme britannique Hammer par deux fois déjà avec LE MONSTRE et LA MARQUE. CALTIKI, LE MONSTRE IMMORTEL évoque en particulier le premier des deux, dans lequel un astronaute revient sur Terre contaminé par un étrange mal extraterrestre et se change en un monstre informe.

Film à petit budget, CALTIKI, LE MONSTRE IMMORTEL n'échappe pas aux défauts de certains de ses cousins anglo-saxons les moins fortunés. Les interprètes sont dirigés sans grande rigueur, les personnages sont fades (le professeur et son épouse), tandis que certains décors ne convainquent guère (la jungle est bien étroite, certains extérieurs évoquent plus les terrains vagues romains que le Mexique). Les effets spéciaux ne sont pas toujours réussis : le monstre évoque parfois un vieux tas de chiffons préalablement trempés dans de l'eau savonneuse... L'assaut final abuse de miniatures peu impressionnantes.

Le scénario, assez intéressant et au rythme soutenu, souffre hélas d'invraisemblances (l'accident de voiture arrive vraiment de façon commode pour les scénaristes) ou de séquences gratuites (la scène de danse vaudou à l'érotisme désuet).

Néanmoins, Bava fait contre mauvaise fortune bon cœur et travaille avec un soin maniaque ses éclairages en noir et blanc et ses cadrages. Les ombres des personnages sur les murs et des objets sur les personnages créent une symphonie de gris riche et nuancée, animant d'une vie propre le plus fade des intérieurs ou la plus bavarde des séquences. Grâce à son grand sens de la lumière et de la composition, Mario Bava donne à son film une patine luxueuse.

Certaines maquettes et matte-paintings sont exécutées méticuleusement et paraissent forts réussies (le site archéologique, l'observatoire spatiale), tandis que le décor du sanctuaire est convaincant. Les trucages horrifiques sont très impressionnants (la main dévorée par le monstre, le visage décomposé), et la séquence sous-marine fait preuve d'une certaine poésie. Le final compense ses effets spéciaux peu crédibles par une efficace succession de péripéties.

CALTIKI, LE MONSTRE IMMORTEL n'est certes pas un chef-d'œuvre, et il n'est pas un des titres les plus importants des filmographies de Mario Bava et Riccardo Freda. Il reste néanmoins une agréable petite production de science-fiction horrifique, qui se regarde sans passion, mais sans ennui non plus.

Après ce film, Riccardo Freda tourne LE GÉANT DE THESSALIE, péplum mythologique mettant en scène les aventures de Jason et de ses Argonautes ; il retourne, plus tard, au monde de l'horreur avec l'admirable L'EFFROYABLE SECRET DU DR. HICHCOCK, grande oeuvre de l'épouvante gothique sortie en 1962. De son côté Mario Bava termine le péplum LA BATAILLE DE MARATHON, commencé à Rome par le réalisateur hollywoodien Jacques Tourneur, ce dernier ayant été renvoyé par les producteurs parce qu'il n'arrive pas à respecter les délais de tournage. En remerciement de ce sauvetage, on laisse enfin Mario Bava réaliser son premier film bien à lui, LE MASQUE DU DÉMON, en 1960, qui connaît un succès retentissant et lance le courant du film d'horreur gothique italien...

Rédacteur : Emmanuel Denis
Photo Emmanuel Denis
Un parcours de cinéphile ma foi bien classique pour le petit Manolito, des fonds de culottes usés dans les cinémas de l'ouest parisiens à s'émerveiller devant les classiques de son temps, les Indiana Jones, Tron, Le Dragon du lac de feu, Le Secret de la pyramide... et surtout les Star Wars ! Premier Ecran fantastique à neuf ans pour Le retour du Jedi, premier Mad Movies avec Maximum Overdrive en couverture à treize ans, les vidéo clubs de quartier, les enregistrements de Canal +... Et un enthousiasme et une passion pour le cinéma fantastique sous toutes ses formes, dans toute sa diversité. S'il fallait faire mienne une maxime en la matière, je reprendrais (de mémoire !) une citation de Roman Polanski : «les personnes qui aiment vraiment le cinéma aiment le fantastique» !
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