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Critique du film et du DVD Zone 2
C.H.U.D. 1984

 

A l'origine de C.H.U.D., on trouve un scénario rédigé par Shepard Abott, scénario qui tombe dans les mains du producteur Andrew Bonime. Très intéressé par le sujet, il exige des réécritures, accomplies en grande partie par Parnell Hall. Abott étant ami avec les acteurs John Heard (LA FÉLINE de Schrader...) et Daniel Stern (TONNERRE DE FEU...), il parvient à obtenir la présence de ces deux jeunes comédiens prometteurs. Ce trio de copains impose à la production, en tant que réalisateur, une quatrième connaissance : Douglas Cheek, qui, jusqu'alors, n'avait qu'une expérience de monteur. Pour le rôle de Lauren, on choisit une jeune actrice, débutant au cinéma : Kim Greist (qu'on reverra, peu de temps après, dans BRAZIL et LE SIXIÈME SENS). Enfin, les mutants sont conçus par le maquilleur John Caglione jr., un assistant de Dick Smith.

A New York, les disparitions mystérieuses se multiplient dans le quartier de Soho. Des autorités haut placées tentent d'étouffer cette affaire, mais le capitaine Bosch, dont la femme fait partie des victimes, décide de prendre l'affaire en main. Il va enquêter parmi les clochards des environs, dont certains vivent dans un sinistre réseau de sous-terrains. Au même moment, le photographe George Cooper est chargé d'aller faire un reportage destiné à illustrer une enquête sur cette même communauté. Chacun de leur côté, les deux hommes mettent à jour des faits mystérieux. Les vagabonds semblent effrayés par des créatures monstrueuses. L'un d'entre eux porte même les traces d'une hideuse morsure...

Se basant sur un sujet classique du cinéma de science-fiction (un organisme vivant, exposé à des radiations atomiques, subit des mutations), C.H.U.D. s'inscrit néanmoins dans un cadre urbain très réaliste, celui du New York des années 1980, et plus particulièrement le milieu des clochards. Se basant sur des faits relatés par la presse, il met en scène des vagabonds vivant dans un vaste réseau de sous-terrains désaffectés, construits sous la ville. Or, dans ces réseaux, des mutants radioactifs ont mystérieusement fait leur apparition et semblent se nourrir de chair humaine. Décrivant une environnement urbain sordide et déprimant, et s'inscrivant ainsi dans le style de MANIAC ou FRÈRE DE SANG, il annonce STREET TRASH et ses S.D.F. bêtes et méchants.

Toutefois, si STREET TRASH se plaçait dans une tradition d'humour noir plutôt proche d'EVIL DEAD ou de RE-ANIMATOR, C.H.U.D. se veut un film tout à fait sérieux, ne laissant, dans ses moments horrifiques, aucune place à la drôlerie. N'hésitant pas à prendre son temps pour présenter ses personnages principaux de manière élaborée, il décrit en détail leurs motivations et leur parcours. Supporté par un casting aussi professionnel que talentueux, le film fait ainsi preuve d'une ambition estimable.

De même, la mise en scène, le montage et les mouvements d'appareil se combinent en un ensemble solide et cohérent, accompagnant parfaitement le récit. Quant aux séquences de terreur, elles jouent à fond la carte de la suggestion : les effets gore, bien présents, n'apparaissent souvent que le temps d'un très court plan, ou bien sont entrevus dans les ténèbres. Dans le même sens, les mutants sont toujours présentés très partiellement (une main, un visage...), ou bien filmés de loin ou dans des ténèbres menaçantes.

C.H.U.D. propose donc du classique, du trop classique même, car tout cela manque un peu d'originalité. D'autre part, toujours dans l'optique d'une terreur suggérée, les mutants n'interviennent véritablement que très tardivement dans le métrage. La plus grande part du film consiste en fait à présenter les personnages et les milieux qu'ils côtoient, ainsi qu'à suivre les enquêtes qu'ils mènent, en apportant, très progressivement, des révélations sur les mystérieuses entités qui hantent les sous-sols de New York. Il en découle un tempo parfois assez lent et bavard, qui empêche ce film d'être véritablement captivant.

C.H.U.D. n'en reste pas moins une tentative intéressante de proposer, en partant du petit budget d'une production indépendante, un film de science-fiction ambitieux, soignant avant tout la crédibilité de son atmosphère et de ses personnages. Mais son exploitation va s'avérer assez complexe.

C.H.U.D. est d'abord présenté, dans un montage de 110 minutes, au marché du film de Cannes, où il rencontre un certain succès. Aux, USA, il est distribué par New World Pictures. Mais, suite au mauvais accueil que lui réserve la presse, on décide de le raccourcir, contre l'avis du réalisateur. Le métrage régresse donc jusqu'à 88 minutes, tandis qu'une scène est déplacée. Quoi qu'il en soit, il s'avère une affaire rentable, et il a même droit à une suite : C.H.U.D. II.

En DVD, l'éditeur américain Anchor Bay (zone 1, NTSC) a proposé une édition soignée de C.H.U.D., incluant notamment un commentaire audio par le réalisateur et plusieurs de ses complices. Surtout, ce disque propose un montage de 96 minutes, restaurant certains passages retirés par New World : Lauren déclarant qu'elle est enceinte ; le policier retrouvant le cadavre de sa femme, par exemple...

Qui plus est, la scène déplacée retrouve sa place originelle. Il s'agissait de l'agression d'un restaurant par plusieurs mutants qui, dans la version courte, était placée en épilogue du métrage, semblant ouvrir sur une suite. Dans la version Anchor Bay, approuvée par le réalisateur, cette séquence retrouve sa place initiale, plus tôt dans le film. Il manque toujours un petit quart d'heure par rapport aux 110 minutes du montage initial, car le matériel en question serait en trop mauvais état pour être utilisé...

C'est heureusement ce "Director's cut" publié par Anchor Bay que propose le nouveau DVD français, publié par Néo (zone 2, PAL), si le spectateur choisit de le visionner avec la piste anglaise originale. Toutefois, si on sélectionne la version française, l'éditeur a choisi de retirer tous les passages non doublés à l'époque (n'apparaissant pas dans la version de 88 minutes, donc). Néanmoins, il ne s'agit pas pour autant du montage sorti dans les années 1980, puisque la scène du restaurant se trouve ici à l'emplacement prévu par le réalisateur ! Bref, on a affaire à un troisième montage...

En tout cas, pour les deux versions, l'image proposée provient de la même source. Cadrée dans son format cinéma (1.85, avec option 16/9), elle propose une copie dans un état remarquable, avec un télécinéma réussi (pas de souci de fixité, notamment). On peut être plus réservé sur la colorimétrie, assez peu naturelle, qui trahit une dominante jaunâtre anormale (le pull de Lauren, lors de sa première apparition semble orange, alors qu'il est plutôt rose sur le DVD Anchor Bay ou la VHS française publiée, en son temps, dans la collection Diamant). Ce souci est assez sensible sur les tons des chairs, parfois étranges. Le plus gênant reste sans doute la gestion des scènes sombres, laissant apparaître des traces de compression sensibles (le combat entre Lauren et le mutant), voire franchement problématiques pour la plupart des séquences dans les divers sous-terrains.

La bande-son est proposée en anglais dans un mono d'origine très correct, à peine affligé d'un très léger souffle. La bande-son française est, elle aussi, très acceptable et reprend le doublage exploité en France.

En bonus, il faut se contenter d'une bande-annonce anglophone d'époque (non sous-titrée), d'une fiche technique et de quelques filmographies (réalisateur et acteurs). Au vu du prix auquel est proposé ce DVD, il n'y pas de quoi crier au scandale...

Globalement, le seul reproche qu'on est tenté de faire à ce titre est sa qualité d'image décevante. Les anglophones pourraient lui préférer le disque Anchor Bay, mais rappelons que celui-ci ne propose aucune option francophone (sous-titrage ou bande-son). La sortie de ce film en France, dans son montage approuvé par le réalisateur, en version originale sous-titrée et en 16/9, le tout pour un prix dérisoire, reste évidemment un évènement à saluer.

Rédacteur : Emmanuel Denis
Photo Emmanuel Denis
Un parcours de cinéphile ma foi bien classique pour le petit Manolito, des fonds de culottes usés dans les cinémas de l'ouest parisiens à s'émerveiller devant les classiques de son temps, les Indiana Jones, Tron, Le Dragon du lac de feu, Le Secret de la pyramide... et surtout les Star Wars ! Premier Ecran fantastique à neuf ans pour Le retour du Jedi, premier Mad Movies avec Maximum Overdrive en couverture à treize ans, les vidéo clubs de quartier, les enregistrements de Canal +... Et un enthousiasme et une passion pour le cinéma fantastique sous toutes ses formes, dans toute sa diversité. S'il fallait faire mienne une maxime en la matière, je reprendrais (de mémoire !) une citation de Roman Polanski : «les personnes qui aiment vraiment le cinéma aiment le fantastique» !
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L'édition vidéo
C.H.U.D. DVD Zone 2 (France)
Editeur
Neo
Support
DVD (Double couche)
Origine
France (Zone 2)
Date de Sortie
Durée
1h36
Image
1.85 (16/9)
Audio
English Dolby Digital Mono
Francais Dolby Digital Mono
Sous-titrage
  • Français
  • Supplements
    • Montage Director's Cut en version originale (96mn)
    • Montage alternatif en version française (88mn)
    • Bande-annonce
      • Filmographies
      • Douglas Cheek
      • John Heard
      • Daniel Stern
      • Christopher Curry
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