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Critique du film
FREAKS OUT 2021

FREAKS OUT 

Gabriele Mainetti est remarqué dès son premier long-métrage, le prometteur ON L'APPELLE JEEG ROBOT de 2015. Il mettait en scène des super-héros évoluant dans la Rome d'aujourd'hui, parmi la petite délinquance. Son second film FREAKS OUT parle encore de super-héros, de manière à nouveau étonnante et à nouveau dans un cadre typiquement italien. Il permet à Gabriele Mainetti de retrouver Claudio Santamaria, l'acteur principal d'ON L'APPELLE JEEG ROBOT.

Près de Rome, en 1943, un spectacle ambulant exhibe quatre phénomènes humains pour l'étonnement et l'amusement du public. Mais, la guerre s'abattant sur la région, Israël, le directeur du cirque, tente de fuir vers l'étranger. Les quatre « monstres » doivent survivre dans le chaos. Or, Franz, un Nazi qui dirige un cirque installé en ville, s'intéresse aux êtres doués de pouvoirs paranormaux...

Nos quatre héros hors du commun ont pour certains des apparences singulières, comme Fulvio l'homme-chien ou le nain Mario. Et ils bénéficient de dons surnaturels. Cencio l'albinos commande aux insectes. Le corps de Matilde génère de l'énergie électrique. Fulvio est doté d'une force surhumaine. Mario manipule à distance les objets métalliques. Bref, ils forment un groupe de super-héros, évoquant les X-Men créés par Stan Lee et Jack Kirby. Les pouvoirs de Mario sont proches de ceux de Magnéto et Matilde évoque aussi bien Rogue que Jean Grey. Nous nous rappelons aussi que dans le comics susmentionné, Nightcrawler/Diablo était un artiste de cirque.

Pourtant, le cadre est ici différent des Comics américains. Nous sommes en Italie, durant la seconde guerre mondiale. Les alliés commencent à débarquer, tout cela au grand déplaisir des Allemands dont l'armée prend alors les choses en main. Cette période violente et tragique sert de toile de fond à FREAKS OUT.

Les Nazis ont aussi leurs « Freaks », avec en particulier Franz, musicien doté de six doigts à chaque main. Il se produit au cirque Berlin, près de Rome, dont l'arrière-boutique accueille des activités occultes. Franz voit l'avenir en se bourrant de drogues et prédit la chute du IIIème Reich. À moins de découvrir une arme secrète pour changer la donne...

Franz rêve alors de constituer une armée de mutants et de la mettre au service de Führer. Cette volonté de créer une légion de super-hommes dans ce contexte n'est pas sans rappeler HELLBOY !

Franz se trouve à mi-chemin entre Hanussen, le voyant de Hitler, et les histrions nazis incarnés par Helmut Berger dans des films historiques italiens comme LES DAMNÉS ou SALON KITTY. Le décorum kitsch du cirque Berlin, bardé d'aigles germaniques et de croix gammés, renvoie aux souvenirs décadents de CABARET.

Dans FREAKS OUT, nous ne croisons pas que des mutants. Les résistants italiens sont aussi de la partie. Pour la plupart ils sont des éclopés de guerre, amputés d'une jambe ou d'un bras. Mais ils restent très combatifs, comme le montre leur leader le Bossu, personnage pittoresque et vitupérant. Son interprète Max Mazzotta nous renvoie au temps des grands cabotins du cinéma Bis, celui des Tomas Milian, Mario Adorf et autres Eli Wallach !

La confrontation des forces en présence dans FREAKS OUT révèle que les différences, que certains voient comme des monstruosités et des anomalies, peuvent constituer des dons, des potentialités à embrasser et à cultiver pour tracer son chemin. Ceux qui, comme Franz, placent d'autres au-dessus d'eux-mêmes (Franz jalouse son frère et son père, des officiers prussiens traditionnels), ceux qui n'aspirent qu'à prendre la place d'autrui au lieu d'être eux-mêmes et de tirer le meilleur de ce que la vie leur offre, ceux-là sont voués à l'erreur, au ridicule et au malheur.

Par son univers, FREAKS OUT évoque le cinéma de Guillermo del Toro, en particulier son empathie pour les monstres, son soin visuel, son goût pour les cultures populaires de l'imaginaire. Mais le ton de Gabriele Mainetti s'avère plus acide, plus provocateur, plus tourné vers l'humour noir et le grotesque, et nous rappelle surtout l'Alex de la Iglesia de ACTION MUTANTE avec sa bande de héros estropiés, ou de BALADA TRISTE, pour la peinture des heures sombres de son pays sous forme d'une bouffonnerie tragique.

FREAKS OUT est un grand spectacle singulier, original, particulièrement dans le contexte du cinéma italien actuel. A plus de deux heures vingt au compteur, il souffre sans doute de longueurs, le métrage s'attardant trop sur le personnage de Franz. Il offre un dénouement explosif, mais parfois brouillon. Visant l'iconoclasme,  Gabriele Mainetti donne parfois dans la vulgarité lourde.

Mais, comme avec ON L'APPELLE JEEG ROBOT, il propose aussi un cinéma à part, assumant ses influences variées, son mauvais esprit de sale gosse, tout en déployant un propos généreux et cohérent au sein d'une vision ambitieuse. Malgré des imperfections, FREAKS OUT constitue donc une réussite.

Rédacteur : Emmanuel Denis
Photo Emmanuel Denis
Un parcours de cinéphile ma foi bien classique pour le petit Manolito, des fonds de culottes usés dans les cinémas de l'ouest parisiens à s'émerveiller devant les classiques de son temps, les Indiana Jones, Tron, Le Dragon du lac de feu, Le Secret de la pyramide... et surtout les Star Wars ! Premier Ecran fantastique à neuf ans pour Le retour du Jedi, premier Mad Movies avec Maximum Overdrive en couverture à treize ans, les vidéo clubs de quartier, les enregistrements de Canal +... Et un enthousiasme et une passion pour le cinéma fantastique sous toutes ses formes, dans toute sa diversité.
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