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Critique du film
PRECUT GIRL 2009

 
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Deux ans après l'étonnant KAOJIKARA, voici que nous replongeons dans l'univers d'Eric Dinkian avec PRECUT GIRL, son nouveau court métrage. Parler d'«Univers» après seulement deux métrages pourrait sembler déplacé mais, en réalité, il n'en est rien. En effet, Eric dévoilait déjà avec KAOJIKARA une vue cinématographique très personnelle, sombre et violente mais aussi et paradoxalement sensible et pleine d'espoir. En usant de l'argument fantastique pour mieux mettre à jour la nature des sentiments humains, le jeune scénariste-réalisateur avait su retrouver l'essence d'un cinéma classique dans lequel la forme était avant tout au service d'un propos ou d'une émotion. Avec PRECUT GIRL, Eric récidive donc et aborde sans complexe l'un des questionnements les plus enivrants auxquels nous soyons confrontés : le sens de la vie. Exclusivement et résolument humain, ce «doute» a ceci de fondamental qu'il peut aussi bien provoquer la soif d'exister que l'envie d'en finir.

Et c'est justement cela qu'aborde PRECUT GIRL en mettant en scène une héroïne aussi déstabilisée que l'était celle de KAOJIKARA. A bout de souffle et en l'absence de réponse, la jeune femme décide donc de précipiter brutalement l'heure de sa mort… Or il se trouve que ce choix, cet aboutissement radical, s'avère être aussi une manière de relancer la quête. En effet, la demoiselle perçoit alors quelque chose, une sensation inédite, suffisamment intrigante pour que le mystère de sa «résurrection» passe au second plan. Incapable de mourir, la jeune suicidaire est donc condamnée à vivre et très vite, cette brèche vers un «moment» privilégié devient un but à atteindre. Or le fait d'avoir un objectif est déjà une motivation et par là même, peut-être, un premier sens à l'existence. Dès lors, la femme jeune n'aura de cesse d'œuvrer à la redécouverte de cette émotion si particulière, si intime…

Avec KAOJIKARA, Eric Dinkian avait donné un visage à la solitude et au déracinement culturel. PRECUT CUT matérialise pour sa part un sentiment de mal-être létal sous une forme quasi-érotique, évoquant en substance la recherche d'un orgasme extrême que l'on nomme «petite mort». Outre la symbolique bien évidemment phallique du poignard, nous retrouvons donc dans PRECUT GIRL la volonté de vivre cet instant à deux et surtout l'incroyable frustration de ne pas y parvenir. Paniquée et fuyante dans le court précédent, Karin Shibata devient ici une femme déterminée et quasi-mutique, usant d'un homme pour son aboutissement personnel, voire égoïste. L'actrice nous gratifiera du reste d'un incroyable instant de frustration / rage ainsi que de quelques pensées, en voix off, révélatrices de l'impuissance qu'a son amant à lui apporter ce qu'elle recherche. Inspirée et fascinante, Karin Shibata ensorcelle le spectateur autant que le second personnage de l'histoire, joué ici par Alexandre Leycuras. Sans doute intrigué puis amoureux, pour ne pas dire accro, le bonhomme va se prêter à un jeu défiant toute logique et allant bien évidemment très au-delà d'une intimité dite «classique».

A l'écran, le couple fonctionne et il ne fait aucun doute que femmes et hommes se reconnaîtront dans ce portrait d'individus «déboussolés». Et c'est là une des forces du métrage qui, malgré son postulat fantastique et sa violence parfois crue, parvient à toucher le spectateur de par la justesse de ses émotions. Doute, envie, frustration et amour accèdent ici à une représentation picturale crédible et juste, jusque dans ses excès. Chacun de ces «pics» de souffrance sera cependant rapidement tempéré par un effet aussi apaisant que graphique, celui de liquides rouges et translucides s'épousant avec grâce. S'en suivra le réveil de notre héroïne, nouvelle naissance durant laquelle une «bulle d'air amniotique» de plastique se doit d'être déchirée. Nous noterons que ces multiples retours à la vie, au sein d'une décharge publique, ne seront pas sans révéler là encore l'amour du réalisateur pour la culture et le cinéma nippon. Shinya Tsukamoto viendra ainsi rapidement à l'esprit et ce même si la folie figurative d'Eric Dinkian n'atteint pas (encore ?) celle du metteur en scène japonais.

PRECUT GIRL se montre en effet bien plus sobre et équilibré que ne l'était KAOJIKARA en terme d'effets visuels. La chose n'a rien de dommageable, bien au contraire, puisqu'elle tend à réduire le champ visuel et émotionnel du spectateur au seul drame humain. En cela, PRECUT GIRL réussit son pari haut la main et s'inscrit dans la lignée de ces métrages construits qui racontent une histoire, marquent les esprits et ne manquent pas de faire cogiter ou discuter. Nul doute ainsi que les différentes métaphores ou même le final, mêlant une ultime fois vie et mort, violence et tendresse, mèneront à de nombreuses interprétations. Reste que la boucle est désormais bouclée pour notre héroïne et qu'il convient à présent pour nous de patienter jusqu'à l'arrivée du prochain court d'Eric Dinkian, YUKIKO.

Rédacteur : Xavier Desbarats
Photo Xavier Desbarats
Biberonné au cinéma d'action des années 80, traumatisé par les dents du jeune Spielberg et nourri en chemin par une horde de Kickboxers et de Geishas, Xavier Desbarats ne pourra que porter les stigmates d'une jeunesse dédiée au cinéma de divertissement. Pour lui, la puberté n'aura été qu'une occasion de rendre hommage à la pilosité de Chuck Norris. Aussi, ne soyons pas surpris si le bougre consacre depuis 2006 ses chroniques DeViDeadiennes à des métrages Bis de tous horizons, des animaux morfales ou des nanas dévêtues armées de katanas. Pardonnez-lui, il sait très bien ce qu'il fait...
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