
Dans un futur éloigné, aux confins de l’espace, une base spatiale héberge des championnats de combats inter-espèces. Steve Armstrong, un challenger humain, s’apprête à entrer dans l’ARENA !
ARENA est produit par Empire Pictures à la fin des années 80. La maison de production de Charles Band a fini de manger son pain blanc et se dirige rapidement vers sa banqueroute. Au moment du tournage de ARENA, Empire Pictures est toujours en cours de production d’un projet, ROBOT JOX. La création du film de Stuart Gordon plombe les comptes et la longue création des effets spéciaux s’étire en augmentant toujours plus la facture. D’ailleurs, ROBOT JOX et ARENA partagent quelques points communs. Les deux se déroulent dans le futur et mettent en avant des combats retransmis à travers le monde. Les deux films ont aussi été tournés à Rome via la structure italienne d’Empire Pictures. Pour les points communs, nous nous arrêterons là car ARENA est un petit budget sans grandes ambitions.

Pas de tournage en extérieur, ARENA se cantonne en majeure partie à une station spatiale habitée par une multitude de personnages. C’est aussi une sorte de carrefour dans l’espace. Cette idée, on la retrouve dans les séries télévisées STAR TREK : DEEP SPACE NINE et BABYLON 5 qui n’arriveront qu’une poignée d’années plus tard. Il est peu probable que ARENA ait été une source d’inspiration bien que l’on y trouve des comédiens qui œuvreront plus tard sur ces deux séries : Marc Alaimo, Armin Shimerman et Claudia Christian. Plus étonnant encore, le personnage interprété par Armin Shimerman tient un bar dans la station alors qu’il sera aussi tenancier d’un débit de boisson dans STAR TREK : DEEP SPACE NINE. Des histoires de stations spatiales peuplées d’extraterrestres hétéroclites, il en existe beaucoup dans la littérature de science-fiction et, bien évidemment, dans la série STAR TREK originale. On y trouve déjà un épisode intitulé «Les enchères de Triskelion» où quelques membres de l’équipage sont capturés et forcés à se battre. Et, bien après ARENA, on retrouvera une arène de combats inter-espèces extraterrestre dans l’épisode «Tsunkatse» de STAR TREK : VOYAGER mettant en scène, entre autres, The Rock (Dwayne Johnson) ! Toutefois, le sujet n’est finalement pas si exploité que cela et cela pourrait donner à ARENA un aspect surprenant et intéressant…

On va mettre les choses au clair tout de suite, le concept tel que présenté dans ARENA est complètement improbable. L’aspect des créatures extraterrestres combattantes ne donnent que bien peu de chance à un être humain. Pour pallier ce souci, les scénaristes ont l’idée de créer un système de handicap. Un rayon permet de rééquilibrer les forces. L’idée n’est pas vraiment probante. En effet, lors d’un combat, notre héros va affronter une créature de taille imposante, entre l’insecte et le lézard, dont le nom est Sloth. Les probabilités, même avec un handicap, jouent contre lui… Mais pourquoi pas… Nous sommes à l’autre bout de la galaxie, laissons le réalisme de côté ! En réalité, le système de handicap va surtout servir par la suite pour fausser les combats.
Les enjeux du film reposent donc sur des combats en arène, les relations mafieuses d’un maléfique promoteur et notre combattant humain. Celui-ci est interprété par Paul Satterfield qui vient de jouer l’un des personnages du radeau de CREEPSHOW 2. On notera que le comédien a une petite ressemblance avec Christopher Reeve mais ça ne lui donne pas pour autant des super-pouvoirs. Il fera le reste de sa carrière principalement à la télévision. En athlète combattant, il est plutôt crédible. C’est plutôt tout ce qui est autour qui donne à l’ensemble un côté un peu bancal. Et le budget limité n’arrange pas les choses. Les scènes d’entraînement, aussi, sont bien peu convaincantes.

Seul petit bon point d’ARENA, le personnage de Shorty, interprété par Hamilton Camp, est étonnant. Son origine extraterrestre lui donne quatre bras. A l’image, cette particularité physique n’est pas toujours vraisemblable mais elle est souvent très exploitée. Cela donne des détails amusants dans plusieurs séquences d’ARENA. Cela prouve aussi que malgré le manque de moyens, l’équipe a voulu bien faire ! Et on retrouve ici des artisans récurrents des productions Empire Pictures.
Le réalisateur Peter Manoogian se lance dans le cinéma à divers postes. Comme beaucoup de jeunes cinéastes, il travaille pour New World Pictures de Roger Corman avant de s’acoquiner avec Charles Band qui lui donne l’occasion de réaliser l’un des segments de THE DUNGEONMASTER. A partir de là, il va réaliser plusieurs films pour Empire Pictures dont le curieux DECAPITRON. Ce qui nous mène au duo de scénaristes, Danny Bilson et Paul De Meo, qui avait déjà écrit auparavant plusieurs films pour Empire Pictures tels que FUTURE COP, ZONE TROOPERS ou encore… DECAPITRON. Aux effets spéciaux, ce sont encore des habitués des productions Charles Band. John Carl Buechler va créer la plupart des extraterrestres à l’exception de Sloth de Scremad. Le nom de la planète d’origine de la bestiole fait référence à Screaming Mad George, de son vrai nom Joji Tani, qui s’est occupé de donner vie à cette étrange créature. Dans l’ensemble, la faune extraterrestre de la station est assez inégale en termes de confection. Et il en va de même pour ce qui est des vues spatiales. Le meilleur côtoie l’approximatif !

Enfin, c’est Richard Band qui compose la musique. L’aspect médiatique lui donne l’occasion de recycler des accents musicaux qui ne sont pas de lui. Ainsi, il est difficile de ne pas penser à la musique de Basil Poledouris pour ROBOCOP en lien avec des présentateurs de télévision. Le contexte est le même ici. Hommage ou pompage ? C’est tout de même beaucoup moins flagrant ici que lorsque le compositeur réutilise des motifs très inspirés par ses aînés. Enfin, Irwin Yablans supervise la production. Ce sera son second et dernier film pour Empire Pictures après le bien plus réussi PRISON dans un registre très différent. A l'époque, la sortie du film sera impactée par la chute d'Empire Pictures et ira directement dans les rayonnages des vidéo-clubs.
Si on est purement objectif, ARENA est un film anecdotique. En soi, il n’est pas désagréable mais il se montre aujourd’hui très daté, manquant d’ampleur et débordant d’une grande naïveté cinématographique. Faut-il découvrir ARENA aujourd’hui ? Voilà une bonne question. Il est toujours enrichissant de découvrir des films mais, dans l’immensité de ce qui existe, il faut faire des choix. Et c’est à vous de le faire en votre âme et conscience.