Header Critique : CONQUETE DE LA PLANETE DES SINGES, LA (CONQUEST OF THE PLANET OF THE APES)

Critique du film et du DVD Zone 2
LA CONQUETE DE LA PLANETE DES SINGES 1972

CONQUEST OF THE PLANET OF THE APES 

Dès le générique, une caméra à l'épaule vigoureuse donne le ton du film. Ce sera celui de l'action, au plus près des personnages. Une notion d'urgence, de panique qui couve. Jack Lee Thompson, réalisateur émérite des CANONS DE NAVARONE ou de L'OR DE MCKENNA, se voit engager par la Fox au début des années 70 pour cette troisième séquelle de LA PLANETE DES SINGES. Un budget en baisse par rapport aux précédents opus, un temps de tournage resserré et l'ingéniosité comme seule arme afin de donner une tonalité inédite. On retrouve ainsi Armando (Ricardo Montalban) et César (Roddy McDowall) quelques 20 ans après la fin des EVADES DE LA PLANETE DES SINGES. 1991 : César a survécu et demeure le seul singe capable de parole. Depuis sa naissance, les singes ont été réduits à l'état d'esclavage au profit des humains pour les tâches les plus ingrates. Armando est accidentellement tué par le régime intraitable des humains et César emprisonné dans le système esclavagiste d'où il va fomenter la révolte.

Le point de départ du scénario à nouveau écrit par Paul Dehn sous l'impulsion d'Arthur P. Jacobs, s'inspire directement des émeutes raciales dramatiques qui ont ensanglanté l'Amérique en 1965. Déjà présent dans les opus précédents, le film va ouvertement se colorer politiquement dans le ton ainsi que sa mise en scène. La logique de comparaison entre le statut des singes représentés ici et la communauté afro-américaine se dessine petit à petit. Les singes travaillent comme porteurs, cireurs de chaussures, balayeurs, éboueurs… tous les travaux manuels fatiguant ou considérés comme dégradant par la race humaine leurs sont attribués.

La mise en scène de Jack Lee Thompson et le script de Paul Dehn s'avèrent bien plus ingénieux qu'on ne le pense. D'une logique audacieuse, cela suggère le fascisme humain (lire : blanc) envers une «race» importée des multiples continents (rappelant ainsi l'esclavage des noirs arrachés à leur terre d'origine). Les costumes font penser à un état fasciste : le noir, le cuir – la couleur de l'oppression. On songe immanquablement à des récits orwelliens, aux prémices d'une dictature. Les chiens et les chats ayant été rayés de la terre suite à un virus, les singes ont pris la place d'animaux de compagnie… Jusqu'à être domestiqués pour les tâches que les humains ont rechigné à faire petit à petit. La race humaine aurait sonné son déclin ? Thompson soigne, en tout cas, les détails pour l'avilissement des singes : la peur du feu, les pourboires leurs sont attribués sous forme de raisin. Toute cette noirceur, à la fois visuelle et dans le ton, se trouve renforcée quant à son opposition au rouge des costumes des gorilles, donnant au film une vision parfois apocalyptique, culminant dans l'affrontement final.

Tout se précise lorsqu'Armando assiste à un tabassage d'un singe, signe ultime que tout est en train de dérailler. Là se situe le noeud gordien de l'histoire, qui va faire basculer le récit (et le monde) vers l'inexorable conquête de cette planète destinée à devenir celle des singes. La boucle est en train de se boucler… Un nouveau pas est franchi lors de la vente publique de César, rappelant là aussi les marchés aux esclaves d'antan. L'aspect social devient ainsi proéminent, et devient quasi guerrier dans une Amérique alors en proie à diverses révoltes des minorités au début des années 70. Les Black Panthers ne se situent qu'à une encablure. Le personnage de McDonald (joué par un solide Hari Rhodes) fait d'ailleurs ouvertement référence à l'esclavage au moment où César fait son apparition devant le Commandant Beck (Don Murray). Le fait qu'il soit noir n'est pas le fruit du hasard. Jouant à la fois sur la fibre de la Blaxploitation dont les héros noirs volaient de succès en succès, le film donne aussi dans l'ambiguité de son rôle d'aide du commandant Beck, responsable de la battue afin de trouver César et sa volonté d'éradiquer toute éventuelle trace de conscience animale.

Le discours social, la précision des détails dans les scènes de la vie quotidienne et dans les costumes trouvent leur écho dénaturé dans le choix du décor extérieur futuriste froid, sans âme de Los Angeles. Cherchant un lieu pouvant abriter ce revirement de ton, la production trouva ainsi juste derrière les studios de la Fox un centre commercial à peine terminé. Juste l'équilibre entre un endroit réaliste tout en faisant penser à un futur proche sans risque de perte de crédibilité quand à une science fiction trop clinquante – et forcément vouée à être passée de mode. Ces constructions apportent un sentiment d'étouffement, d'enfermement et de béton ayant recouvert jusqu'aux sentiments humains. Viennent ensuite les décors intérieurs qui trouvent un écho dramatique dans la salle de conditionnement des singes, véritable lieu de torture moderne. Tout ceci tient de l'inquisition et d'une société en voie de fascisme. La scène très dure où César est interrogé ravive les heures les plus noires de l'obscurantisme, quel qu'il soit. Malgré cela, on devine l'étroitesse du budget par rapport aux trois premiers opus , n'étant ici que de 1,7 million de dollars. Mais Jack Lee Thompson en fait un atout pour rendre son film serré, nerveux et carré. Comme une bombe à retardement qui insiste sur tous les éléments prévisibles qui vont mener à la seule solution : la révolte par la force. Thompson fait preuve ici d'un sens épique, d'un goût de la progression dramatique qui fait la force du film, doublé d'un travail visuel surprenant. Ce thème de la jungle urbaine devenue incontrôlable fut d'ailleurs reprise quelques années plus tard dans un PREDATOR 2, produit également par la Fox, qui se démarquait lui aussi par un discours social ancré dans un futur proche et par une sévère brutalité…

Révolte… révolution ? Un film révolutionnaire au sein même de la firme Fox ? Voilà qui est nouveau. D'autant plus que la réplique des singes menés par un César privé de tout semblant d'humanité (sic) après le meurtre d'Armando est d'une violence qui a même horrifié les premiers spectateurs. Le studio a, par ailleurs, modifié l'épilogue et adoucit les scènes violentes afin d'éviter le classement «R» («Restricted» ou une interdiction aux mineurs de moins de 17 non accompagnés). Même avec cela, le ton est au diapason des tortures endurées. Les dernières vingt minutes marque un crescendo de violence inédit dans la saga qui sera d'ailleurs absente du dernier volet cinématographique. La vengeance simiesque, implacable, totale, se soldera par un discours survolté d'un César en pleine possession du pouvoir de renverser l'humain par la force. Un Roddy McDowall d'une puissance rarement égalée délivre un speech guerrier particulièrement inquiétant et menaçant mais, en même temps, très emprunt de la culture religieuse américaine. Y sont faites mentions de Dieu, de destin, de compassion… tout ceci générant un certain malaise. Ce malaise n'étant pas nouveau, le final des EVADES DE LA PLANETE DES SINGES l'amorçait déjà quelque peu. Il s'agit ici d'un renversement de tendance, le singe n'étant plus victime d'oppression. Ce qui demeure étrange et osé, c'est le statut de leader révolutionnaire vu comme un héros avec la narration et la mise en scène qui l'appréhendent comme tel.Certaines scènes furent d'ailleurs retournées. Jack Lee Thompson fut rappelé par le studio afin de filmer de nouvelles scènes de dialogues supposées adoucir l'appel final à la révolte. On peut d'ailleurs remarquer une certaine différence pendant la diatribe de Caesar d'un plan à l'autre dans le fond du plan. Il précisa également que la MPAA (Motion Picture Association of America) refusa la première version : trop de sang, trop de violence. Désireux de ne pas trop se couper du public familial qui fit le succès des trois premiers volets, la Fox procéda à des coupes franches, au grand regret du réalisateur.

LA CONQUETE DE LA PLANETE DES SINGES met un point final à la chute de la suprématie de l'homme. Le film s'achève sur un avertissement : l'homme ne règnera plus sur la Terre et devra être partenaire des singes. Ce qui annonce, bien sûr, le cinquième opus LA BATAILLE DE LA PLANETE DES SINGES, où l'on retrouvera non seulement Roddy McDowall, mais également Severn Darden qui reprendra son rôle du commandant Kolp (devenant gouverneur pour l'occasion).

L'image offre le format Panavision 2.35:1 d'origine. On assiste à un télécinéma passable, trahissant du grain notable, mais réussissant à apporter le contraste nécessaire dans les scènes de nuit et mettant en valeur les choix de couleurs du réalisateur (opposition noir/rouge). Seules les scènes de jour apparaissent quelque peu trop douces, trahissant parfois une compression aléatoire. La piste sonore anglaise en mono d'origine est codée sur deux canaux en Dolby Digital. Le mixage reste plat mais qu'il s'agisse des bruitages, des dialogues ou de la partition musclée et parfois étrange de Tom Scott, le champ sonore s'avère précis et donne une certaine ampleur sonore à l'action dont le film profite. Le mixage français en mono, lui aussi, n'apporte pas grand chose, étant encore plus plat et confus dans les scènes d'action. Ce qui est dommage, tant cette CONQUETE DE LA PLANETE DES SINGES fait du choix du spectacle guerrier sa carte finale maîtresse, donnant à la saga une tonalité ténébreuse qu'elle ne retrouvera plus.

Rédacteur : Francis Barbier
Photo Francis Barbier
Dévoreur de scènes scandinaves et nordiques - sanguinolentes ou pas -, dégustateur de bisseries italiennes finement ciselées ou grossièrement lâchées sur pellicule, amateur de films en formats larges et 70mm en tous genres, avec une louche d'horreur sociale britannique, une lampée d'Albert Pyun (avant 2000), une fourchettée de Lamberto Bava (forever) et un soupçon de David DeCoteau (quand il se bouge). Sans reprendre des plats concoctés par William Friedkin pour ne pas risquer l'indigestion.
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L'édition vidéo
CONQUEST OF THE PLANET OF THE APES DVD Zone 2 (Belgique)
Editeur
Support
DVD (Double couche)
Origine
Belgique (Zone 2)
Date de Sortie
Durée
1h23
Image
2.35 (16/9)
Audio
English Dolby Digital Mono
Francais Dolby Digital Mono
Italian Dolby Digital Mono
Sous-titrage
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