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Critique du film
VINYAN 2008

 

Le fils de Jeanne et Paul a disparu dans le tsunami ayant ravagé les côtes thaïlandaises et birmanes. Son corps n'ayant pas été découvert, le couple est resté sur place dans l'espoir impossible de le retrouver. Mais Jeanne ne peut se résoudre à l'inévitable et voit son fils partout, jusque sur une vidéo qui montre de jeunes enfants dans la jungle. A l'aide d'un certain Thaksin Gao, ils partent à la recherche de leur enfant et s'enfoncent dans ce qui ne peut s'apparenter qu'à un enfer sur terre…

"En immersion" est la seule façon de décrire le deuxième film de Fabrice Du Welz, le cinéaste belge nous ayant déjà offert CALVAIRE. En immersion, on l'est dés le générique composé de lettres blanches si géantes que ça en devient oppressant pour ensuite plonger littéralement sous une eau qui vire lentement au rouge tandis que des hurlements en fond sonore traduisent l'horreur du fameux tsunami ayant provoqué, il y a quelques années, tant de dégâts et de morts. En immersion, on l'est ensuite dès la présentation des parents interprétés de façon magistrale par Emmanuelle Béart et Rufus Sewell. Des personnages que Fabrice Du Welz filme au plus près comme une obsession, comme s'il voulait leur rentrer physiquement dans la tête et le coeur pour nous faire ressentir pleinement leur souffrance. En immersion, on l'est aussi en suivant leur périple à travers une nature aussi hostile et sans pitié que ses habitants. En immersion, jusqu'à un final horrible et à la limite du fantastique tant cela pourrait n'être qu'une vision sanglante née de l'esprit torturé d'un couple en perdition et rongé par le remords.

VINYAN est un mot d'origine thaïlandaise qui veut dire «âme errante qui tourmente les vivants». Et de tourments, il en est question du début à la fin. Aucun parent ne peut se rendre à l'évidence après la disparition de son enfant car tant qu'il n'a pas été retrouvé, il reste l'espoir qu'il puisse encore être en vie. Et on n'abandonne pas son enfant ni ses espoirs. C'est bien là, le cœur du dilemme. Du Welz voulait réaliser un film plus psychologique que horrifique et son pari est réussi haut la main. Toutefois, les deux s'entremêlent sans s'entrechoquer jusqu'à former une sorte de trip presque hallucinatoire servi par une photo incroyable sous la direction du résolument génial Benoît Debie (IRREVERSIBLE, CALVAIRE). La Birmanie de Fabrice Du Welz n'est pas une carte postale, c'est un lieu gris et déprimant où les habitants subissant une pauvreté extrême n'hésitent pas à vendre leurs enfants pour une poignée de bhats. Et comme le dit l'un des personnages lorsque le couple ne veut pas de l'enfant qu'il leur présente parce que ce n'est pas le leur, «Quelle différence cela fait-il ?». A leurs yeux, un enfant est une marchandise, l'un en vaut bien un autre. Et pour Jeanne, c'est presque le cas aussi comme en témoigne sa réaction devant le petit garçon. Elle veut y voir son enfant et y serait parvenue si son mari ne l'avait pas éloignée de là. La faille dans son esprit ne fait que se creuser au fur et à mesure de leur avancée dans une jungle immense où le seul danger provient d'eux-mêmes.

Très différent de CALVAIRE, VINYAN est un film beaucoup plus renfermé et difficile d'accès, le genre de film où on est soit happé dès le début soit totalement hermétique. De son propre aveu, le cinéaste aimerait réaliser un métrage plus ouvert la prochaine fois, un film qui plairait à un public plus large. En dépit se sa brève expérience jusque là, il pourrait même donner des leçons de cinéma à ceux qui occultent le fait que ce sont les personnages qui portent l'histoire et compensent par une recherche visuelle qui ne rattrapera pourtant jamais ce genre de négligence impardonnable. Ici, les expérimentations de Fabrice Du Welz et Benoît Debie sont entièrement au service de l'histoire. Les flous sont utilisés de façon judicieuse pour traduire une détresse incommensurable, par exemple, et certains magnifiques travellings laissent littéralement sans voix (l'arrivée dans le temple en ruines). Il convient également de saluer l'excellent travail sur la bande son où le réalisateur joue avec nos perceptions jusqu'à ce qu'on ait l'impression de se trouver à la place de ses personnages (lorsque Jeanne se jette à l'eau pour suivre le bateau et que Paul veut l'en sortir). La musique composée par François-Eudes Chanfrault (HAUTE TENSION) est tour à tour émouvante et terrifiante, soulignant avec une précision presque chirurgicale des scènes qui pourraient même s'en passer tant la réalisation de Fabrice Du Welz n'en a pas besoin.

Il n'est jamais évident d'avancer l'appellation de chef d'œuvre pour un film car au final, cela reste très subjectif. Mais si on peut considérer un chef d'œuvre comme un film où la réalisation sublime une histoire engageante et peuplée de personnages forts, alors VINYAN ne l'aura pas volé. En immersion, on l'est du début à la fin. Et on a bien du mal à remonter ensuite à la surface.

Rédacteur : Marija Nielsen
52 ans
98 critiques Film & Vidéo
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