Header Critique : SUPERARGO CONTRE DIABOLIKUS (SUPERARGO CONTRO DIABOLIKUS)

Critique du film et du DVD Zone 2
SUPERARGO CONTRE DIABOLIKUS 1967

SUPERARGO CONTRO DIABOLIKUS 

Le catcheur masqué Superargo (Ken Wood) quitte le ring après avoir accidentellement tué son adversaire Le Tigre. Doué de super pouvoirs, il est engagé par les services secrets américains afin d'infiltrer la base du dangereux Diabolikus (Gérard Tichy) qui a dérobé de l'uranium afin d'asservir le monde.

1967. Le cinéma populaire se trouve en plein essor d'adaptation filmique de héros masqués. KRIMINAL ayant remporté un certain succès, DIABOLIK et SATANIK pointent le bout de leur nez. Mais c'est un croisement entre une inspiration très BD, Superman, James Bond et les héros masqués-catcheurs qui coiffe ce beau monde au poteau : SUPERARGO CONTRE DIABOLIKUS. Notez le «K» qui rappelle, ô surprise, le Diabolik alors pas encore porté au cinéma mais diablement populaire en Italie à ce moment. Une co-production italo-espagnole qui connaitra par ailleurs une suite peu de temps après sorti en janvier 1968 chez nous sous le titre trompeur L'INVINCIBLE SUPERMAN.

Le réalisateur d'origine calabraise Nick Nostro n'en était pas à son coup d'essai du fou qui veut dominer le monde. Son ASSO DI PICCHE OPERAZIONE CONTROSPIONNAGGIO avec Giorgio Ardisson et Margaret Lee suivait déjà le même schéma. Le fait qu'Alfonso Balcazar soit aussi derrière la production de ces deux films n'apparait en rien hasardeux. Le réalisateur fit une carrière relativement courte entre 1962 et 1971: 10 films entre péplum - dont deux des trois films sur les 10 GLADIATEURS, énorme succès à l'époque -, western et aventures, en pleine période faste de productions entre l'Espagne et l'Italie.

Ken Wood - pseudo de Giovanni Cianfriglia - et cascadeur de son état, interprète Superargo. Une stature et une musculature imposantes en font l'idéal - au seul problème qu'il ne fut pas franchement acteur de base. Bon, étant donné qu'il apparait masqué le long du métrage, ça ne pose pas trop de problème concernant les expressions faciales. D'autant que d'après le 1e assistant réalisateur, cela n'alla pas sans quelques problèmes. Cette ancienne doublure de Steeve Reeves effectuera une petite carrière, se retrouvant en tête de distribution de quelques films à la fin des années 60, avant de rejoindre les petits rôles, comme dans LA GUERRE DU FER, LA CHASSE AUX MORT-VIVANTS ou THE BARBARIANS. Et un détour par des figures de méchants dans nombre de polizieschi et de westerns spaghetti.

Il serait kriminal de ne pas s'arrêter sur le cas de Loredana Nusciak. Remarquée dans DJANGO, cette plantureuse fausse-rousse à la carrière météoritique émerveille dans son rôle de maitresse sadique de Diabolikus, à la main leste en coups de cravache dans la tête de Superargo. Elle tient le haut du pavé face à la translucide Mónica Randall dans le rôle de Lidia, la compagne de notre héros masqué. Tenues affriolantes, regard altier, maquillage outrancier : incarnation parfaite du mal sexué - faisant de l'ombre à un Gérard Tichy juste en phase avec les X méchants 60's qui envahirent les écrans européens pendant cette décade.

Tourné en Cromoscope 2.35:1 (donc le système Techniscope à 2 perforations avec tirage Eastmancolor et non Technicolor), Nostro utilise au mieux l'espace offert par le cadre. les plans d'intérieurs de la grotte gagnent en majesté. Via également une photographie habile aux diverses sources de lumière & couleurs changeantes. Non pas qu'il utilise le Techniscope et ses affres de la manière optimale d'un Massimo Dallamano pour Sergio Leone (dans ET POUR QUELQUES DOLLARS DE PLUS, entre autres), on a plutôt affaire à un habile faiseur se débrouillant du mieux qu'il puisse - sans trace de génie quelconque… Juste de quoi être dans l'air du temps, surfer sur une vague porteuse, grossie par le génie transalpin de mélanger les genres de manière incongrue. Même s'il est indiqué un budget relativement bas, l'ingéniosité prime et donne au film un semblant de richesse visuelle. Là où l'artisanat primait sur les moyens et réussissait à transfigurer la banalité du propos, mélangeant les thèmes d'espionnage à la Dr No, les catcheurs mexicains, l'influence des Fumetti, une partition musicale au diapason mais copiant sans vergogne les recettes Bondiennes … pour donner un demi-siècle plus tard un métrage au charme rétro-pop naïf qui fleure bon les sièges en (Brigitte) skaï et le système D audacieux. Le choix des couleurs reste en droite ligne de ce que la bande dessinée italienne a pu produire - et de ce que des oeuvres comme DIABOLIK exploiteront au maximum, de manière bien mieux utilisée et logique qu'ici même.

Un ton très bande dessinée couplé à une esthétique pop 60's font de ce SUPERARGO CONTRE DIABOLIKUS une oeuvrette quelque peu inoffensive en terme de violence et d'érotisme. En fait, le public populaire s'attendait exactement à ce type d'aventures rocambolesques, hautes en couleur mais dénuées de tout sérieux - et de tout débordement transgressif. Le film pourrait aujourd'hui tout aussi bien être visionné par des enfants que ça ne choquerait personne. Ne serait-ce que pour la coagulation immédiate du sang Superarguesque, le couteau qui s'enfonce à travers sa tenue moulante rouge sans le blesser - et sans trouer le costume (!), la très laide perruque-casque figée très Elnett-power de Mónica Randall, les sauts-trampoline (qui seront popularisé par les 3 FANTASTIQUE SUPERMEN!) qui projettent le héros au bon endroit. Le scénario développe les qualités surhumaines de Superargo, justement pour les mettre à exécution quelque temps plus tard. Nous aurons donc droit à la résistance au feu sur plaque de cuisson humaine, la respiration en apnée pendant 7 minutes… invincible, qu'on vous dit. Toute exagération ne se révélant toutefois pas salutaire au récit, les miniatures utilisées touchent au sublime calamiteux.

En même temps, des films comme SUPERARGO CONTRE DIABOLIKUS n'auraient pas survécu les années sans cette conception sauvage du cinéma. Opportuniste, rutilant, grotesque, candide et enjoué en diable. Qui peut franchement croire que la CIA emploie un catcheur masqué aux pouvoirs surhumains pour une mission désespérée? Personne. Hormis le cinéma populaire italien qui fit confiance à un concept ahuri - donc nécessairement à coucher sur pellicule.

13 ans après Pulp Video en Italie, Artus Films lâche une édition pour la première fois sur notre territoire dans sa collection «Ciné Fumetti». Après un passage télévisuel en 2007, le film renait sur un DVD français qui propose le film au format 2.35:1 et 16/9e. Dans un digipack contenant en intérieur deux reproductions d'affiches US et espagnole. Avec le choix entre le doublage français et la version italienne - tous deux en Dolby Digital mono encodés sur deux canaux- avec sous-titres francophones optionnels. A la différence du DVD italien qui propose la version italienne en 2.0, aussi un remixage 5.1 -concernant principalement la musique - ainsi que le doublage anglais, le film étant sorti dans plusieurs pays anglophones dont les USA en 1968 (Diabolikus y devenant Diabolicus pour l‘occasion).

DVD Z2 France
DVD Z2 Italie

C'est à se demander si une source similaire a été utilisée pour l'occasion. A voir le générique de début avec le nom de la société de distribution de films italienne (Gala Films), et un générique en langue anglaise. Par contre, la copie Artus a été bien nettoyée, puisque les rayures et quelques poussières blanches de l'édition Pulp Video ont disparu. Le DVD italien, non zoné, annonce 93mn sur sa jaquette mais se révèle autre en pratique : 83mn59 et la version Artus compte 83mn56. Une meilleure définition et précision se notent dans les gros plans, avec des couleurs moins ternes que sur la vieille édition italienne de 2001. Par contre, si la durée diffère de manière minimale, les captures d'écran comparative ont été prises à un moment identique du film, mais à 14m51 chez Pulp et 14mn56 chez Artus. Les contrastes ne sont pas toujours très heureux dans les scènes de nuit, ainsi que les niveaux de noir. Mais pas de trace notable de compression. Sur cette dernière, les couleurs ressortent de manière plus que correcte -le rouge du costume du héros éclate à l'écran!-, tout comme les niveaux de noir. Le générique de début et de fin demeurent de très bons exemples, notamment sur le sourire marqué de Superargo en fin de métrage. Le doublage français y apparaît mieux équilibré que la piste italienne, un peu plus étouffée et les dialogues quelque peu en retrait. A noter que la configuration de l'accès chapitré a changé » : la marque de fabrique Artus (8 chapitres) est passé en accès par 9 chapitres.

Suppléments en verve pour cette galette, avec l'assistant réalisateur du film Ferruccio Catsronuovo qui, en français dans le texte, se remémore le tournage. Avec moult détails assez amusants, qui témoignent d'une époque définitivement autre du cinéma. Entre le héros s'exprimant avec un accent qu'il fallut corriger à force de répétition - et qui ne se souvenait pas de ses dialogues, jusqu'au réalisateur affublé d'un sobriquet suite à un accident, il s'agit d'un témoignage très précieux. Puis Curd Ridel revient sur Superargo et ses avatars. Un passionnant moment de cinéphile pointue, documents à l'appui, couvrant à la fois acteurs et divers intervenants sur le film. L'ensemble se complète de films annonce de la collection «Cine Fumetti» et d'une galerie photos.

Pour la découverte sur format DVD d'un métrage qui survit à l'inconscient collectif bis, cette édition sympathique de SUPERARGO CONTRE DIABOLIKUS ravira les amateurs. Pour les autres, ça sera dur d'adhérer au second degré cinéphile d'un héros en pyjama rouge serré qui refuse de montrer son visage - un peu à l'image des catcheurs mexicains Santo et autres Blue Demon qui passèrent leur carrière sans jamais avoir révélé leur identité. Pas besoin de masquer quoique ce soit de notre côté, ce DVD qui fleure bon les années 60 est recommandé.

Rédacteur : Francis Barbier
Photo Francis Barbier
Dévoreur de scènes scandinaves et nordiques - sanguinolentes ou pas -, dégustateur de bisseries italiennes finement ciselées ou grossièrement lâchées sur pellicule, amateur de films en formats larges et 70mm en tous genres, avec une louche d'horreur sociale britannique, une lampée d'Albert Pyun (avant 2000), une fourchettée de Lamberto Bava (forever) et un soupçon de David DeCoteau (quand il se bouge). Sans reprendre des plats concoctés par William Friedkin pour ne pas risquer l'indigestion.
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L'édition vidéo
SUPERARGO CONTRO DIABOLIKUS DVD Zone 2 (France)
Editeur
Artus
Support
Inconnu
Origine
France (Zone 2)
Date de Sortie
Durée
1h24
Image
2.35 (16/9)
Audio
Italian Dolby Digital Mono
Francais Dolby Digital Mono
Sous-titrage
  • Français
  • Supplements
    • Interview de Ferruccio Castronuovo (22mn07)
    • L’Invincible Superargo par Curd Ridel Curt Ridel (36mn59)
    • Galerie photos (1mn18)
      • Bandes-annonces
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