Header Critique : NOTRE-DAME DE PARIS (THE HUNCHBACK OF NOTRE DAME)

Critique du film
NOTRE-DAME DE PARIS 1923

THE HUNCHBACK OF NOTRE DAME 

A Paris en 1482, le chevalier Phoebus et Jehan, frère de l'archidiacre de Notre-Dame, se disputent l'amour d'Esméralda, fille adoptive de Clopin le chef des larcineurs. Dans les tours de la cathédrale, le sonneur de cloches Quasimodo, bossu, sourd, aveugle et muet, se retrouve emporté dans cette tragédie...

La paternité du projet de ce NOTRE-DAME DE PARIS est discutée. Souvent, elle est attribuée à Irving Thalberg, producteur mythique des premières décennies d'Hollywood. Depuis 1919, il est l'homme de confiance du patron et fondateur du studio Universal, Carl Laemmle. En fait, l'acteur Lon Chaney a acquis les droits du roman de Victor Hugo lorsque sa carrière cinématographique prenait son envol, avec le succès de LE MIRACLE de 1919, réalisé par George Lone Tucker. Lon Chaney y incarnait un escroc se faisant passé pour un estropié. Ce personnage de faux affligé reviendra plus tard dans sa carrière, par exemple dans le fameux L'INCONNU où il incarne un lanceur de couteaux se faisant passer pour manchot des deux bras.

Après l'acquisition des droits du classique Hugolien, Lon Chaney tente d'imposer ce projet à divers studios. A cette époque, Universal, plutôt spécialisée dans les budgets modestes, commence un cycle d'onéreuses œuvres de prestige, environ une par an, avec FOLIES DE FEMMES en 1921 et CHEVAUX DE BOIS en 1922, tous les deux réalisés par l'acteur-réalisateur Erich Von Stroheim. Les désaccords artistiques entre Von Stroheim et ses producteurs, déjà vifs sur le montage de FOLIES DE FEMMES, dégénèrent au cours du tournage de CHEVAUX DE BOIS. Von Stroheim est renvoyé par Thalberg et remplacé par Rupert Julian. A ce moment, Thalberg juge qu'une adaptation à gros budget de "Notre-Dame de Paris", roman qu'il aurait lu au cours d'une période de convalescence, est viable et il accepte de monter le projet de Chaney pour un budget, alors énorme, de plus d'un million de dollars, encore plus élevé que celui de FOLIES DE FEMMES.

Toutefois, Thalberg impose le réalisateur Wallace Worsley et surveille de près le tournage. Un immense décor est construit sur plusieurs hectares, qui reconstitue tout le quartier de Notre-Dame au moyen âge. Deux mille figurants sont employés, notamment au cours de la fête des fous. Déçu par un premier montage insuffisamment spectaculaire à son goût, Thalberg fait retourner de nombreuses séquences nocturnes pour l'assaut final de la cathédrale. L'éclairage de ce décor monumental nécessite, dit la légende hollywoodienne, la location de tous les projecteurs alors disponibles dans la Mecque du Cinéma.

C'est donc Lon Chaney qui interprète le rôle de Quasimodo le bossu de notre-Dame. Pour ce faire, il conçoit lui-même un maquillage fort impressionnant. Le visage défiguré, la silhouette distordue par un harnais et une bosse de cinquante kilos, il compose un sonneur de cloches monstrueux et animal, gargouille de chair parmi les gargouilles de pierre. Chaney donne à son interprétation une dimension physique, faisant bondir et grimacer frénétiquement Quasimodo tout au long du métrage. Son apparition au début du film, lorsqu'il dévale la façade de la cathédrale en sautant de corniche en statue est, à ce titre, inoubliable. Évidemment, la dimension pathétique n'est pas omise. Mais elle reste discrète et est amenée avec justesse et mesure. Par exemple, lorsque Quasimodo se voit soumis au supplice de la roue ou lorsqu'il découvre la cruauté de Jehan envers Esméralda.

Le récit de NOTRE-DAME DE PARIS prend quelques libertés avec le roman de Victor Hugo. Il en détourne ainsi l'anticléricalisme. L'ignoble Frollo est remplacé par Claudio, l'archidiacre de Notre-Dame, un homme d'église sage et compatissant. Mais Claudio a un frère laïc, vivant avec lui dans la cathédrale, qui reprend à son compte les actes malfaisants du Frollo livresque. De plus, Esméralda survit à l'assaut de Notre-Dame et part se marier avec Phoebus dans un happy end des plus consensuels !

Néanmoins, la dimension mythique du roman de Hugo fonctionne très bien dans ce NOTRE-DAME DE PARIS. Son flux romanesque s'épanouit à merveille à travers le cinéma, formidable vecteur de spectacle populaire. Les impératifs narratifs du film muet (notamment l'absence des dialogues), bien exploités, donnent un grand dynamisme à cette fresque flamboyante, peinture grandiose d'un Paris du quinzième siècle où les gueux les plus misérables côtoient les puissants les plus cruels.

NOTRE-DAME DE PARIS connaît un immense succès à sa sortie en 1923 et fait de Lon Chaney un immense Star, la première vedette américaine du cinéma fantastique ! Sous cette impulsion, Universal transcrit un autre mythe littéraire parisien avec LE FANTOME DE L'OPERA de Rupert Julian (sans la participation de Thalberg, parti diriger les productions la MGM). Cette superproduction achève d'installer la notoriété de Chaney, ici sous les traits du Fantôme.

Hugo fait encore les beaux jours de Universal, qui distribue le film français LES MISERABLES de Henri Fescourt en 1925. Surtout, le studio produit L'HOMME QUI RIT de 1928. Ce dernier film est symptomatique de l'arrivée à Hollywood des artistes issus du cinéma fantastique allemand puisqu'il est réalisé par Paul Leni, metteur en scène de LE CABINET DES FIGURES DE CIRE, et met en vedette Conrad Veidt, la Star de LE CABINET DU DOCTEUR CALIGARI. Pour L'HOMME QUI RIT, l'acteur longiligne porte un maquillage hideux, dans la tradition de ceux de Lon Chaney. Ainsi vont se croiser la tradition américaine du maquillage monstrueux et le savoir-faire atmosphérique du cinéma fantastique germanique. Tout est en place pour la naissance, au début des années trente, de l'Âge d'Or du cinéma fantastique hollywoodien.

Il est important de souligner que le choix des sujets des superproductions Universal ici évoqués est toujours tourné vers l'Europe, avec les films de Von Stroheim se déroulant à Monte Carlo ou à Vienne, ou des adaptations de romans français. Cela est en partie le reflet de la personnalité de Carl Laemmle, fondateur du studio et émigré européen comme la plupart des créateurs des premiers studios d'Hollywood. Mais contrairement à ses confrères, il a toujours gardé un goût prononcé pour les ambiances et les légendes du vieux continent. Ce trait de sa personnalité marque les productions Universal et notamment les grands classiques Universal des films de monstres des années trente, tous baignés dans une ambiance gothique et se déroulant dans des lieux orientés vers l'Europe.

De son côté, Lon Chaney va travailler essentiellement pour la MGM, auprès de Thalberg, qui produit quelques unes des œuvres les plus impérissables incarné par ce comédien de génie, tels LE CLUB DES TROIS en 1925, où il incarne un malfaiteur qui se déguise en vieille dame pour tromper ses proies et la police, ou L'INCONNU de 1927, déjà mentionné plus haut.

Tout ce courant du film hollywoodien muet à maquillage, où les monstre laids et brutaux sont aussi des êtres émouvants, va mener, avec l'arrivée du parlant, à l'âge d'or du cinéma fantastique hollywoodien, au cours duquel les grands mythes du genre vont éclore, notamment à travers les plus fameuses productions de la Universal : DRACULA de Tod Browning, FRANKENSTEIN de James Whale, LA MOMIE de Karl Freund, L'HOMME INVISIBLE de James Whale... Ce mouvement culmine, d'une certaine manière, avec FREAKS de Tod Browning, soutenu par Irving Thalberg, dans lequel une troupe de "monstres" de cirque (interprétés par de véritables phénomènes) se montre solidaire et impitoyable afin de venir en aide au nain Hans, séduit par une belle acrobate sans scrupule... Lon Chaney, décédé prématurément en 1930 d'un cancer à la gorge, ne participe hélas pas à cette spectaculaire floraison du cinéma fantastique américain. Il était pourtant question qu'il tienne le rôle de DRACULA, appelé à échoir à un certain Bela Lugosi...

Rédacteur : Emmanuel Denis
Photo Emmanuel Denis
Un parcours de cinéphile ma foi bien classique pour le petit Manolito, des fonds de culottes usés dans les cinémas de l'ouest parisiens à s'émerveiller devant les classiques de son temps, les Indiana Jones, Tron, Le Dragon du lac de feu, Le Secret de la pyramide... et surtout les Star Wars ! Premier Ecran fantastique à neuf ans pour Le retour du Jedi, premier Mad Movies avec Maximum Overdrive en couverture à treize ans, les vidéo clubs de quartier, les enregistrements de Canal +... Et un enthousiasme et une passion pour le cinéma fantastique sous toutes ses formes, dans toute sa diversité. S'il fallait faire mienne une maxime en la matière, je reprendrais (de mémoire !) une citation de Roman Polanski : «les personnes qui aiment vraiment le cinéma aiment le fantastique» !
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