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Critique du film et du Blu-ray Zone B
CELINE 1992

 

Geneviève (María Luisa García) est infirmière. Sous une pluie battante, elle découvre Céline (Isabelle Pasco), effondrée sur un trottoir, en larmes. Elle vient d'apprendre qu'à la mort de son père, qu'elle fut adoptée. Geneviève la ramène chez elle, mais Céline fait une tentative de suicide. Geneviève va alors s'occuper de la guérison de Céline, qui va curieusement développer des visions et un don de guérison.

Suite au succès surprise de NOCE BLANCHE en 1989 (1.8 millions d'entrées!), Jean-Claude Brisseau se niche chez Gaumont pour monter CELINE, un long-métrage d'inspiration fantastique. Présenté en compétition au Festival de Berlin, il sort le 1 avril 1992 en France et rencontre un accueil très mitigé. Aussi bien critique que public, puisque seulement 119 469 curieux se rendront au cinéma pour l'y découvrir. Quelque peu oublié, le film émergea en 2008 en DVD dans un coffret dédié au réalisateur. Et finalement, Gaumont Video se décide à une parution en Blu-ray pour février 2019.

CELINE reste un objet filmique à part. Un produit à contre-courant, ne trouvant de filiation artistique (et presque ascétique) en son temps qu'en la trajectoire du superbe THERESE d'Alain Cavalier. Un sujet risqué, prolongement naturel de la thématique de rédemption amorcée dans DE BRUIT ET DE FUREUR, déjà traversé par des secousses fantastiques, mais plus encore de NOCE BLANCHE. Ici, Céline apparait comme dénuée de tout : identité, envie de vivre.

Ce dépouillement psychologique s'accompagne, naturellement, de celui des possessions. Céline va donc graduellement se retirer du monde extérieur afin de trouver une paix intérieure. Et Brisseau guide intelligemment ce voyage par une épure du cadre, une absence d'artifice. Et glisse sur la forme d'un conte spirituel. Qui débute sur des images de peintures et hiéroglyphes - une nouvelle vie après une mort - annonçant la couleur au spectateur-témoin, comme une évidence. L'initiation de Céline s'effectue via la médiation, le yoga jusqu'à toucher une corde sensible de son être. Et libérer une force de guérison, provoquer des visions, des apparitions.

Bien malgré elle, puisque Céline souhaite également se débarrasser des oripeaux de toute influence sur son entourage indirect. Adopter comme une sorte de langage d'après sa mort psychologique : celui d'une réincarnation ou d'une résurrection. Une irruption du surnaturel dans une vie de femme en rupture de désir. Le film avait été taxé de surfer sur la vague du new age alors très en vogue au début des années 90. Il n'en est rien, s'agissant surtout d'un trip initiatique de deux femmes. L'une au trauma identifié et guéri par justement des méthodes de réflexion sur soi. et qui en aide une seconde, accédant à un nouveau chemin pour se sauver d'elle-même - et au-delà.

Brisseau offre, comme des respirations salvatrices, des interludes musicales sublimes en la composition effectuée par Georges Delerue. Intègre la nature même à son récit narratif, comme faisant partie intégrante du parcours du spectateur. Comme une triste beauté, ou une belle tristesse, au choix. Les trajectoires inversées de Geneviève et Céline : l'une sombrant dans un souci cardiaque au moment où Céline trouve sa voie et quitte le cocon. Céline, qui entre dans une seconde phase de sa vie - prenant exemple sur son aînée afin d'apporter de l'aide à ceux qui en sont privés. Le tout parsemé d'élans poétiques propres à Jean Cocteau, un calme parfois Bressonien.

Via le beau visage éthéré de Lisa Hérédia et son regard-vaisseau, Brisseau montre comment l'esprit entre en chair. Une méditation, une transformation de Céline, mis via une sublime photographie et un sens aigu du cadre signifié, également un film sur les paysages intérieurs détériorés et reconstruits.

Si la mise en scène épurée, rigoureuse, élève indéniablement le propos, ce n'est pas sans scories parfois grossières. Comme une marque de fabrique du film d'auteur français à chausser de gros après-skis une fois un numéro d'équilibriste achevé. Un érotisme quelque peu éléphantesque, inutile (et voyeur), presque suspect car carrément inutile. La scène de sexe dont Céline est témoin montre une María Luisa García nue, chevauchant son amant totalement habillé. Ridicule, mais correspondant aux canons de Brisseau amateur de chair féminine. Une sensualité vaine, factice. Idem pour les représentations de la mort et de la vie, très stéréotypées. Difficile de sombrer dans le cliché le plus éculé avec une grande figure noire encapuchonnée pour la mort, et une entrée dans la lumière pour la vie (sans parler de la révélation faite au couvent).

Des dialogues parfois ampoulés, déclamés de manière assez peu naturelle chez Isabelle Pasco, renforçant un aspect de théâtralité du réel. Ce qui fait perdre la force évocatrice des images et rend le récit plaqué. Il y a aussi des éléments étranges, comme celui du personnage homosexuel qui souhaite être sauvé à tout prix - demandant à Céline d'intervenir en sa faveur auprès de « celui qui est à côté d'elle ». On ne voit pas très bien où Brisseau souhaite en venir avec ces visions christiques. Certes, Céline provoque les croyances de ceux qui souhaitent en bénéficier, au gré de leur spiritualité propre. Mais là, ce raccord apparait superficiel par rapport à la fluidité du reste.

Malgré ces bémols, CELINE demeure un long métrage fascinant. Une incursion inattendue dans le fantastique (le merveilleux?), au traitement qui peut déstabiliser les amateurs de cinéma de genre. Mais assurément, un voyage cinématographique foncièrement beau. Isabelle Pasco, trop rare, rayonne. D'une harmonie entre la femme et la nature qui ravit les sens, interroge, apaise, intrigue.

CELINE arrive sur un Blu-ray (MPEG4 - AVC) en 1080p sans codage régional. Un menu fixe et silencieux qui offre l'accès au film, au chapitrage en 12 segments, les sous-titres français et la rubrique suppléments. Le long métrage au format 1.33:1 est d'une durée complète de 86mn48.

Très joli travail quand au rendu visuel. On note une précision de détails (la plaque minéralogique à 3mn09, nette), les contrastes maitrisés, et de magnifiques sources de lumière captées par le directeur photo Romain Winding, collaborateur régulier du réalisateur. Son travail se trouve honoré, qu'il s'agisse du captage des moindres ombres, force solaire des plans de désert ou de bleus-gris de presque nuitée. Les teintes de peau sont naturelles et les niveaux de noirs profonds, mêlés à de robustes éclats de couleur. Notamment dans les décors intérieurs, où justement les pointent de couleurs sont disséminées de manière parcimonieuse (et précise) dans le cadre. Vraiment très beau à voir et sans aucun artefact ou de réduction de bruit envahissante.

Une piste non compressée en DTS HD MA 2.0 stéréo. Un rendu limpide, linéaire, sans aucun souffle notoire. Des dialogues clairs, et des effets sonores (bruitages de la nature, etc.) discrets qui se diffusent aisément. Et des morceaux musicaux un peu plus puissants, joliment mis en avant. On ne peut que remercier Gaumont d'avoir pensé à mettre des sous-titres français optionnels pour les spectateurs sourds et malentendants. Un point régulièrement oublié par la très grosse majorité des éditeurs français, et surtout des éditeurs de films de genre.

Avec un segment intitulé «Une Fenêtre sur le Monde» Gaumont Video invite David Vasse, auteur d'un ouvrage sur Jean-Claude Brisseau qui décortique et analyse avec précision les influences, la mise en scène et le contexte dans lequel Brisseau a élaboré CELINE. Démonstration éloquente, contextualisant le film dans l'oeuvre du cinéaste, tout en construisant des passerelles stylistiques et narratives. Quelques parti-pris assez curieux: parler de Marxisme à propos du film reste assez capillotracté, entre autres. Mais une mise en perspective plus qu'intéressante, avec un intervenant qui sait transmettre sa passion et ses connaissances. Ce qui change drastiquement de suppléments se bornant à égrener des kilomètres de savoir encyclopédique. Deux regrets cependant : tout d'abord l'absence de la préface de Philippe Le Guay, présente sur l'édition DVD de 2008. Mais aussi (et surtout) de ne voir aucun supplément avec des intervenants directs du film, qu'il s'agisse des actrices ou de son propre auteur. Le film annonce original complète le tout.

La carrière de Jean-Claude Brisseau connut les faveurs du public et de ses pairs avec ses premiers films. Depuis 1994, le public s'est éloigné et le réalisateur a plutôt fait les gros titres avec ses divers scandales de harcèlement sexuel. Rétrospectivement, CELINE apparait comme un îlot de tranquillité, de recherche d'équilibre naturel et visuel. Un projet plus personnel, intérieur et ce très beau transfert 1080p rend encore plus hommage à un film qui tranche avec le style formaté et très télévisuel dans lequel le cinéma français sombra au début des années 90. Avec un supplément riche en espace de réflexions et d'analyse juste, ce Blu Ray est recommandé.

Rédacteur : Francis Barbier
Photo Francis Barbier
Dévoreur de scènes scandinaves et nordiques - sanguinolentes ou pas -, dégustateur de bisseries italiennes finement ciselées ou grossièrement lâchées sur pellicule, amateur de films en formats larges et 70mm en tous genres, avec une louche d'horreur sociale britannique, une lampée d'Albert Pyun (avant 2000), une fourchettée de Lamberto Bava (forever) et un soupçon de David DeCoteau (quand il se bouge). Sans reprendre des plats concoctés par William Friedkin pour ne pas risquer l'indigestion.
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L'édition vidéo
Céline Blu-ray Zone B (France)
Editeur
Gaumont
Support
Blu-Ray (Double couche)
Origine
France (Zone B)
Date de Sortie
Durée
1h27
Image
1.33 (16/9)
Audio
Français DTS Master Audio Stéréo
Sous-titrage
  • Français
  • Supplements
    • Une fenêtre sur le monde - Entretien avec David Vasse (39mn56 - VF - HD)
    • Film annonce original (2mn22 - VF - 1.33:1 - HD)
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