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Critique du film et du DVD Zone 2
TRAIN SPECIAL POUR HITLER 1977

 

Nous sommes en 1941 lorsqu'Ingrid, maîtresse zélée d'un officier allemand, se voit confiée une mission d'envergure nationale. Forte de son dévouement à la cause nazie et riche d'un popotin des plus habiles, la demoiselle doit en effet prendre en charge la création d'un bordel ambulant. Celui-ci aura pour vocation de parcourir les zones de conflit afin de redonner force et vigueur aux soldats affaiblis du 3ème Reich. Dès lors, l'élite des partisanes nazies mais aussi des nations conquises sera réquisitionnée pour remuer de la croupe au nom de Hitler et de sa grandeur !

Si la société Eurociné existe bel et bien depuis 1937, c'est en réalité au début des années 60 qu'elle prendra son envol de manière significative. Marius Lesoeur est alors aux commandes depuis 1957 et décide rapidement de minimiser les coups de production en franchissant la frontière espagnole. 1962 marquera l'arrivée sur les écrans du premier film d'horreur de la firme : L'HORRIBLE DOCTEUR ORLOF. Avec ce métrage, Eurociné s'adjoint pour la première fois les services du jeune Jess Franco qui deviendra très vite l'un des réalisateurs phare de la société. Ce film permettra en outre la rencontre entre Franco et l'acteur suisse Howard Vernon, déjà familier d'Eurociné depuis 1956 via sa participation à CE SOIR LES SOURIS DANSENT. Le succès critique de L'HORRIBLE DOCTEUR ORLOF sera pour la société de Marius Lesoeur un déclencheur et dès lors, les productions horrifiques mais aussi (et surtout) érotiques s'enchaîneront. Les années 70 seront à ce titre particulièrement fastes et Eurociné profitera largement de la libération sexuelle née du mouvement de mai 68. Jess Franco multiplie alors les œuvres mêlant érotisme et onirisme, donnant ainsi naissance à quelques perles du genre comme par exemple EUGENIE DE SADE.

L'effet de mode commence malheureusement à s'essouffler et l'heure est venue pour Eurociné de surfer sur une nouvelle vague… Celle-ci nous viendra d'Italie et déferlera en 1974 par l'intermédiaire de trois films «clefs» : SALON KITTY de Tinto Brass, LE PORTIER DE NUIT de Liliana Cavani et SALO, LES 120 JOURNEES DE SODOME de Pier Paolo Pasolini. Bien vite, ces métrages ouvriront la porte à ce que l'on appellera les «nazi-movies», lesquels donneront vie à la «nazisploitation» qui sévira globalement jusqu'à la fin des années 70. Le début des années 80 sera pour sa part essentiellement consacré aux films de cannibales et ce, suite à la sortie événementielle en 1980 du CANNIBAL HOLOCAUST de Ruggero Deodato. Les morts-vivants seront eux aussi à l'honneur durant cette période mémorable qui verra naître les «bisseries» les plus folles d'Eurociné. Marius et son fils Daniel Lesoeur tentent alors de redresser la barre en produisant quelques métrages plus «respectables» mais le marché devient de plus en plus complexe pour les maisons de production indépendantes… Celle qui reste encore aujourd'hui l'une des plus anciennes sociétés cinématographique française ne rend cependant pas les armes et se consacre, depuis près de vingt ans maintenant, à l'enrichissement de son catalogue via l'acquisition de droits et la distribution d'œuvres d'origines diverses et variées…

Le TRAIN SPECIAL POUR HITLER (généralement nommé TRAIN SPECIAL POUR SS) dont il est question ici rejoint les salles obscures françaises en février 1977. La nazisploitation touche déjà à sa fin et les productions françaises d'Eurociné arrivent donc sur le tard. Alors que Jess Franco est initialement envisagé, c'est finalement Alain Payet qui sera chargé de mettre en images des films qui resteront comme les derniers «sursauts» d'un genre. L'homme n'a alors qu'une carrière naissante mais l'on distingue déjà chez lui une véritable passion pour le sexe. Bien qu'il multiplie les pseudonymes, celui de John Love prendra le dessus lorsqu'il deviendra, à l'aube des années 80, un réalisateur quasi-exclusivement pornographique… Pour ses trois nazisploitations, Alain Payet se cachera en revanche sous les pseudonymes de James Gartner et Alain Garnier. Son amour pour le cuissot n'en est pas moins vivace et le bonhomme préférera fort logiquement aborder son sujet sous l'angle de l'érotisme pervers plutôt que sous celui des sévices corporels (facette initiée par SALO puis développée dans ILSA, LA LOUVE DES SS). TRAIN SPECIAL POUR HITLER reprend donc l'étrange idée de SALON KITTY : celle d'un bordel nazi agissant sur ordre du führer. Le but n'est cependant pas ici d'espionner l'ennemi ou les traîtres potentiels mais bel et bien de revigorer les troupes dont le moral est mis à mal par la résistance...

Une mission d'un tel potentiel stratégique ne pouvait bien évidemment être accomplie que par des demoiselles impudiques et coutumières du contact charnel sur pellicule. C'est pourquoi, parmi les prostituées SS, nous retrouvons entre autres la célèbre actrice Claudine Beccarie. En effet, bien que la miss dispose d'une filmographie jonchée de films dits «classiques» (dans lesquels elle tient des rôles très secondaires), c'est le cinéma pornographique qui lui permettra de se faire un nom dans les années 70. Davantage même que cela puisque la fameuse séquence de masturbation (entre autres) du «documentaire» EXHIBITION de Jean-François Davy fera d'elle une véritable porno-star, icône d'une sexualité libre, simple et sans complexe. Pour les besoins de TRAIN SPECIAL POUR HITLER, Claudine Beccarie interprètera Rita, prostituée malgré elle qui fera sans surprise l'objet d'humiliations diverses et variées… Autre demoiselle notable, la jeune Sandra Mozarowsky qui fût, l'espace de dix ans et de vingt métrages d'exploitation, une lolita au regard bleu inoubliable. 1977 sera pour elle une année de tournage fatigante mais, aussi et surtout, l'année de son suicide alors qu'elle n'avait que 18 ans…

Aux côtés de ces deux actrices, nous retrouverons Monica Swinn qui fût durant les années 70 l'une des égéries de Jess Franco et tourna pour lui une vingtaine de métrages. Sa blondeur et la dureté de ses traits la destinaient bien évidemment dans TRAIN SPECIAL POUR HITLER à camper le rôle d'Ingrid, la maquerelle nazie. Sa prestation reste cependant bien en deçà des attentes et le «charme» n'opère malheureusement pas. Le striptease qu'elle réalise en introduction est en fait assez représentatif du problème : L'actrice devrait subjuguer et crever l'écran mais au lieu de cela, elle terrifie par sa rigidité et son inconsistance. Ce constat s'avère d'autant plus gênant qu'Ingrid est, en plus d'être le protagoniste du métrage, le personnage le plus intéressant de ce convoi décomplexé. Payet le traite du reste avec un certain talent et semble prendre grand soin à développer une double facette des plus pertinentes. En effet, si Ingrid est une partisane nazie, ce n'est que parce qu'elle y voit un moyen de survie. Plus que cela, la demoiselle cherche la réussite, la reconnaissance et l'accès à un rang supérieur. Cette «ambition» nous sera clairement dictée en début de métrage et l'évolution du conflit armé ira de pair avec l'évolution du personnage. La victoire des alliés sera donc aussi celle d'Ingrid qui, après avoir envoûtée les hauts gradés nazis, captivera de la même manière les officiers américains. Le plan final, particulièrement bien vu, laissera alors au seul spectateur la liberté de jugement : Ingrid mérite t'elle de vivre ? L'aspect pathétique et finalement soumis du personnage suffit-il à pardonner sa morale inexistante et intrinsèquement nuisible ?

Bien évidemment, le «wagon des plaisirs» de TRAIN SPECIAL POUR HITLER compte à son bord bien d'autres naïades dont la beauté et l'ardeur ne sauraient ici être remises en cause… De bien bonnes choses car au-delà de cela, le métrage d'Alain Payet peine à rendre crédible son postulat de base saugrenu et bon nombre de dialogues frisent le ridicule. La pauvreté des décors ne fait par ailleurs guère illusion et fleure bon la campagne platement filmée. Notons cependant que l'usage d'images d'archives s'avère ici particulièrement convaincant et qu'Eurociné a pu, sur ce film ainsi que sur ELSA FRAULEIN SS (tourné de manière légèrement déphasé), user de véritables costumes et jeeps issues de la collection personnelle d'un particulier. L'apport est non-négligeable et offre une authenticité inhabituelle à ce genre de production.

Au final, Payet étonne car en misant tout sur ses actrices et des personnages correctement construits, il remporte l'adhésion et, contre toutes attentes, parvient à ne pas ennuyer sur une durée pourtant conséquente de 108 minutes. TRAIN SPECIAL POUR HITLER rend finalement son (quasi-)unique décor attachant et rassurant en faisant du monde extérieur la source systématique de tous les ennuis. Qu'ils soient nazis, alliés ou résistants, tous ceux qui parviennent à entrer dans le train spécial sont rendus fous par la guerre et violents par la haine. Chaque intrusion donne donc lieu à des viols et soumissions systématiques alors que, dans le cadre strict de sa mission, la maison close ambulante s'avère plutôt chaleureuse. La mise en scène des séquences érotiques est plutôt zélée, se montrant par instant inventive et parfois même hautement symbolique (le «frottage» pubien sur les bottes SS). Bien qu'il ne soit clairement pas l'un des meilleurs films du genre, TRAIN SPECIAL POUR HITLER se regarde donc sans déplaisir et ce d'autant plus que le soin apporté aux personnages féminins s'avère suffisamment pertinent pour palier des lacunes évidentes telles que les jeux d'acteurs approximatifs, les décors vides et les dialogues étonnamment creux.

TRAIN SPECIAL POUR HITLER fait partie d'une vague de cinq titres Eurociné dédiés à la nazisploitation et aujourd'hui édités par le français Artus Films. Si la copie proposée étonne, ce n'est malheureusement pas en bien... Offerte au ratio 1.66 et encodée en 16/9ème, l'image se montre sale et bourrée d'artefacts en tous genres. Griffures et rayures (horizontales comme verticales, pas de jaloux) se multiplient, sans vraiment discontinuer, sur toute la durée du métrage. A ce sujet, le générique d'introduction effraie tout particulièrement et s'avère bien plus riche en défauts que le reste du métrage... Sans doute est-il, ainsi que quelques autres scènes, issue d'un matériau différent et plus douteux. Ajoutons que les couleurs sont par instants assez fades et que la définition se montre très variable. Les défauts dûs au transfert numérique sont pour leur part très discrets et se limitent à une compression parfois un peu voyante.

Sur le plan sonore, l'éditeur nous propose sans surprise la piste française d'origine encodée sur deux canaux. Pas de prouesse ici, l'ensemble est assez étouffé et contrarié par quelques bruits ou souffles malvenus mais l'ensemble reste très audible et les dialogues sont clairs. Nous noterons cependant un certain décalage des voix le temps de quelques scènes. Comme dit précédemment, la copie proposée est à l'évidence un mélange de plusieurs sources différentes. La preuve indiscutable est l'apparition dans le film de quelques séquences dialoguées en anglais alors qu'aucun ressort scénaristique ne vient les justifier. L'éditeur nous en avertit au lancement du DVD, nous expose sa volonté d'offrir au spectateur un montage aussi complet que possible et sous-titre les fameuses scènes. Rien à dire donc, la démarche étant des plus louables.

Abordons maintenant la section bonus qui se montre étonnamment complète pour un film de ce calibre. Artus Films a en effet réalisé quelques interviews exclusives dont la première donne la parole au producteur et patron d'Eurociné, Daniel Lesoeur. Sur un peu plus de quatre minutes, l'homme évoque donc rapidement la genèse du métrage et la présence inespérée de véritable matériel militaire d'époque. Il se remémore par ailleurs avec une certaine nostalgie la jeune Sandra Mozarowsky dont la carrière, nous l'avons dit, s'est malheureusement interrompue trop tôt. Daniel Lesoeur évoque enfin les résultats au Box-Office parisien et avance le chiffre pour le moins surprenant de quatre vingt dix mille entrées... Le document est pertinent mais, contre toutes attentes, c'est le dialoguiste Jean-Pierre Bouyxou qui va se prêter à un véritable retour dans le passé pour nous offrir quantité d'anecdotes d'époque. Sur une durée de 27 minutes, l'homme ne mollit à aucun instant et revient sur ses débuts avec Eurociné, son implication sur ce projet et son départ prématuré. Sans rancoeur aucune, l'homme parle de son affection pour la société, des rapports parfois conflictuels résultant des restrictions budgétaires et du «système D» qui était de mise lors des tournages. Le document est indiscutablement d'une grande valeur et se montre tout simplement indispensable à une meilleure appréhension de la firme Eurociné. Un troisième entretien donne cette fois-ci la parole à l'acteur Michel Charrel, lequel a cumulé durant toute sa carrière de petits rôles dans de grands films (ou des films Eurociné !). L'homme dissertera pendant près d'un quart d'heure mais les propos sont essentiellement accès sur sa propre carrière et n'apporte en réalité que très peu de chose...

En plus de cela, le DVD nous offre de découvrir les bandes-annonces des cinq métrages Eurociné qu'édite Artus Films. Les copies sont très sales mais le fait de disposer de ces documents est suffisamment plaisant pour passer outre. A cela, s'ajoute une galerie de photographies plutôt complète puisqu'on peut dénombrer une bonne cinquantaine images en tout. Le spectateur pourra grâce à elles revivre les moments «forts» du métrage mais aussi découvrir quelques visuels d'époque. Passons rapidement sur la fiche technique constituée de deux pages fixes pour nous concentrer sur les trois filmographies qui clôturent ce disque. Si celles de Alain Payet et Monica Swinn semblent justifiées, celle de Christine Aurel a en revanche de quoi surprendre. En effet, bien que son nom eut été mis en avant lors de la promotion dans certains pays, l'actrice n'a, dans TRAIN SPECIAL POUR HITLER, qu'un rôle très secondaire et fort peu passionnant. Son curriculum vitae (disponible en ligne) semble indiquer qu'elle souhaite oublier ses prestations érotiques des débuts (LA BONZESSE n'apparaît pas !) mais voilà, Artus Films en a décidé autrement et honore donc cette femme qui, l'espace d'une courte scène, aura été contrainte d'uriner sur un portrait de Hitler !

Rédacteur : Xavier Desbarats
Photo Xavier Desbarats
Biberonné au cinéma d'action des années 80, traumatisé par les dents du jeune Spielberg et nourri en chemin par une horde de Kickboxers et de Geishas, Xavier Desbarats ne pourra que porter les stigmates d'une jeunesse dédiée au cinéma de divertissement. Pour lui, la puberté n'aura été qu'une occasion de rendre hommage à la pilosité de Chuck Norris. Aussi, ne soyons pas surpris si le bougre consacre depuis 2006 ses chroniques DeViDeadiennes à des métrages Bis de tous horizons, des animaux morfales ou des nanas dévêtues armées de katanas. Pardonnez-lui, il sait très bien ce qu'il fait...
44 ans
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Des acteurs peu convaincants
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L'édition vidéo
TRAIN SPECIAL POUR HITLER DVD Zone 2 (France)
Editeur
Artus
Support
DVD (Double couche)
Origine
France (Zone 2)
Date de Sortie
Durée
1h46
Image
1.66 (16/9)
Audio
Francais Dolby Digital Mono
Sous-titrage
  • Aucun
  • Supplements
    • Présentation de Daniel Lesoeur (4mn06)
    • Entretien avec Jean-Pierre Bouyxou (27mn23)
    • Entretien avec Michel Charrel (14mn38)
      • Bande-annonces
      • Train Spécial pour Hitler
      • Helga, la Louve de Stilberg
      • Nathalie dans l'Enfer Nazi
      • Les Gardiennes du Penitencier
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