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Critique du film et du DVD Zone 2
MORT EN DIRECT, LA 1980

 
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Dans un futur proche, la médecine a fait de tels progrès que, sauf accident violent, pratiquement plus personne ne meurt avant un âge avancé. Vincent, producteur pour la télévision, a alors l'idée d'une émission au cours de laquelle on suivrait l'agonie d'une personne réellement atteinte d'une maladie incurable : cela s'appellerait "La mort en direct". Il décide de filmer Katherine, une programmatrice de romans atteinte d'un mal qui se manifeste par une dégénérescence du cerveau. Mais, elle refuse d'abord de jouer le jeu, puis accepte de signer le contrat que lui propose Vincent. Finalement, elle s'enfuit. Vincent envoie alors, pour la retrouver et l'espionner, Roddy, un homme qui a une caméra greffée à l'intérieur de l'oeil gauche. Il retrouve Katherine et l'accompagne dans sa cavale. Elle ignore qu'à travers l'oeil de son nouvel "ami", tout le pays peut suivre la progression de son mal à la télévision...

Bertrand Tavernier n'est pas un nom qu'on associe a priori au cinéma fantastique. Pourtant, comme d'autres réalisateurs français plutôt associés au cinéma d'auteur des années 1960-1970, il a signé, avec LA MORT EN DIRECT, une véritable oeuvre de science-fiction. Son cas n'est pas isolé. Chris Marker réalise en 1963 le superbe court-métrage LA JETÉE, composé essentiellement d'une succession de photographies fixes en noir et blanc : dans un futur sinistre, un homme est envoyé dans le passé (notre époque)... Terry Gilliam en tournera un remake avec Bruce Willis : L 'ARMÉE DES DOUZE SINGES. On se rappelle aussi que Jean-Luc Godard a signé, en 1965, ALPHAVILLE, qui suivait les aventures philosophico-futuristes de Lemmy Caution (Eddie Constantine) dans un Paris inquiétant.

L'année suivante, François Truffaut se voit offrir la possibilité de signer son premier film tourné dans un pays anglo-saxon avec FAHRENHEIT 451, d'après un roman de Ray Bradbury : Oskar Werner y incarne un pompier chargé de brûler les livres, considérés comme des objets nuisibles, dans une oppressante société du futur. Truffaut lui-même dira avoir assez mal vécu ce tournage, compliqué notamment à cause de sa mauvaise maîtrise de la langue anglaise : sans être son film le plus réussi, FAHRENHEIT 451 reste un métrage intéressant. Puis, c'est Alain Resnais qui réalise JE T'AIME, JE T'AIME sur un scénario de l'écrivain Jacques Sternberg (par ailleurs membre du comité de rédaction de la revue "Midi-Minuit Fantastique" depuis sa fondation) : un homme (Claude Rich) sert de cobaye pour la mise en oeuvre d'une machine à remonter le temps, et revit ainsi ses souvenirs.

La carrière de réalisateur de Bertrand Tavernier frappe par l'éclectisme du choix de ses sujets : films historiques (QUE LA FÊTE COMMENCE...), films noirs (COUP DE TORCHON...), films de guerre (CAPITAINE CONAN...), documentaires (LA GUERRE SANS NOM...), drames intimistes (DADDY NOSTALGIE...)... Sa volonté de tourner une oeuvre de science-fiction n'a rien d'illogique, ni de bassement opportuniste, puisqu'il avait notamment défendu ou interviewé, dans des revues comme "Les Cahiers du Cinéma", "Positif" ou "Midi-Minuit Fantastique", des réalisateurs tels que Jacques Tourneur, Roger Corman ou Terence Fisher. Il envisage d'adapter le roman d'anticipation "L'Incurable" de David Compton dès 1976, alors qu'il réalise LE JUGE ET L'ASSASSIN. Dès le départ, il compte tourner le film en anglais : une oeuvre de science-fiction parlée en français lui paraît en effet une idée absurde. Pour rédiger les dialogues, il fait appel à David Rayfiel, dont il admire le travail d'écriture effectué sur les films de Pollack (JEREMIAH JOHNSON, LES TROIS JOURS DU CONDOR...). Tavernier envisage très tôt de tourner en Écosse, et particulièrement à Glasgow. Il s'imagine aussi que le financement d'un film tourné en anglais sera plus facile à trouver : pourtant, il rencontre de grandes difficultés à trouver l'argent nécessaire à la réalisation de ce projet. Ses choix d'acteurs découragent les producteurs : la carrière de Harvey Keitel était alors au point mort ; Romy Schneider était peu connue aux USA, et son film précédent (CLAIR DE FEMME de Costa-Gavras) avait été un bide.

Tavernier veut approcher la science-fiction avec retenue et "réalisme". Visuellement, Cet univers n'a rien de futuriste. L'impression de dépaysement fantastique n'est apportée que par le choix des décors (les immeubles sinistres de Glasgow) et la manière de les filmer, dans un ensemble de teintes sourdes et assez moroses. L'emploi de zones industrielles désolées pour reconstituer un univers futuriste, et la façon dont ce décor lugubre est opposé à la splendeur des paisibles paysages naturels où errent Romy Schneider et Harvey Keitel à la fin du film, peuvent d'ailleurs rappeler, au moins pour le principe, STALKER, réalisé peu de temps auparavant par Tarkovski.

Difficile, aujourd'hui, de ne pas rapprocher LA MORT EN DIRECT des émissions de télé-réalité qui monnayent les moments d'intimité de leurs participants contre la promesse d'une célébrité facilement acquise. Dans ce film, le tabou ultime de la société est la mort. La science a atteint un tel niveau qu'on ne meurt plus de maladie avant un âge très avancé.Quant aux "vieux", on les confine dans des hôpitaux, séparés du reste du monde. Cette absence de familiarité avec la mort va faire de l'agonie d'une personne encore jeune un spectacle rare, susceptible d'être prisé par le public de la télévision. Le producteur Vincent compte en profiter sans aucun scrupule. Lorsqu'on apprend que Katherine Motenhoe est atteinte d'une maladie incurable, la presse et les médias commencent à harceler cette femme.


Vincent lui propose de signer un contrat l'autorisant à filmer l'évolution de sa maladie jour après jour, et à diffuser ces moments dans son émission "LA MORT EN DIRECT". Katherine refuse d'abord, et souhaite bien naturellement que ses derniers instants soient un moment privé. Puis, elle semble se raviser et accepte de signer le contrat de Vincent. Elle remet à son mari l'argent que lui a donné le producteur, puis elle disparaît dans la nature. Vincent comprend qu'il a été dupé. Toutefois, il envoie Roddy, un homme à qui l'on a greffé une caméra miniature dans l'oeil, sur les traces de la fugitive. Roddy retrouve Katherine cachée dans un refuge pour vagabonds. Il se fait passer pour un voyageur amical. La fugitive pense avoir trouvé un nouvel ami : elle ignore que grâce à son œil-espion, il retransmet les images de ses souffrances à l'émission "LA MORT EN DIRECT"...

Ce film se veut, on l'a bien compris, une réflexion morale sur les limites que doivent se poser les créateurs et les diffuseurs d'images pour ne pas sombrer dans le voyeurisme le plus abject. A travers le cas extrême de cette femme qui se fait spolier, malgré elle, des derniers moments de son existence, Tavernier anticipe, de façon assez juste comme on peut s'en rendre compte aujourd'hui, sur la course à l'audience à tout prix que se livrent les différents médias, dirigés par des gens doués, mais aussi terriblement cyniques. Il profite, au passage, de ce film pour tirer son chapeau à des réalisateurs qu'il admire : le générique de fin s'ouvre sur une dédicace à Jacques Tourneur, tandis qu'on peut reconnaître dans le bureau du producteur certaines affiches comme celles de L'HOMME QUI RÉTRÉCIT de Jack Arnold, ou du MASQUE DE LA MORT ROUGE et L'HORRIBLE CAS DU DOCTEUR X de Roger Corman.

A priori, Tavernier avait de nombreux atouts pour réussir son film : quatre excellents acteurs (Romy Schneider, Harvey Keitel, Harry Dean Stanton, Max von Sydow), des extérieurs judicieusement choisis (Glasgow, mais aussi les paysages naturels), un récit a priori prometteur... Pourtant, on peut rester sur une impression assez partagée. La présentation de la société futuriste et de la situation, ainsi que la dénonciation du voyeurisme télévisuel, se font, parfois un peu laborieusement, surtout au cours de la première heure du métrage. Puis vient ensuite la longue errance de Roddy et Katherine dans les paysages des Highlands : dès lors, c'est l'évolution des rapports entre les deux voyageurs, notamment une certaine prise de conscience de la part de Roddy, qui est mise en valeur. Tavernier semble avoir voulu se démarquer à tout prix d'une science-fiction trop visiblement futuriste et spectaculaire, pour se se limiter à un cinéma intimiste et réservé. Hélas, tout cela va terriblement lentement et manque de surprise ou de vraie progression. Ainsi, LA MORT EN DIRECT est un film de science-fiction certainement ambitieux et intéressant, mais qui peut tout de même laisser sur une impression de déception.

Le DVD propose l'image dans son format scope d'origine. On note quelques petits points blancs sur la pellicule et aussi une compression assez visible dans les scènes les plus sombres. L'ensemble reste de bonne qualité, mais on a tout de même l'impression que l'encodage aurait pu être un peu plus soigné.

La bande-son est proposée en mono d'origine codée sur deux canaux, en version originale anglaise ou en français. Deux bandes sonores qui sont de très bonne qualité.

Appartenant à la collection "Bertrand Tavernier", ce DVD propose quelques bonus. On trouve ainsi un long et intéressant entretien (49 minutes), réalisé en 2002, avec Bertrand Tavernier et son chef-opérateur Pierre-William Glenn (devenu plus tard réalisateur d'une autre tentative de SF à la française : TERMINUS, avec Johnny Hallyday). On découvre ensuite un documentaire de 36 minutes, réalisé pour la télévision, apparemment en 16 mm. Peu informatif, il s'agit surtout d'un montage d'images du tournage. De plus, ce documentaire a apparemment été conservé sur un support vidéo aujourd'hui assez abîmé, ce qui donne une image instable, provoquant assez rapidement une certaine fatigue visuelle. On trouve encore une belle galerie de photographies de plateau et de tournage, en couleurs, et en noir et blanc. Enfin, une sélection de bande-annonces d'autres films de cette collection (CAPITAINE CONAN, L.627, UN DIMANCHE A LA CAMPAGNE...) est disponible.

LA MORT EN DIRECT se veut une oeuvre de science-fiction ambitieuse et originale. Il récolta même le Grand Prix film du Festival de Trieste en 1980. Aujourd'hui, malgré certaines qualités dans sa première partie, on peut trouver que le métrage a un peu tendance à s'empêtrer dans une anticipation qui se veut intimiste, mais qui se révèle surtout un peu trop languide et bavarde, bref pas vraiment convaincante.

Rédacteur : Emmanuel Denis
Photo Emmanuel Denis
Un parcours de cinéphile ma foi bien classique pour le petit Manolito, des fonds de culottes usés dans les cinémas de l'ouest parisiens à s'émerveiller devant les classiques de son temps, les Indiana Jones, Tron, Le Dragon du lac de feu, Le Secret de la pyramide... et surtout les Star Wars ! Premier Ecran fantastique à neuf ans pour Le retour du Jedi, premier Mad Movies avec Maximum Overdrive en couverture à treize ans, les vidéo clubs de quartier, les enregistrements de Canal +... Et un enthousiasme et une passion pour le cinéma fantastique sous toutes ses formes, dans toute sa diversité. S'il fallait faire mienne une maxime en la matière, je reprendrais (de mémoire !) une citation de Roman Polanski : «les personnes qui aiment vraiment le cinéma aiment le fantastique» !
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L'édition vidéo
LA MORT EN DIRECT DVD Zone 2 (France)
Editeur
Support
DVD (Double couche)
Origine
France (Zone 2)
Date de Sortie
Durée
2h08
Image
2.35 (16/9)
Audio
English Dolby Digital Mono
Francais Dolby Digital Mono
Sous-titrage
  • Français
  • Supplements
    • Interview de Bertrand Tavernier et P. W. Glenn (48mn36)
    • Impressions d'un tournage (Featurette - 36mn40)
    • Galerie de photos
      • Filmographies
      • Bertrand Tavernier
      • Romy Schneider
      • Harvey Keitel
      • Harry Dean Stanton
      • Max Von Sydow
      • Bandes-annonces
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