Header Critique : ALIEN : LE HUITIÈME PASSAGER (ALIEN)

Critique du film
ALIEN : LE HUITIÈME PASSAGER 1979

ALIEN 

L'équipage du cargo spatial Nostromo sort d'hibernation suite à une alerte imprévue. L'ordinateur de bord a localisé un message de détresse. Ce signal provient d'un mystérieux vaisseau, échoué sur une planète étrange. Le capitaine emmène quelques uns de ses hommes explorer l'épave.

Au départ, ALIEN est un scénario de Dan O'Bannon, rédigé après sa collaboration avec John Carpenter sur DARK STAR. Dans ce dernier, nous trouvions déjà des éléments qui font l'identité d'ALIEN. Comme cette vision désenchantée du voyage spatial, les équipages devenant des prolétaires au service de corporations capitalistes.

Le scénario d'ALIEN attire l'attention de la 20th Century Fox et passe par plusieurs stades de révision, notamment entre les mains du réalisateur Walter Hill. Arrive un jeune réalisateur anglais talentueux, Ridley Scott, qui s'est fait remarquer avec son premier film LES DUELLISTES de 1977. Pour ALIEN, il propose à la 20th Century Fox un story-board complet. Convaincus par la qualité de son travail, ils acceptent de financer le tournage du film en Grande-Bretagne.  

Entre-temps, Dan O'Bannon travaille sur l'adaptation au cinéma du roman « Dune ». Ce projet d'Alejandro Jodorowsky n'aboutit pas faute de moyens, mais il permet à Dan O'Bannon de rencontrer l'équipe de la revue «Métal Hurlant». Pionniers de la BD de science-fiction et pour adultes en France, ils travaillaient eux aussi sur « Dune ». Parmi ces artistes, nous trouvons Giger et Moebius, qu'admire également Ridley Scott et qui vont participer au développement artistique d'ALIEN.

Pour le rôle principal de Ripley, on choisit Sigourney Weaver, actrice qui n'a jusqu'alors tenu au cinéma que des petits rôles. ALIEN fera d'elle une vedette. Elle est entourée d'une excellente troupe d'acteurs, qui fait beaucoup pour la réussite de ce huis-clos : John Hurt (ELEPHANT MAN, 1984), Veronica Cartwright (LES OISEAUX, L'INVASION DES PROFANATEURS), Tom Skerritt (LA PLUIE DU DIABLE, DEAD ZONE), Harry Dean Stanton (NEW YORK 1997, SAILOR ET LULA), Ian Holm (BRAZIL, LE FESTIN NU), Yaphet Kotto (VIVRE ET LAISSER MOURIR, CONTACT MORTEL). Un sans-faute ! La musique est signée Jerry Goldsmith, lequel propose la même année une composition grandiose pour STAR TREK, LE FILM. Avec ALIEN il offre une partition lugubre et mémorable, qui participe indéniablement à l'atmosphère unique du métrage.

Une grande part de la réussite d'ALIEN vient du travail du peintre suisse H.R. Giger, qui dessine l'Alien et l'intérieur du vaisseau extra-terrestre. Engagé à fond dans ce projet, il ne se contente pas d'envoyer quelques croquis. Il se charge lui-même de la sculpture du monstre (avec l'aide technique de Carlo Rambaldi) et de la réalisation des décors. Apportant sa touche personnelle, il mélange le monstrueux, l'organique et le mécanique.

Giger participe à l'érotisme morbide d'ALIEN en donnant aux êtres et aux objets des caractères inspirés d'organes génitaux. Le vaisseau échoué a ainsi un style anatomique mystérieux. Giger y compose un décor unique, une étonnante cathédrale de cartilage cyclopéen convoquant des souvenirs gothiques. Cette ambiance inhabituelle rend inquiétante cette race extraterrestre que l'homme n'a jamais rencontrée. Nous ne sombrons jamais dans un space opera kitsch.

L'Alien est aussi beau que terrifiant. Il est souple, élégant, menaçant, rapide, massif, silencieux et surtout indestructible. C'est un chasseur, un prédateur impitoyable et insensible, une machine à tuer. Nous sommes à l'opposé des extra-terrestres bienveillants de 2001, L'ODYSSÉE DE L'ESPACE qui se mettaient au service de l'humain pour lui permettre d'atteindre un nouveau stade de son évolution. Ou encore des êtres amicaux du RENCONTRES DU TROISIÈME TYPE de Steven Spielberg.

Nous revenons donc aux fondamentaux paranoïaques de la science-fiction américaine des années cinquante. L'existence même de l'Alien, un parasite tueur impitoyable et indestructible, renvoie à une vision pessimiste de l'univers, proche de celle de Lovecraft. L'humanité se croit le centre de l'univers, mais elle n'est qu'une espèce isolée et fragile. Un prédateur extra-terrestre pourrait la balayer d'un revers de main. Ce point de vue nihiliste est incompatible avec l'idée d'un Dieu bienveillant, à l'image duquel l'homme aurait été créé.

Le vaisseau des humains, le Nostromo, est décoré de façon rationnelle, sans qu'on cherche à créer des objets futuristes ou à imaginer des formes inédites. Comme dans 2001, L'ODYSSÉE DE L'ESPACE, Scott restitue un intérieur fonctionnel, sans chichi. Ce qui permet au vaisseau de paraître encore crédible plusieurs décennies après la sortie d'ALIEN.

Contrairement à l’œuvre de Kubrick, la navigation spatiale n'est plus une conquête ou une utopie. Nous sommes à bord d'un cargo minéralier piloté par un équipage blasé. La science-fiction se veut ici crédible, réaliste avec par exemple l'hibernation pour les longs voyages, ou les effets de la dépressurisation. Ces détails techniques, présentés comme appartenant au quotidien de l'équipage, arrivent naturellement, sans baratin technique artificiel.

Un autre thème commun avec 2001, L'ODYSSÉE DE L'ESPACE est le rapport de l'homme à la machine. L'ordinateur de bord, Maman, rappelle Hal 9000. La salle dans laquelle il est consulté évoque la pièce de programmation du film de Kubrick. Toutefois, Maman ne se détraque pas par elle-même. Elle devient inutilisable car elle est sabotée. Pour pouvoir survivre, les humains doivent se libérer du lien de dépendance qui les lie à cette machine (elle ne s'appelle pas Maman pour rien !).

L'équipage cherche d'abord à obtenir des réponses de la part de l'ordinateur pour régler ses problèmes. Lorsqu'ils comprennent qu'ils ne peuvent pas compter sur lui, ils paniquent. D'ailleurs les machines se sentent plus proches de l'Alien implacable que des humains vulnérables (l'androïde de bord "admire" le monstre).

Une autre originalité d'ALIEN est son érotisme omniprésent. Comme déjà mentionné, Giger s'inspire d'organes génitaux dans ses dessins et ses sculptures. La violence de l'Alien évoque souvent des agressions sexuelles : la bouche rétractable de l'Alien, qu'il utilise pour tuer ses victimes, a la forme d'un pénis denté ! Des organes rentrent dans les corps, étouffent les êtres. Pour pousser encore plus loin le bouchon, l'androïde cherche à étouffer Ripley à l'aide d'une revue porno ! L'érotisme noir de ce film atteint son summum dans la dernière confrontation entre Ripley et le monstre, à la lenteur vénéneuse.

Le thème du huis-clos confrontant des humains à un monstre extra-terrestre n'est pas nouveau. Il est déjà présent dans LA CHOSE D'UN AUTRE MONDE de 1951, classique fondateur de la science-fiction américaine. Surtout, le métrage qui annonce le plus clairement ALIEN est IT! THE TERROR FROM BEYOND SPACE, métrage intéressant d'Edward L. Cahn sorti en 1958. Un extra-terrestre tueur indestructible, passager clandestin dans une fusée humaine, y massacre un par un les membres d'un équipage spatial. Enfin, LA PLANÈTE DES VAMPIRES de Mario Bava, insolite mélange d'ambiance gothique et de science-fiction, est aussi un prédécesseur déterminant d'ALIEN, en particulier pour la dépiction de la planète fantôme.

Scott renouvelle pourtant ses sources en soignant son ambiance de science-fiction réaliste et en ajoutant un érotisme morbide fascinant. ALIEN est une incroyable réussite. Il est à la fois un des meilleurs films de science-fiction réalisé et un des meilleurs films d'horreur de l'histoire du cinéma. Le gros succès d'ALIEN arrive deux ans après le triomphe de LA GUERRE DES ÉTOILES, redonnant à son tour un coup de fouet à la science-fiction spatiale.

Ce triomphe donne lieu à des imitations plus ou moins inspirées, par exemple les médiocres INSEMINOID Norman J. Warren ou MUTANT, produit par Roger Corman. Les grands studios aussi s'intéressent à ce succès. Universal produit THE THING en 1982, remake de LA CHOSE D'UN AUTRE MONDE par John Carpenter, auquel la trop grande ressemblance avec ALIEN attire des reproches à sa sortie. Enfin, 20th Century Fox donne une première suite à ALIEN avec ALIENS de James Cameron en 1986, suite à laquelle ne collaborent ni Dan O'Bannon ni Ridley Scott.

Après ALIEN, Ridley Scott tourne un film de science-fiction encore plus ambitieux avec BLADE RUNNER, adaptation de Philip K. Dick mélangeant Film Noir et anticipation. Il est à nouveau placé sous le signe de l'inspiration «Métal Hurlant», en particulier de Moebius. Premier métrage tourné aux USA par Ridley Scott, il reçoit un accueil très partagé. BLADE RUNNER ne conquiert son statut de grand classique qu'avec les années. Ridley Scott tourne alors le dos à la science-fiction, genre auquel il ne reviendra que plus de vingt ans après, avec PROMETHEUS et ALIEN : COVENANT.

Rédacteur : Emmanuel Denis
Photo Emmanuel Denis
Un parcours de cinéphile ma foi bien classique pour le petit Manolito, des fonds de culottes usés dans les cinémas de l'ouest parisiens à s'émerveiller devant les classiques de son temps, les Indiana Jones, Tron, Le Dragon du lac de feu, Le Secret de la pyramide... et surtout les Star Wars ! Premier Ecran fantastique à neuf ans pour Le retour du Jedi, premier Mad Movies avec Maximum Overdrive en couverture à treize ans, les vidéo clubs de quartier, les enregistrements de Canal +... Et un enthousiasme et une passion pour le cinéma fantastique sous toutes ses formes, dans toute sa diversité.
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