Header Critique : JACK L'EVENTREUR (JACK THE RIPPER)

Critique du film et du DVD Zone 2
JACK L'EVENTREUR 1959

JACK THE RIPPER 
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Nous sommes en 1888 lorsque le quartier populaire londonien de White Chapel plonge dans l'horreur : Une prostituée vient d'être sauvagement assassinée en pleine rue, sans que le meurtrier n'ait pu être aperçu. La presse s'empare de cette terrifiante histoire et la police, incarnée par l'inspecteur O'Neill de Scotland Yard, ne progresse pas. C'est alors qu'arrive un confrère américain qui se met en tête d'aider à résoudre cette mystérieuse enquête…

Si Jimmy Sangster fut dès 1949 assistant réalisateur pour la célèbre société Hammer Films Production, c'est bien le poste de scénariste qui le rendit célèbre. L'homme se trouve en effet être à l'origine de véritables petites perles comme FRANKENSTEIN S'EST ECHAPPE, LA REVANCHE DE FRANKENSTEIN ou encore LE CAUCHEMAR DE DRACULA… Très prolifique à la fin des années 50, Sangster cumule les contrats et accepte de s'atteler à la rédaction d'un nouveau script à tendance horrifique pour le compte des producteurs/réalisateurs Robert S. Baker et Monty Berman. L'idée est bien entendu de surfer sur la vague Hammer qui déferle alors, en utilisant toutefois une figure issue d'un répertoire autre que fantastique. L'heureux élu sera Jack l'éventreur, assassin rendu célèbre par la barbarie de ses actes et son habileté à se défaire des forces de police. Habileté si remarquable qu'il ne sera d'ailleurs jamais pris…

Il n'en faut pas plus pour faire naître un mythe. Journalistes, romanciers puis cinéastes donneront alors leur version de cette triste histoire et, bien entendu, leur théorie quant à l'identité du tueur. Selon vos lectures et/ou visionnages, Jack l'éventreur deviendra donc un peintre, un médecin franc-maçon, un policier revanchard, un charlatan devenu toubib, un négociant ou même une sage-femme ! Autant d'identités, toutes fondées sur une série d'éléments concrets, qui permettront d'entretenir la légende de celui qui est aujourd'hui connu comme étant le premier tueur en série authentifié comme tel.

Jimmy Sangster suit lui aussi la voie de la spéculation et se propose d'offrir sa propre hypothèse en se basant sur les indices peu nombreux mais bien réels, rendus publics au fil des années. Ainsi, la nature chirurgicale des coups portés laisse à penser que le monstre était un homme ou une femme oeuvrant dans le milieu médical en tant que médecin ou assistant. Cet élément pris en compte, Sangster croque assez rapidement une série de personnages dont les activités sont liées, à différents niveaux, à l'exercice de la médecine. Nous disposons dès lors d'une poignée de suspects malheureusement plus ou moins crédibles. Robert S. Baker et Monty Berman choisissent en effet de «grossir» le trait en faisant de ces quelques personnages des hommes extrêmement typés, tant au niveau du tempérament que sur le pur plan physique. Les suspects deviennent dès lors des «caricatures» d'assassins parmi lesquelles trouver l'identité du véritable tueur ne sera qu'un jeu d'enfant…

Un jeu qui donnera toutefois du fil à retordre aux deux héros du métrage : Les inspecteurs O'Neill et Lowry. La présence de ce duo dénote là encore d'une certaine «prise de liberté» de la part de Sangster. En effet, l'arrivée d'un policier américain dans ce contexte historique purement britannique a de quoi surprendre et, pourquoi pas, choquer. L'importance accordée à ce personnage et la relative aisance avec laquelle il démasquera le tueur, faisant ainsi la nique à Scotland Yard, semble en effet relever de la démarche commerciale plus que d'un choix artistique. L'objectif d'alors était sans aucun doute de flatter le public d'outre-atlantique mais au final, ce détail qui n'en est pas un fait perdre au film tout crédit « historique » et, par voie de conséquence, tout crédit quant aux hypothèses énoncées… Un choix d'autant plus regrettable qu'il n'apporte en réalité rien à l'histoire et que les techniques d'investigation américaines ne sont à aucun moment confrontées aux techniques anglaises.

Difficile d'ailleurs de parler d'«investigation» tant la simplicité de l'enquête a de quoi laisser perplexe. Les meurtres s'enchaînent à intervalles réguliers, les suspects potentiels nous sont dévoilés et subitement, alors que l'histoire ne semblait pas progresser, le dénouement nous apporte une solution radicale et pour tout dire dénuée de véritable fondement… La présence de Jimmy Sangster au scénario n'apporte donc pas le petit «plus» tant espéré et, pire, aurait même tendance à décevoir. Le tâtonnement de la police est rapidement traité, l'importance de la presse dans l'affaire est survolée et l'identité du tueur importe au final très peu. La cruauté même des crimes ne trouve par ailleurs écho que lors des descriptifs «médicaux» qui nous serons fais. En effet, les quelques séquences de crime s'avèrent très peu démonstratives et les sévices infligés aux victimes semblent davantage relever de la strangulation que de l'éventration... N'allez pas croire cependant que les scènes de meurtres sont inefficaces car nous tenons là le véritable point d'orgue du film : L'ambiance.

En effet, si le métrage de Baker et Berman ne brille en aucun cas lorsqu'il s'agit de nous confronter à une enquête tangible ou même intéressante, force est de constater qu'il excelle en revanche dans la retranscription d'un Londres populaire et glacial. Les deux réalisateurs (en charge de la photographie de leur film) nous entraînent donc dans les ruelles étroites et humides d'un White Chapel lugubre, halitueux et terriblement contrasté. A la lumière crue des éclairages publics vacillants succède ainsi l'inquiétante obscurité d'où peut surgir, à chaque instant, l'assassin au scalpel. Un voile de brume enveloppe l'ensemble, ajoutant une pointe de mystère et d'inconnu à cette imagerie aux allures de gravure. Au visuel s'adjoint bien évidement l'immersion sonore avec le bruit des sabots sur le pavé suintant, celui de la viande saoule quittant les pubs tant bien que mal et la dansante rengaine des uilleann pipes, flûtes, violons et autres accordéons diatoniques. Difficile de parler d'une simple «reconstitution» tant le film semble nous convier à une véritable visite des lieux.

Mais plus encore que les lieux, c'est la vie (ou l'absence de vie) qui les habite qui rend cette composition unique. La solitude des prostituées battant le pavé contraste là encore avec l'excès d'ivresse qui galvanise les bars. Baker et Berman nous proposent donc de festoyer en compagnie des modestes habitants de White Chapel, mais aussi du «grand monde» incarné ici par le corps médical. L'orgueil dont font preuve ces individus privilégiés n'a d'égale que le dédain et le mépris qu'ils manifestent pour les «petites gens». Le portrait de la société britannique du 19ème siècle est acerbe et particulièrement bien vu. La lutte des classes et la description de modes de vies antagoniques, peu enviables, sont traitées avec zèle et authenticité. A tel point du reste qu'elles prennent le pas sur l'histoire et que bien vite, assassin et policiers passent au second plan pour ne devenir que de bien plats personnages, errant dans un univers hétéroclite voire discordant.

JACK L'EVENTREUR est donc un film curieux qui néglige son sujet principal ainsi que ses premiers rôles et opte pour une approche «sociale» du drame. Jack ne serait-il alors que le produit d'une société divisée, méprisante et haineuse ? Ne serait-il que la matérialisation d'un mal-être généralisé ? La partie visible et abjecte d'un iceberg masquant bien pire encore ? Sans doute. Reste que cette manière d'aborder le sujet déroute et qu'il en résulte un film particulièrement bancal, tant en terme de rythme qu'en terme d'intérêt. La première moitié du métrage s'avère ainsi particulièrement laborieuse alors que la seconde, bien plus plaisante, nous mène crescendo jusqu'à un final des plus marquants. Cette version de l'affaire n'est donc pas celle à privilégier si l'on souhaite assister à une enquête carrée et passionnante. En revanche, l'atmosphère qu'elle dégage, les magnifiques décors de William Kellner ainsi que la photographie et réalisation soignées du duo Baker/Berman valent sans aucun doute une vision attentive.

La découverte de l'œuvre en DVD est aujourd'hui rendue possible par l'arrivée d'un disque Zone 2 édité par D'Vision dans le cadre de «L'horrible collection». Une collection au nom fort bien choisi si l'on s'arrête sur l'infâme visuel dont sont affublées les jaquettes… Quoiqu'il en soit, il s'agit là, à notre connaissance, de la première édition DVD consacrée à ce film pourtant bien connu. Ne boudons donc pas notre plaisir et engageons le disque dans le lecteur. Là encore, «L'horrible collection» fait fort et nous impose au démarrage près de deux minutes d'extraits des films qui la compose. Impossible de zapper ou même d'utiliser sa touche «Avance rapide» pour abréger ce désagréable message promotionnel. Le spectateur est donc contraint s'assister à un zapping inintéressant voire pénalisant pour qui ne connaît pas encore les différents métrages…

Arrive enfin le menu qui, bien que visuellement agréable, s'avère plutôt sobre sur le plan éditorial. En effet, le disque ne comporte pas le moindre bonus et seul un chapitrage en douze parties nous sera offert. Triste constat pour un film qui méritait sans doute un peu plus… Reste donc à lancer le métrage qui ne sera visible qu'en version originale anglaise sous-titrée en français. Les dialogues sont clairs, l'ambiance sonore est bien restituée et nous ne noterons pas de véritable défaut sur cette piste proposée en mono d'origine.

Penchons nous maintenant sur l'image, déjà bien plus problématique. Bien que le master soit relativement honnête en terme de tenue, de contraste et de compression, nous devons nous rendre à l'évidence : la copie est recadrée. En effet, JACK L'EVENTREUR fut tourné avec un ratio de 1.66 et nous avons là une image en 1.33 (encodée 4/3 bien évidement)… Enfin pas toujours ! Le générique de début de film trahit la bévue et est, pour sa part, présenté dans le format d'origine 1.66 (avec bandes noires en haut et en bas donc)… Un bien étrange constat qui débouche quoiqu'il en soit sur une perte d'image notable durant toute la durée du film…

Mais ce n'est pas tout. La copie proposée recèle malheureusement un autre problème, bien plus important encore. Bien que tourné en noir et blanc, JACK L'EVENTREUR disposait d'une particularité notable, restée ancrée dans les esprits de ceux qui l'ont vu : Le final, particulièrement saignant, était tourné en couleur via le procédé Eastmancolor… Pour ne pas lever le voile sur ce final, nous dirons simplement qu'il montrait une large flaque de sang rouge se former et les visages terrifiés de deux infirmiers comprenant l'horreur de la situation. A notre grand regret, ces plans ne figurent pas du tout dans la copie ici proposée. Nous sommes donc bien là en présence d'une copie censurée qui perd un élément que nous qualifierons de majeur. A côté de cela, nous déplorerons quelques autres pertes, bien moins significatives, sur toute la durée du métrage. Les séquences touchées sont bien entendu celles comportant des éléments violents (les meurtres) ou à caractère érotique (dans le cabaret).

Bien qu'elle soit pour le moment unique et qu'elle permette de découvrir le film dans des conditions techniques correctes, cette édition déçoit donc et fait malheureusement perdre beaucoup d'impact à un final pourtant audacieux et graphiquement inoubliable…

Rédacteur : Xavier Desbarats
Photo Xavier Desbarats
Biberonné au cinéma d'action des années 80, traumatisé par les dents du jeune Spielberg et nourri en chemin par une horde de Kickboxers et de Geishas, Xavier Desbarats ne pourra que porter les stigmates d'une jeunesse dédiée au cinéma de divertissement. Pour lui, la puberté n'aura été qu'une occasion de rendre hommage à la pilosité de Chuck Norris. Aussi, ne soyons pas surpris si le bougre consacre depuis 2006 ses chroniques DeViDeadiennes à des métrages Bis de tous horizons, des animaux morfales ou des nanas dévêtues armées de katanas. Pardonnez-lui, il sait très bien ce qu'il fait...
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Une réalisation soignée
Un White Chapel angoissant
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La copie coupée et recadrée
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L'édition vidéo
JACK THE RIPPER DVD Zone 2 (France)
Editeur
D'Vision
Support
DVD (Double couche)
Origine
France (Zone 2)
Date de Sortie
Durée
1h21
Image
1.33 (4/3)
Audio
English Dolby Digital Mono
Sous-titrage
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