
Larry et Joan sont mariés depuis 65 ans mais un accident domestique va mettre un terme à leur union. Larry décède et se retrouve face à un choix qui scellera définitivement son avenir dans la vie après la mort. Le point de départ de POUR L'ÉTERNITÉ n’est pas forcément joyeux. Et pourtant, le film de David Freyne est bourré d’humour !
«La vie après la mort» est un sujet qui a déjà inspiré de nombreux films. Certains ont même posé depuis longtemps les bases et les règles de ce que pourrait être cette nouvelle vie. Fritz Lang nous présente un purgatoire bureaucratique dans LILIOM en 1934. Les fonctionnaires de l’au-delà, on en trouve aussi dans LE DEFUNT RECALCITRANT (1941) de Alexander Hall, LE CIEL PEUT ATTENDRE (1943) d’Ernst Lubitsch ou encore UNE QUESTION DE VIE OU DE MORT (1946) d’Emeric Pressburger et Michael Powell. Les aiguillages bureaucratiques dans l’autre-monde apparaissent également dans des films plus récents comme BEETLEJUICE (1988) de Tim Burton ou encore RENDEZ-VOUS AU PARADIS (1991) d’Albert Brooks. Ce dernier a d’ailleurs pas mal de points communs avec POUR L'ÉTERNITÉ, notamment que les défunts restent dans une zone de transit durant quelques jours en attendant que leur sort soit fixé. RENDEZ-VOUS AU PARADIS joue aussi du décalage humoristique entre notre monde et celui où se retrouvent les protagonistes : transports en commun, restaurants, hôtels, affichages, émissions télévisées… POUR L'ÉTERNITÉ a une approche relativement similaire bien que le film de David Freyne ne développe pas du tout les mêmes thèmes !

Quand Larry débarque dans la zone de transit, une employée lui expose les règles. Il a sept jours pour décider de l’endroit où il veut passer le reste de son existence et ce… pour l’éternité, sans possibilité de changement ! Ce point de départ, Pat Cunnane l’avait déjà en écrivant le scénario. Mais c’est David Freyne, lorsqu’il se retrouve attaché à la réalisation, qui va proposer une phase de préparation post-mortem plus fouillée. L’endroit où se retrouve le héros est une sorte de salon de l’après-vie. Des stands vantent les mérites de diverses éternités souvent absurdes. Toute l’équipe du film s’est d’ailleurs amusée à créer ces univers en plaçant une infinité de détails que l’on ne remarque pas forcément au premier visionnage. Quelques messages se montrent ainsi plutôt osés comme l’une des accroches du stand du monde l’espace. Ce petit monde régi par ses propres règles donne à POUR L'ÉTERNITÉ un aspect croustillant.

POUR L'ÉTERNITÉ est une comédie romantique qui n’est pas dénuée d’humour noir. Même si cela reste léger, le réalisateur et son scénariste soulèvent quelques questions. Par exemple, une vie sans renouvellement n’est-elle pas une sorte de prison à perpétuité ? La question peut sembler ronflante mais elle prend tout son sens dans POUR L'ÉTERNITÉ et à divers niveaux. On le découvrira selon les choix faits par différents protagonistes. En filigrane, le film de David Freyne se montre parfois un peu sombre. Les personnages coincés dans leur univers ont la possibilité de revoir leur vie passée dans un tunnel lugubre où s’illuminent des scénettes aux décors dessinés dans le genre de UN AMERICAIN A PARIS. David Freyne a donné au film un aspect hors du temps. Fixé quelque part dans les années 50, le film devient intemporel pour les générations à venir. C’est aussi une façon pour le cinéaste de montrer son amour pour la comédie et le cinéma des années 30, 40 et 50 car POUR L'ÉTERNITÉ ressemble plus à un film de Frank Capra ou d’Ernst Lubitsch qu’à une production dans l’air du temps. Ici, il n’est pas question de concrétiser une amourette. Il s’agit plutôt d’une réflexion sur l’amour et le passage du temps, sur les plaies du passé, les remords et les regrets. Et tout ça, l’air de rien, sous le prisme de la comédie ! A l’évidence, David Freyne est un cinéaste qui n’est jamais là où on l’attend si l’on en juge par ses deux précédents films : l’horreur avec THE CURED (2018) et la comédie douce-amère avec LE PLAN D’AMBER (2021).

Malheureusement pour le film de David Freyne, sa sortie en décembre 2025 dans les salles obscures en France a été discrète. Si on revient en arrière, il a tout de même eu plus de chances que RENDEZ-VOUS AU PARADIS qui, pour le coup, avait été sacrifié sur l’autel de la vidéo. Metropolitan ne prend pas de risque, le film sera proposé en format physique et uniquement en DVD. Voilà qui est vraiment dommage !
Quand on s’est habitué à regarder des Blu-ray et des disques 4K, revenir au DVD est un retour en arrière du point de vue de la qualité de l’image. On retrouve le crénelage et les détails sont évidemment moins marqués. Passés les premières minutes, on oublie heureusement les limitations du support et on redécouvre POUR L'ÉTERNITÉ avec autant de plaisir que lors de son passage au cinéma. Pour le son, on reste sur un Dolby Digital 5.1 qui est plutôt fort sympathique. Le film est présenté en version originale sous-titrée et avec un doublage français. Tout le monde n’a pas envie de voir les films en version originale, on le comprend, mais si la piste française est techniquement réussie, le doublage est quant à lui horrible comparé aux voix originales !

Vous pensez bien que si l’éditeur n’a pas pris le risque de sortir le film en Blu-ray (voire en 4K), il ne propose pas non plus de véritables suppléments sur le disque. Il faudra se contenter d’une poignée de bandes-annonces lancées les unes après les autres sans interactivité, celle du film suivie d'autres films du même éditeur.
D’un point de vue purement commercial, on ne peut pas jeter la pierre à l’éditeur qui limite la casse en ne proposant qu’un DVD. Nous avions précisé « support physique », à présent, on peut aussi compter sur le streaming et la vidéo à la demande. Et, pour le coup, le film est disponible à la location et à l’achat en dématérialisé en haute définition et même en 4K accompagné de Dolby Atmos sur certaines plateformes !