Header Critique : CORRIDOR (ISOLERAD)

Critique du film
CORRIDOR 2009

ISOLERAD 

Jamais des coups de marteaux en pleine gorge ne furent aussi jouissifs. Rien que pour cela, on aime bien CORRIDOR (ISOLERAD dans ses contrées). Mais il ne faut surtout pas s'arrêter à cette idée, le film recèle bien plus que des marteaux… ainsi Frank (Emil Johnsen) brillant jeune étudiant en médecine, emménage dans un nouvel appartement à Goteborg. Rapidement, sa voisine du dessus nommée Lotte (Ylva Gallon) va se révéler envahissante. Mais Frank sent que quelque chose ne tourne pas rond. Surtout avec le petit ami de Lotte, Micke (Peter Stormare), hargneux et violent. A la faveur d'un malentendu, Micke pense que Frank a mis Lotte dans son lit. L'enfer commence alors pour Frank qui se retrouve pris au piège chez lui.

ISOLERAD (ou CORRIDOR dans son titre de vente international) est un thriller suédois aux consonances hitchcockiennes versant dans la paranoïa et le meurtre sauvage. Relativement court (76 minutes tout compris), le film se concentre rapidement sur les éléments essentiels : paranoïa, peur, isolement. Le héros est une jeune étudiant à qui tout réussit, sauf le contact social. Sa vie reste organisée autour de ses études, jusqu'à se couper de ses camarades qui le laissent, eux-même, de côté.

D'une vie réglée au millimètre (lever-douche-brossage de dents-café-études-diner-coucher), le héros va glisser progressivement vers quelque chose qu'il ne maîtrise pas. Sa voisine pleine de vie, bouscule ses habitudes et semble réclamer de l'aide. Ennuyé et insensible à ses suppliques, une succession de bruits intempestifs vont le conduire à comprendre qu'elle subit une certaine menace. Pour la première fois, il va tenter de sortir de sa routine. Mal lui en prend (ou non ?), car cette irruption de la fantaisie va générer l'imprévisible – et son lent glissement vers la paranoïa, la folie – ou peut-être autre chose ?

Une des grandes qualités de CORRIDOR : l'utilisation de l'environnement sonore, passant par la fonction même du son (générateur de stress) et d'une étrange partition musicale aux tendances bruitistes. Une fois son confinement opéré, Frank ne vit qu'au rythme des bruits qui ont pénétré son univers. Lui si concentré sur ses examens et le silence nécessaire, voit son univers chamboulé par l'irruption de sons incongrus. Des soupirs pendant des actes sexuels, des bruits d'immeuble, des cris d'enfants… jusqu'à prendre son stéthoscope et le coller au plafond de sa chambre afin de mieux pénétrer une réalité qu'il soupçonne être déviante. La claustrophobie prend corps au fur et à mesure que les éléments des bruit autour de Frank se rapprochent. Une idée vraiment intéressante.

Les deux réalisateurs (Johan Lundborg et Johan Storm) jouent la carte du réalisme social. Un univers froid, hermétique – au relationnel inexistant entre les humains. Soit basé sur l'incompréhension, soit sur la haine de l'autre et les préjugés. Il s'agit surtout de Frank qui ne peut s'insérer dans la réalité. C'est justement cette incapacité d'appropriation du réel qui se transforme en agression psychologique et physique. Le fait que les deux auteurs soient eux-mêmes fils de médecins a du grandement jouer sur l'aspect clinique de ce dévissage du héros.

Le seul moment où Frank se permet de jouer avec le réel (un quiproquo téléphonique) demeure précisément celui où sa propre réalité va basculer. Un comportement irrationnel en complète rupture avec son mode de vie égoïste et obsessionnel. Il faut avouer que l'agresseur potentiel (Peter Stormare, accessoirement oncle de l'un des auteurs, en mode bad guy «on») présente tout l'arsenal nécessaire : biker, sexuellement agressif, bruyant, ombrageux... L'inverse d'un Frank chétif et peureux. Mais le plus simple ne serait-il pas de réprimer ses émotions afin de mieux avoir l'emprise sur soi et son entourage ?

La confrontation graduelle révèle une autre nature insoupçonnée de Frank. Un monde qu'il se fabrique – ou non ? L'ingéniosité du scénario somme toute linéaire est de rendre crédible la situation tout en ménageant une part d'ombre au récit : l'isolation du monde réel – à l'intérieur d'un groupe ou à l'extérieur. Une (petite) critique sociale bienvenue mais qui toutefois ne sort pas trop des sentiers battus. On pense inévitablement à l'atmosphère étouffante du LOCATAIRE de Roman Polanski, sans hélas apporter d'élément véritablement novateur.

Dommage que la mise en scène soit si sage et évidente. Qu'il n'existe pas plus de folie supplémentaire. On comprend ce qu'ils souhaitent faire ressentir : de pièces illuminées en couloirs baignés de ténèbres. Peut-être une approche trop didactique, trop clinique et binaire, sans doute. Le duel entre Frank et Micke revêt un caractère certes frontal mais bien banal en termes de mise en images et bien décevant. Le dernier quart s'avère le plus tendu et son explosion de violence surprend. Mais l'issue des attaques apparaît tellement évidente que le suspense s'évacue de facto.

Impensable de voir CORRIDOR débarquer en salles chez nous surtout que son aspect téléfilm risque d'en rebuter certains. Il aura plus grande chance de voir une éventuelle carrière dans nos contrées par le biais de la video ou d'une diffusion TV. Mais un fait certain : le film possède la qualité de l'amoralité de son récit, d'aller droit au but et de ne pas s'embarrasser de seconds rôles inutiles à l'action. Pour cela et ses jolis coups de marteaux, il serait dommage de ne pas emprunter ce CORRIDOR-là !

Rédacteur : Francis Barbier
Photo Francis Barbier
Dévoreur de scènes scandinaves et nordiques - sanguinolentes ou pas -, dégustateur de bisseries italiennes finement ciselées ou grossièrement lâchées sur pellicule, amateur de films en formats larges et 70mm en tous genres, avec une louche d'horreur sociale britannique, une lampée d'Albert Pyun (avant 2000), une fourchettée de Lamberto Bava (forever) et un soupçon de David DeCoteau (quand il se bouge). Sans reprendre des plats concoctés par William Friedkin pour ne pas risquer l'indigestion.
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