Header Critique : DRESSED TO KILL (PULSIONS)

Critique du film et du DVD Zone 1
DRESSED TO KILL 1980

PULSIONS 

Kate Miller est une épouse insatisfaite qui simule son plaisir au lit avec son mari et qui se masturbe sous la douche en rêvant d'un autre homme. Mais c'est aussi une mère aimante et très fière de son petit génie de fils, Peter. Malgré tout, ces problèmes de couple commencent à la perturber et à la faire douter de sa féminité. Et lorsqu'elle en fait part à son psychiatre, elle éprouve le besoin d'être rassurée sur son pouvoir de séduction...

PULSIONS est sans doute l'une des plus grandes réussites de Brian De Palma, un de ses rares films à avoir connu un succès à la fois public et critique. Et c'est mérité ! Pourtant PULSIONS souffre d'un mal récurrent chez De Palma et qui s'avère souvent très préjudiciable à ses œuvres : la parenté avec un (ou plusieurs) film(s) d'Hitchcock. Car lorsqu'on analyse, même superficiellement, la trame de PULSIONS, il est impossible de ne pas faire le rapprochement avec PSYCHOSE.

Mais considérer le travail de Brian De Palma comme un simple calque de l'œuvre d'Alfred Hitchcock a toujours été une démarche très réductrice. Et PULSIONS est peut-être le film qui aura ouvert les yeux aux critiques les plus récalcitrants. L'héritage d'Hitchcock y est parfaitement assimilé et De Palma utilise respectueusement les éléments de langage cinématographique inventés par son aîné pour développer ses propres thématiques. PULSIONS est sans doute un de ses films les plus personnels et de nombreux détails font d'ailleurs référence à l'histoire de son auteur. De Palma reconnaît cependant (il serait difficile de le nier) avoir emprunté à PSYCHOSE l'idée la plus géniale et originale du film d'Hitchcock... que l'on n'explicitera pas ici pour ne pas gâcher le plaisir des (rares) personnes qui n'auraient pas encore vu ce chef-d'œuvre.

En réalité, en analysant le film plus en détail, on peut déceler d'autres étranges similitudes entre PULSIONS et PSYCHOSE... Mais il ne faut pas considérer ces «coïncidences» comme un réel défaut. PSYCHOSE étant un classique, il a indéniablement eu une influence sur la plupart (l'intégralité ?) des thrillers horrifiques qui ont suivi. Par ailleurs, De Palma a appris le cinéma en regardant les films du Maître du Suspense, il est donc logique que ça se ressente dans ses films. Mais cette filiation entre PULSIONS et son aîné de vingt ans ne doit pas dévaloriser l'œuvre de De Palma, puisque son film marque aussi une date dans l'histoire du thriller, et est à son tour devenu un classique. Sans PULSIONS, il n'y aurait sans doute jamais eu de BASIC INSTINCT ni autres COLOR OF NIGHT... Et ça, De Palma l'a réussi grâce à une seule chose : le sexe.

Pourtant PULSIONS n'a fait qu'enfoncer une porte déjà entrouverte par quelques-uns de ses prédécesseurs. En 1971, Stanley Kubrick associait accès de violence et pulsions sexuelles dans ORANGE MÉCANIQUE mais ne décortiquait pas réellement l'origine du phénomène. Des détraqués sexuels plus réalistes que le Alex de Kubrick et Burgess traversaient d'autres films durant les années 70, parfois dans des œuvres où on ne les attendait pas (comme À LA RECHERCHE DE M. GOODBAR en 1977)... Quant au traumatisme sexuel conduisant à un comportement meurtrier, Dario Argento l'avait déjà évoqué dans L'OISEAU AU PLUMAGE DE CRISTAL, dès 1970. De même, dans HALLOWEEN (1978), John Carpenter suggérait, via la célèbre scène d'ouverture, que le meurtrier Michael Myers avait probablement été victime de l'inceste, durant son enfance. Enfin, en 1980, quelques mois avant la sortie de PULSIONS, un autre réalisateur était passé à deux doigts de frapper un «grand coup» et ainsi de voler la vedette à Brian De Palma...

Il s'agit de William Friedkin et de son controversé CRUISING. Ironie du sort, De Palma avait travaillé sur une adaptation du roman de Gerald Walker bien avant Friedkin. Ce projet avait apparemment du mal à se monter puisqu'il aurait également pu être le premier film de Steven Spielberg (produit pour le cinéma), avant THE SUGARLAND EXPRESS. Mais finalement, c'est donc Friedkin qui le réalisa, avec Al Pacino dans le rôle principal. Malheureusement pour le réalisateur de L'EXORCISTE, cette histoire de flic qui infiltre le milieu gay-sado-maso, pour servir d'appât à un serial killer, n'a pas eu le succès escompté. La sortie du film, début 1980, suscita une vive colère dans les milieux homosexuels pour l'image dégradante qu'il donnait de leur communauté. En outre, le public américain n'était sans doute pas prêt, à cette époque, pour une telle histoire... Quelques mois plus tard, ce sont les ligues féministes qui réagissent à la sortie de PULSIONS. Mais la controverse est moins véhémente et le léger parfum de scandale qu'elle apporte est finalement favorable au succès du film. Car De Palma s'est donné les moyens de séduire son public : dans PULSIONS, tout est sexe.

Lorsqu'on revoit PULSIONS, il est souvent étonnant de remarquer à quel point le sexe est omniprésent tout au long du film. Certes, la scène de la douche, au début du film, est dans toutes les mémoires. Mais si elle est une des séquences les plus érotiques du film, le reste demeure incroyablement tendancieux... Sans s'attarder sur les plans sans équivoque de la séquence d'ouverture, il est évident que l'imagerie, souvent chargée de sous-entendus plus ou moins explicites, est l'élément clé de cette perpétuelle tension érotique sous-jacente. Mais le vocabulaire apporte aussi un plus indéniable. Car au début des années 80, même si le mot «fuck» a déjà été prononcé plusieurs fois au cinéma, rares sont les films qui osent présenter des dialogues aussi crus que les phrases formulées par les personnages de Nancy Allen et Dennis Franz. Enfin, la superbe musique de Pino Donaggio, envoûtante et sensuelle, achève d'émoustiller les sens du spectateur.

Mais PULSIONS en se limite pas à évoquer le sexe de façon formelle, comme le ferait un simple film d'exploitation. L'histoire écrite par De Palma aborde clairement de nombreux aspects de la sexualité, des plus naturels aux plus inavouables. Lorsque le film se contente d'évoquer les jeux de la séduction (ah ! la sublime séquence du musée...), les fantasmes, l'adultère, le voyeurisme ou même la prostitution, il n'y a pas vraiment de quoi choquer le public... Mais lorsque De Palma multiplie les strip-teases improvisés, aborde «frontalement» la masturbation, mentionne les maladies vénériennes et fait de Bobbi (le travesti) un des personnages principaux du film, il y a déjà plus de quoi perturber le public bien-pensant américain. Heureusement que la plupart des spectateurs de l'époque n'auront même pas remarqué que De Palma suggère également une relation limite pédophile entre Liz (Nancy Allen) et Peter (Keith Gordon) !

MGM nous propose ce film en format respecté et anamorphique (16/9). Le transfert est acceptable malgré ses imperfections (grain variable, blancs parfois brûlés, etc). Côté son, on a droit à la piste mono d'origine qui est très claire et agréable. Mais le disque inclut également un remix 5.1 plutôt réussi. Les effets sont finalement assez discrets et c'est la magnifique musique de Pino Donaggio qui est mise en avant et enveloppe admirablement le spectateur. La piste française présente les voix que l'on connaît. Des sous-titres français sont disponibles. Ils dérouteront d'ailleurs certains d'entre vous car ils sont plutôt imparfaits : ils hésitent régulièrement (au cours d'une même scène) entre tutoiement et vouvoiement et on peut même relever certains contre-sens, mais rien qui empêche la compréhension du film...

Mais la caractéristique essentielle de cette édition est qu'elle présente non seulement la version vue en salles aux Etats-Unis (R-rated, amputée de nombreux plans sanglants ou érotiques et d'extraits de dialogue trop "crus") mais aussi la version intégrale (Unrated), qui se trouve être celle diffusée dans les salles européennes. Ceci pourrait apparaître comme un détail si l'édition zone 2 européenne n'était pas, elle, censurée ! "Détail" auquel il faut ajouter le fait que l'édition américaine propose de nombreux suppléments intéressants qui sont malheureusement absents de l'édition zone 2.

Le Making-Of, notamment, est réellement passionnant. Signé Laurent Bouzereau, il respecte la structure narrative du film et, finalement, est aussi riche qu'un commentaire audio à intervenants multiples, sans en avoir les inévitables temps morts. Seul Michael Caine manque à l'appel, mais le reste des protagonistes a répondu présent. Deux autres featurettes sont également fournies. La première traite des péripéties (censure et presse spécialisée) ayant accompagné la sortie du film. La deuxième est une analyse rapide, mais pertinente, du film par Keith Gordon (l'interprète de Peter). On peut également trouver un petit montage fort intéressant, sans aucun commentaire, comparant les différentes versions du films : version cinéma US, version intégrale et version TV US. Ce supplément original et de qualité permet de se rendre compte à quel point la censure peut complètement fausser l'interprétation d'un film. Pour finir, les inévitables galeries d'images/affiches et la bande annonce sont également jointes à cette édition.

PULSIONS a donc quelques points communs avec PSYCHOSE... La belle affaire ! Comment en vouloir à De Palma quand on contemple son film aujourd'hui ? Cette œuvre audacieuse, parfaitement maîtrisée techniquement, se sert d'un érotisme latent ou explicite et de l'horreur pour illustrer l'influence de la libido sur nos actes. Besoin naturel pour tous, mobile pour certains et outil pour d'autres, c'est bien le désir sexuel qui guide les protagonistes de PULSIONS (on remarquera d'ailleurs la pertinence du titre français, une fois n'est pas coutume) et De Palma signe, en quelque sorte, avec ce film, le premier thriller freudien de l'histoire du cinéma ! Et, cerise sur le gâteau, cette œuvre majeure et excitante est ici présentée dans une édition qui s'avère, elle aussi, fort... séduisante.

Rédacteur : Francis Trento
2021 ans
9 critiques Film & Vidéo
On aime
Le film
Avoir le film en version intégrale
Les suppléments intéressants
On n'aime pas
Avoir une édition Z2 censurée et sans bonus
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L'édition vidéo
DRESSED TO KILL DVD Zone 1 (USA)
Editeur
Support
DVD (Double couche)
Origine
USA (Zone 1)
Date de Sortie
Durée
1h45
Image
2.35 (16/9)
Audio
English Dolby Digital 5.1
English Dolby Digital Mono
Francais Dolby Digital Mono
Sous-titrage
  • Français
  • Espagnol
  • Supplements
    • "The making of a thriller" : Documentaire (44mn)
    • Comparatif des 3 versions : R-rated, Unrated et TV (5mn)
    • "Slashing Dressed to Kill" : Featurette (10mn)
    • "An appreciation by Keith Gordon" : Featurette (6mn)
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