Header Critique : WILD BEASTS (LES BETES FEROCES ATTAQUENT)

Critique du film et du DVD Zone 2
WILD BEASTS 1983

LES BETES FEROCES ATTAQUENT 

L'alcool est à consommer avec modération, mais qu'en est-il de l'eau ? Polluée par nos usines, celle-ci se déverse on-ne-sait-où et transporte on-ne-sait-quoi à notre insu. Les premières victimes sont dans le cas présent les animaux qui, touchés par un mal étrange, ne tardent pas à avoir les crocs. Puis rapidement, l'instinct prend le dessus et pire, c'est une véritable rage qui brûle de l'intérieur jusqu'au plus placide des rongeurs. Bestioles de tous poils se rebellent alors et font preuve d'une agressivité hors du commun. La chose est déjà dramatique lorsqu'on parle de rats ou de chiens, mais elle s'avère bien plus terrible encore lorsqu'on évoque les résidents d'un zoo...

Les bestioles agressives, nous connaissons bien. Requins, crocodiles, chiens, serpents, oiseaux de tous plumages, araignées et même lapins, fourmis ou criquets... Tous auront décimé à l'écran un nombre incroyable d'humains plus ou moins innocents. L'homme n'est pas toujours en haut de la chaîne alimentaire et ça, le cinéma n'a de cesse de nous le rappeler. Les pellicules se comptent par centaines et pourtant, rares sont celles qui invitent plusieurs espèces à l'écran. En 1972 cependant, l'improbable FROGS se lance et George McCowan nous dévoile alors une coterie de grenouilles menant une révolte animale des plus sympathiques. En 1977, William Girdler place la barre bien plus haut en oubliant les batraciens pour des bestioles bien plus dangereuses. DAY OF THE ANIMALS nous confronte en effet à des pumas, chiens, rapaces et autres joyeusetés dans un cadre forestier particulièrement bien exploité. SOUDAIN... LES MONSTRES sent déjà plus le papier mâché malgré la présence à l'écran d'insectes, coq et rats géants. Nous lui préférerons donc THE BEASTS ARE ON THE STREETS, un téléfilm de 1978, relativement médiocre mais au bestiaire incroyablement riche. Suite à un accident de camion, les rues d'une petite bourgade seront assaillies par les locataires d'un zoo, parmi lesquels des zèbres, dromadaires, rhinocéros, éléphants et surtout félins ! En cela, ce film de Peter R. Hunt s'impose clairement comme une ébauche «soft» du film de Franco E. Prosperi, le LES BÊTES FEROCES ATTAQUENT dont il est question ici...

Mais avant de traiter du film en lui-même, il semble intéressant de se pencher sur son réalisateur, lequel n'a pas réellement le profil d'un monsieur-tout-le-monde. En effet, Franco E. Prosperi (à ne pas confondre avec Franco Prosperi) a, en compagnie de Paolo Cavara et Gualtiero Jacopetti, popularisé un genre cinématographique connu sous l'appellation de «Mondo». En 1962, leur MONDO CANE s'invite à Cannes, à grand renfort d'images chocs, prises sur le vif ou bidouillées aux quatre coins du monde. Le métrage produit alors l'effet escompté, fait scandale sur la croisette et se verra même nominé pour la Palme D'Or ! Les réalisateurs enchaîneront rapidement avec MONDO CANE 2 (majoritairement constitué de chutes du premier), puis d'autres «Shockumentaires» du même tonneau. Franco E. Prosperi restera quelque peu prisonnier du «Mondo» et y consacrera l'essentiel de sa carrière de réalisateur. Pourtant, en 1983, il mettra en boite son premier et dernier métrage «conventionnel», ou «vrai film» diront certains... LES BÊTES FEROCES ATTAQUENT n'en conserve pas moins l'un des stigmates du Mondo, à savoir la mort à l'écran de certains animaux. Le générique a beau afficher un message rassurant quant au sort des bestioles, nous doutons tout de même fortement que les rats du film se soient remis de l'attaque au lance-flammes qui intervient en début de métrage ! Il en va de même pour le malheureux chat, lancé au beau milieu de rongeurs affamés et dévoré dans la foulée... Autre époque, autres moeurs dirons-nous, LES BÊTES FEROCES ATTAQUENT pourra donc aujourd'hui choquer, dans une bien moindre mesure cependant que la plupart des films de Cannibales qui l'auront précédé.

Cette parenthèse refermée, force est de constater que LES BÊTES FEROCES ATTAQUENT fait assez fort dans le registre des films d'animaux assassins. La diversité des bestioles en présence est un atout indiscutable, auquel il convient d'adjoindre l'étonnante sauvagerie des attaques. Alors bien sûr, il arrive qu'une poignée de mammifères soit doublée par des peluches ou qu'a contrario, plusieurs félins s'énervent sur des humains de caoutchouc. Mais outre ces quelques passages, la qualité du dressage et certaines images du film s'avèrent aujourd'hui encore clairement bluffantes. Franco E. Prosperi ne lésine pas sur les moyens et nous offre un spectacle aussi généreux qu'il est inoubliable. Le jeune couple agressé par des centaines de rats s'installera dans nos mémoires aussi sûrement que le guépard chassant une automobiliste paniquée en pleine rue. Bien que grossièrement truquées, l'attaque du zoo et la dégustation qui s'en suit s'inscrivent également comme l'un des grands moments du genre. Les minutes défilent et contre toute attente, le rythme de LES BÊTES FEROCES ATTAQUENT ne faiblit pas. Le spectateur se sent repu et pourtant, le réalisateur parvient à le surprendre encore et encore avec de nouvelles séquences étonnantes, ou l'intervention surprise d'une énième créature sauvage...

Curieusement, cette abondance incroyable d'animaux fous et d'attaques (très) saignantes fait la force mais également la faiblesse du film. Car à côté de cela, les acteurs auront bien du mal à faire leur trou et à s'imposer. La séduisante Lorraine de Selle (CANNIBAL FEROX) est ici parfaitement oubliable, tout comme peut l'être le second rôle Ugo Bologna. Les prestations de John Aldrich et Louisa Lloyd s'inscriront dans le même registre, justifiant le fait qu'ils n'aient eu qu'une carrière réduite au minimum... Également oubliable, le scénario de LES BÊTES FEROCES ATTAQUENT ne fait pas dans l'originalité. Nous avons là un argument simpliste et classique, lié à la pollution et au retournement de la nature contre l'Homme, le plus évolué mais aussi nuisible des mammifères. Quitte à ne pas être très inventif, Franco E. Prosperi pique l'idée du chien d'aveugle qu'avait eu Dario Argento (SUSPIRIA), et qu'avait déjà recyclé Lucio Fulci (L'AU-DELA). Mais le réalisateur-scénariste s'inspire également grassement des REVOLTES DE L'AN 2000 de son confrère espagnol Narciso Ibanez Serrador. Cette référence nous mènera d'ailleurs à un final en demi-teinte, assez hors-sujet vis-à-vis du reste du film et pour tout dire guère convaincant.

A cela nous ajouterons que LES BÊTES FEROCES ATTAQUENT n'est pas un modèle de réalisation. Les animaux et effets gores assurent le spectacle et parviennent à créer une ambiance plutôt «tendue», mais Franco E. Prosperi se veut définitivement plus voyeuriste qu'il n'est réellement metteur en scène. Même constat amer pour Guglielmo Mancori qui, sur ce film, n'assure que le strict minimum en tant que directeur de la photographie. Les images sont assez régulièrement sombres, voire illisibles, et l'ensemble manque clairement de relief. Encore une fois, la pellicule n'est sauvée que par la présence incroyable d'animaux sauvages dans les bâtiments, le métro ou les rues grises et ternes de Francfort. Le contraste est étonnant, mais la mise en images manque véritablement de maestria. Inoubliable sous certains aspects, LES BÊTES FEROCES ATTAQUENT pêche donc par d'autres, faisant de cet unique film «classique» de Franco E. Prosperi une curiosité que les amateurs de bestioles se doivent toutefois d'avoir visionné au moins une fois.

Pour ce faire, le cinéphile pourra opter pour l'édition DVD italienne, disposant d'une interview de Franco E. Prosperi. Il aura également la possibilité de se tourner vers le disque danois, au ratio 1.78 légèrement recadré. Mais nul doute que le spectateur perfectionniste et amateur de galettes gorgées jusqu'au dernier octet se rabattront sur l'édition allemande, pour le coup très généreuse. Bien évidemment c'est de cette édition, signée Camera Obscura, dont il est question dans ces lignes... En terme de présentation tout d'abord, le disque nous est proposé dans un fourreau cartonné affichant fièrement le plus beau visuel du film, à savoir celui de l'affiche japonaise (à voir dans notre database). Comme c'est régulièrement le cas avec l'éditeur, nous aurons également le droit à un livret bilingue (anglais / allemand) de seize pages donnant la parole à Marcus Stiglegger. Le bonhomme dresse un portrait rapide et chronologique des animaux tueurs à l'écran, pour en arriver bien évidemment au cas de LES BÊTES FEROCES ATTAQUENT. Nous avons là une entrée en matière correcte, avant de compléter via le contenu du disque, plus pertinent.

En effet, côté suppléments, nous aurons tout d'abord droit à une interview de l'historien du cinéma Antonio Bruschini, laquelle prend une forme assez inattendue. Dans sa première moitié, le monsieur tient un discours très construit, prenant tout d'abord grand soin d'éclairer le cinéphile quant à une homonymie problématique. En effet, vous n'aurez qu'à vous balader sur le web ou compulser moult ouvrages pour constater à quel point le Franco E. Prosperi des Mondos est régulièrement confondu avec le Franco Prosperi qui débuta sa carrière comme assistant réalisateur de Mario Bava... Ce voile levé, Bruschini embraye donc sur le Prosperi qui nous intéresse ici et dresse une pertinente filmographie du réalisateur. Le document se suit avec intérêt lorsqu'à 8 minutes 30 secondes, il est interrompu. Federico Caddeo, responsable des suppléments estampillés Freak-O-Rama, prend alors la parole et nous dresse un portrait d'Antonio Bruschini, décédé le 30 mai 2011. L'hommage est appréciable et sincère, permettant en outre de faire la lumière sur un individu qui n'était pas forcément connu hors des frontières italiennes. Bien que la démarche soit assez surprenante, nous ne remettrons donc pas en cause sa valeur historique.

L'interview «Prosperi uncaged» donne la parole vingt-huit minutes durant à un Franco E. Prosperi particulièrement en forme, au débit rapide et au propos riche en informations. Il débutera par la genèse du métrage, évoquera les lieux de tournage et s'attardera quelque peu sur la séquence du guépard lancé à pleine vitesse derrière la coccinelle. Nous aurons ensuite droit à quelques anecdotes amusantes concernant la lionne, l'ours polaire ou encore le tigre. Sans surprise, le monsieur a une évidente propension à user de cette exagération d'autant plus pardonnable qu'elle rend les histoires savoureuses ! On en viendrait presque à le croire quand le bonhomme affirme que les sols de Milan étaient imprégnés de drogue tant elle tournait dans les rues !

Le disque propose par ailleurs une splendide galerie d'images liées au film. La plupart sont assez rares et issues du programme japonais d'époque. On découvre donc des photos de plateau ainsi que d'autres ayant servi de lobby cards. La plupart des textes présents sur les images de cette galerie sont, sans surprise, en japonais et donc difficile à appréhender pour la plupart des français ! L'interactivité se clôt enfin avec la bande-annonce italienne d'époque, présentée via un ratio 1.78. L'image est propre, bien que les couleurs soient un peu passées.

Mais abordons plutôt le cas du film qui pour sa part, se montre quasi-irréprochable. Encodée en 16/9ème, l'image est ainsi proposée au format 1.66 d'origine. Malgré l'obscurité omniprésente et les choix douteux de Guglielmo Mancori, les contrastes sont satisfaisants et les noirs assez profonds. Sans surprise, la copie révèle un grain d'origine très présent qu'on ne saurait imputer au travail de l'éditeur. Les traces de compression et les griffures se montrent en outre très discrètes, offrant un bilan très positif...

Sur le plan sonore, le constat est le même avec trois pistes audio propres et proposées en stéréo. Bien évidemment, pour nous français, seule la piste originale italienne offre un intérêt et nous laisserons à nos voisins l'usage (peu recommandé) des doublages anglais et allemand. Comme à son habitude, l'éditeur nous offre assistance avec un sous-titrage anglais lisible et dénué de fautes. Ceux qui sont plus à l'aise avec l'allemand pourront également faire ce choix via le menu dédié, dont on notera les amusantes transitions, désactivables toutefois.

Rédacteur : Xavier Desbarats
Photo Xavier Desbarats
Biberonné au cinéma d'action des années 80, traumatisé par les dents du jeune Spielberg et nourri en chemin par une horde de Kickboxers et de Geishas, Xavier Desbarats ne pourra que porter les stigmates d'une jeunesse dédiée au cinéma de divertissement. Pour lui, la puberté n'aura été qu'une occasion de rendre hommage à la pilosité de Chuck Norris. Aussi, ne soyons pas surpris si le bougre consacre depuis 2006 ses chroniques DeViDeadiennes à des métrages Bis de tous horizons, des animaux morfales ou des nanas dévêtues armées de katanas. Pardonnez-lui, il sait très bien ce qu'il fait...
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L'édition vidéo
BELVE FEROCI DVD Zone 2 (Allemagne)
Editeur
Camera Obscura
Support
DVD (Double couche)
Origine
Allemagne (Zone 2)
Date de Sortie
Durée
1h28
Image
1.66 (16/9)
Audio
Italian Dolby Digital Mono
English Dolby Digital Mono
German Dolby Digital Mono
Sous-titrage
  • Anglais
  • Allemand
  • Supplements
    • «Prosperi uncaged» (28mn26)
    • «Antonio Bruschini» (17mn47)
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