Souvenirs de Midi-Minuit Fantastique Avant "Midi-Minuit Fantastique"Si "Midi-Minuit Fantastique" est la première revue française dédiée au cinéma fantastique, cela ne veut pas dire que, auparavant, rien n'a été publié sur ce sujet. Dès les premières années de l'après-guerre, l'écrivain Boris Vian et le dessinateur Jean Boullet, deux personnalités de Saint-Germain-des-prés, proposent trois numéros d'une revue non-conformiste : "Saint-Cinéma des Prés", dans laquelle ils défendent l'idée d'un cinéma tourné vers la fantaisie et le surréalisme. Ado Kyrou, un autre surréaliste, publie en 1952 la première version de son livre "Le surréalisme au cinéma". Cet ouvrage véhément, maintes fois réédités jusqu'à nos jours, ouvre largement ses pages au cinéma fantastique allemand et américain de l'entre-deux-guerres. Lotte Eisner, ancienne assistante de Fritz Lang, commence à rédiger des textes retraçant l'aventure du cinéma allemand des années 20 et 30. Un cinéma qui inclut de nombreux titres fantastiques et expressionnistes. Elle publie ainsi en 1952 la première mouture de son ouvrage de référence sur le sujet : "L'écran démoniaque".
En 1953 Eric Losfeld lance la revue "Bizarre", rapidement récupérée par l'éditeur Jean-Jacques Pauvert. Cette revue tournée vers le surréalisme donnera régulièrement la parole à des amateurs de cinéma fantastique. Y compris au gré d'un numéro spécial, dédié à quatre grands noms du fantastique américain, dont nous vous reparlerons plus loin. Ne brûlons pas les étapes !
Il s'agit d'un numéro d'été, qui se veut avant tout léger et divertissant. Néanmoins, nous y trouvons déjà beaucoup de choses qui seront les bases des revues de cinéma fantastique à venir. D'abord, l'iconographie est pléthorique, souvent superbe. Nous y retrouvons les signatures de Jean Boullet, Ado Kyrou ou Lotte Eisner, et nous rencontrons celles de Raymond Borde, futur collaborateur de "Midi-Minuit Fantastique". On nous parle d'un film alors rare et très méconnu, qu'il faut absolument découvrir : FREAKS ! Des pages et illustrations sont consacrées à la création des effets spéciaux. Déjà, au détour d'une photo, nous croisons des monstres géants japonais. Déjà, on ose dire que KING KONG est un chef-d'uvre - mais on passe encore pour un original un peu excentrique. Et déjà, on se pose une question qui taraude, aujourd'hui encore l'amateur du genre : "Y-a-t-il un cinéma fantastique français ?". Dès lors la machine est lancée. Inspiré par cette expérience, un américain nommé Forrest J. Akerman lance en 1958 sa revue "Famous Monsters Of Filmland", dédiée aux grands monstres du cinéma fantastique hollywoodien de l'entre-deux guerres, aux Frankenstein, aux Dracula, et à tous les loups-garous ! Un bestiaire que les jeunes spectateurs américains découvrent alors grâce à des rediffusions à la télévision. Un bestiaire qui, à la même époque, refait surface dans les studios anglais de la Hammer ! Dans sa foulée apparaissent d'autres titres américains destinés à la jeunesse, tels que "Spacemen" ou "Mad Monsters" - ce dernier inspirera, peut être, à Jean-Pierre Putters le titre de son fanzine, en 1972... "Mad Movies" ! En France, sort, chez les catholiques éditions du Cerf "Images de la science-fiction", un livre de Jacques Siclier et A.S. Labarthe. Charles Pornon écrit "Le rêve et le fantastique dans le cinéma français", avant tout consacré à notre production nationale. Michel Laclos publie chez Jean-Jacques Pauvert "Le fantastique au cinéma". Jean Boullet continue à écrire des textes sur le cinéma fantastique au sein d'"Aesculape" ou de "Bizarre". Des revues de cinéma généralistes comme "Présence du Cinéma" ou "Positif" consacrent des pages à l'horreur et à la science-fiction. Dossier réalisé par Emmanuel Denis.Remerciements à Jean-Claude Romer. |