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Critique du film
OGRE 2021

 

OGRE est le premier long-métrage d'Arnaud Malherbe pour le cinéma. Il n'est pourtant pas un débutant. Après des courts-métrages, dont DANS LEUR PEAU de 2008, récompensé au Festival du Film Fantastique de Gérardmer, il travaille régulièrement pour la télévision, en particulier avec la mini-série de suspense fantastique « MOLOCH » pour la chaîne Arte. Il se lance dans le film de cinéma avec OGRE, tourné en Bourgogne à partir de 2020. Dans le rôle de Chloé, personnage principal de cette histoire, nous trouvons Ana Girardot, habituée depuis dix ans aux grands écrans du cinéma français. A ses côtés, Samuel Jouy, dont l'activité se situe plus à la télévision et dans les seconds rôles, incarne un énigmatique médecin.

Chloé arrive dans un petit village du Morvan pour y devenir l'institutrice. Elle s'installe avec son fils Jules, petit garçon renfermé et malentendant. Tout n'est pas si calme qu'il y paraît dans ce coin de campagne. Une bête mystérieuse s'en prend aux animaux d'élevage tandis qu'un enfant est porté disparu. Tout cela enflamme l'imagination de Jules, convaincu qu'un Ogre vit dans la forêt alentour...

Outre cette menace, imaginaire ou réelle, Chloé et Jules doivent surmonter leur propre passé. Un passé hanté par la violence et la maltraitance, qu'ils tentent de laisser derrière eux pour repartir à zéro. OGRE entretient alors des points communs avec le récent AFFAMÉS. Ce dernier nous parlait déjà d'une institutrice au passé tourmenté, s'installant dans une ville isolée et affrontant un monstre surgi de lointaines légendes. Aussi bien OGRE qu'AFFAMÉS prolongent l'horreur folklorique mise à la mode par des films remarqués comme MIDSOMMAR et surtout THE WITCH, à savoir une épouvante puisant dans les contes et les mythes anciens.

Dans OGRE, nous explorons donc le Morvan profond, dont la rusticité verdoyante masque des mystères surgis d'un fantastique ancien. Un fantastique d'autant plus inquiétant qu'il est capté et amplifié par Jules, garçon introverti et sensible.

En France, les années 2000 sont marquées par une approche premier degré du cinéma d'horreur, illustrée par le cinéma très direct d'Alexandre Aja. Une seconde vague plus récente, avec des titres comme GRAVE et LA NUÉE, cherche un entre-deux équilibrant cinéma de genre et film d'auteur. OGRE s'inscrit dans cette nouvelle tendance.

Sa qualité « Auteur », OGRE la recherche dans l'écriture soignée de ses personnages principaux Chloé et Jules. Survivants d'un conjoint et père violent, ils démarrent une nouvelle vie. Mais tout n'y est pas rose. Les villageois bourguignons se montrent d'un amabilité perfectible et les secrets de la région rendent l'ambiance pesante. OGRE se distingue par un soin réel porté à ses dialogues crédibles et à sa direction d'acteurs nuancée et subtile, bien éloignés de sinistres souvenirs laissés en la matière par des titres français comme LA HORDE et autres AUX YEUX DES VIVANTS.

Pourtant, à force de vouloir se montrer subtil, OGRE s'égare dans une exposition interminable et répétitive (l'emploi de la prothèse auditive est un exemple). Il laisse le fantastique à l'écart durant la plus longue partie du métrage, ne lui permettant de s'exprimer que sous la forme d'une menace vague, plus ou moins métaphorique, planant sur le village et ses habitants. Et lorsque l'étrange se manifeste concrètement, dans un dénouement bien tardif, le spectateur déjà impatient est confronté à une certaine opacité, en particulier en ce qui concerne un personnage bien mystérieux, pratiquement draculéen. Enfin, un final, se voulant spectaculaire, laisse sceptique. Trop peu, trop tard.

OGRE a pour lui de vraies qualités, comme un travail intéressant sur le son, sur la photographie, un emploi cinématographique des montagnes bourguignonnes, ou encore une interprétation convaincante. Mais il échoue à entraîner le spectateur dans son allégorie de la masculinité menaçante. La faute à une récit qui, à force de se focaliser sur la construction de ses personnages, oublie de leur faire vivre des péripéties intéressantes, oublie de donner à OGRE le tonus nécessaire pour maintenir en éveil l'intérêt du spectateur.

Rédacteur : Emmanuel Denis
Photo Emmanuel Denis
Un parcours de cinéphile ma foi bien classique pour le petit Manolito, des fonds de culottes usés dans les cinémas de l'ouest parisiens à s'émerveiller devant les classiques de son temps, les Indiana Jones, Tron, Le Dragon du lac de feu, Le Secret de la pyramide... et surtout les Star Wars ! Premier Ecran fantastique à neuf ans pour Le retour du Jedi, premier Mad Movies avec Maximum Overdrive en couverture à treize ans, les vidéo clubs de quartier, les enregistrements de Canal +... Et un enthousiasme et une passion pour le cinéma fantastique sous toutes ses formes, dans toute sa diversité.
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