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Critique du film
DOGHOUSE 2009

 

Dernier film de Jake West (RAZOR BLADE SMILE, EVIL ALIENS), DOGHOUSE raccroche son wagon aux films d'horreur à tendance comico-satyrique dans la veine de SHAUN OF THE DEAD, dont la comparaison s'avère un peu inévitable. Le film est sorti durant l'été 2009 en Grande-Bretagne mais rencontra un échec critique et public.

DOGHOUSE raconte les aventures d'une bande de potes qui, pour soutenir l'un des leurs en phase de divorce, décident de passer le week-end ensemble. Ils se rendent dans un village où réside la grand-mère de Mikey (Noel Clarke) pour deux jours de beuverie et se taper les femmes des environs. A leur arrivée, le village déserté est en proie à des zombies femelles qui attaquent tous les mâles.

Il est clair que le film de Jake West marche sur des plates-bandes déjà bien embouteillées. Hormis le film cité en préambule, on peut également y greffer UNE NUIT EN ENFER mais aussi la mode des films d'horreur fortement teintés de comédie sociale qui a émergé en Grande-Bretagne. La culture «lad» comme elle y est nommée. Ce qui peut hélas donner des opus pénibles comme LESBIAN VAMPIRE KILLERS ou le raté BIENVENUE AU COTTAGE qui se construisent eux aussi sur une trajectoire scénaristique amenant ses héros de la ville à la campagne. Mais il s'agit plus curieusement d'une autre influence qui apparaît plus importante, à savoir une sorte d'upgrade très déformée du concept du MYSTERE STEPFORD, le roman d'Ira Levin, adapté par Bryan Forbes en 1974 puis en mode dégradé par Frank Oz en 2004.

L'acteur principal n'est autre que Danny Dyer, acteur/présentateur anglais très populaire au Royaume Uni, ayant joué dans SEVERANCE et bientôt à nouveau face à des zombies dans DEVIL'S PLAYGROUND ou encore BASEMENT. Il incarne à lui seul cette fameuse culture «lad», à base de beuveries intenses, du sens de l'amitié et de misogynie ambiante. DOGHOUSE s'en amuse clairement en retournant la situation de façon à transformer les hommes habituellement prédateur en gibier à même de nourrir les appétits de femmes en proie à leurs pulsions animales. A noter aussi pour les complétistes que l'héroïne d'EVIL ALIENS, Emily Booth, fait une apparition dans le rôle d'une zombie. Enfin, les amateurs de culture télévisuelle britannique reconnaîtront des acteurs ayant des rôles récurrents dans des soaps populaire comme EMMERDALE ou encore EASTENDERS

Une fois acquis que DOGHOUSE n'a aucune originalité dans son propos, que reste-t-il ? Une comédie horrifique menée tambour battant. Qui prend clairement ses marques dans le quotidien : les femmes-zombies viennent de leur propre univers où elles ont été surprises lors de leur transformation. La raison demeure là aussi en phase avec les préoccupations sociales et politiques qui ornent le cinéma britannique depuis le «free cinema». Vu ici sous un angle plus ironique. Les accusations de misogynie peuvent paraître bien réelles mais en y regardant de plus près, l'affaire semble un peu plus complexe. Oui, seules les femmes sont affectées par le mal ambiant. Comprendre que les femmes sont des zombies cannibales qui mangent les hommes à proprement parler. Le séquence du générique de début annonce là aussi la couleur : tous les intervenants sont des hétéros-beaufs de première catégorie, y compris le gay de service qui se comporte comme un salopard vis-à-vis de son compagnon. Pas de différence d'age, de race, de sexualité, de taille : les hommes sont tous des pleutres, des menteurs en puissance qui ne cherchent que leur propre satisfaction. Et la réponse de la gent féminine sera sanglante (et bien méritée). La guerre des sexes a donc bien lieu et Jake West, malgré d'évidentes restrictions budgétaires, joue joyeusement la carte de l'exagération, de la dérision et du cartoon.

D'un point de vue de l'écriture, on sent que Jake West et son scénariste ont construit les péripéties afin de pousser à la provocation. Les premiers films de Jake West ont eu pour personnage principal des héroïnes à forte personnalité comme dans RAZOR BLADE SMILE. Il n'est donc pas étonnant de retrouver une bande de salopards se faire mettre la pâtée par une horde de zombies femelles assoiffées de chair masculine. De plus, les zombies de DOGHOUSE possèdent une singularité rarement vue : celui d'être pourvu, justement, d'un personnalité à part entière. Chacune est habillée, mise en scène dans leurs attaques avec leur métier d'origine et rattachée à leur environnement d'origine. Effet comique garanti, tout comme les débordements gores attendus. Car l'amateur d'horreur est à la fête avec un festival d'effets gore du plus bel effet. On aime tout particulièrement le cadavre crucifié sur une palissade ! Le film n'est jamais vraiment effrayant mais se paye le luxe de quelques éclats de rire salutaires. De voir, entre autres, Danny Dyer se faire taillader les doigts par une zombie obèse nommée Bubbles (Annie Vanders) est tout à fait réjouissant. Tout comme de la voir faire un vol plané pour écraser Graham (Emil Marwa).

Trash, stupide, rythmé, bourré de corps ensanglantés et en scope, DOGHOUSE mise sur son exubérance et sa sous culture pour parvenir à ses fins, exister au sein de la cohorte de films d'horreurs qui déferlent chaque année. Filmé à l'arrache avec le sens du rythme, du gag et de l'effet, DOGHOUSE parvient à s'élever facilement au-dessus du tout juste moyen. Nul doute que le film ne sortira jamais sur nos écrans et qu'une sortie DVD et Blu ray saura combler le vide de sa présence cinéma. Les aficionados de Jake West et de film d'horreur de manière générale sauront y trouver leur compte, même si le produit ne restera pas forcément dans les annales. Les autres passeront chez leurs bouchers pour le quota de steak haché annuel.

Rédacteur : Francis Barbier
Photo Francis Barbier
Dévoreur de scènes scandinaves et nordiques - sanguinolentes ou pas -, dégustateur de bisseries italiennes finement ciselées ou grossièrement lâchées sur pellicule, amateur de films en formats larges et 70mm en tous genres, avec une louche d'horreur sociale britannique, une lampée d'Albert Pyun (avant 2000), une fourchettée de Lamberto Bava (forever) et un soupçon de David DeCoteau (quand il se bouge). Sans reprendre des plats concoctés par William Friedkin pour ne pas risquer l'indigestion.
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