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Critique du film
PARANORMAL INVESTIGATION 2018

 

Andrei (Andrei Indreies) mène des enquêtes sur des manifestations paranormales. Il raconte son intervention auprès de la famille de Dylan (Jean-Baptiste Heuet). Suite à une séance de Ouija entre potes, Dylan se retrouve visiblement possédé. Mais par quoi ?

A chaque apparition d'un film de genre français, la même question revient régulièrement : et si c'était le signe d'une vitalité retrouvée de l'horreur ou du fantastique made in France' Hélas, encore raté avec PARANORMAL INVESTIGATION, rejeton du film de found footage, PARANORMAL ACTIVITY-like et autres chasseurs de fantômes/esprits qui pullulent sur Youtube en ce moment.

Pourtant, cela part pas trop mal. Enfin, il faut passer sur la fête à neu-neu d'adulescents jouant au Ouija, avec une caméra montée sur ressort qui oscille de visages en visages, traquant le moindre rictus ou autre éclats de rire forcés. La première apparition d'Andrei et sa confession devant la caméra intrigue quelque peu. Et il y a ce plan, magnifique (le meilleur du film, assurément): un travelling avant depuis un drône se rapprochant de la fameuse maison où tout se déroule. Pour arriver devant la porte et pénètrer à l'intérieur. Ce qu'on appelle le « money shot » en jargon du métier.

En fait, il demeure à l'image du film : techniquement compétent, image propre, son au taquet. Clairement, les auteurs ont réussi cette partie. Pour le reste, bien triste à constater, c'est le naufrage. Aucun sursaut, aucune tension, aucun frisson à l'horizon. Pour un film supposé mettre le trouillomètre au maximum, comme le promet de manière pompier une citation sortie du Parisien dans la campagne de publicité cannoise, pas de chance. On assiste passivement au déroulé longuet des événements, égrenés chronologiquement à l'écran. Et on aura droit à tout. les plans fixes de caméras de surveillance de couloirs, chambre, salon. les tentatives de de visages surgissant brutalement devant les caméras. Et comme si ça ne suffisait pas, une louche d'exorcisme et de bondieuserie. Avec un plan clin d'oeil, justement, à L'EXORCISTE où le Père Merrin stationne sous un bec de gaz. Mais ci, on assiste à une scène d'exorcisme parmi les plus minables qui aient jamais existé. 

Je dis tristesse car j'aurais tellement voulu assister à un film qui fonctionne au moins à ce niveau là. Mais quand ça veut pas, ça veut pas. Même la nième révélation tentée en bout de métrage - alors qu'on croit que la fin a enfin pointé le bout de son nez - rallonge inutilement la sauce. Le scénario tente malgré tout de suivre un chemin ne se départissant pas de son objectif final, tant mieux. Mais l'exécution manque trop de naturel et de punch pour esquisser un semblant de peur; juste un vague intérêt de voir le film enfin décoller et emmener le spectateur vers un au-delà cinématographique. Manqué. Il aurait été peut-être bon de faire surgir Elise Lucet d'un placard, cela aurait apporté un peu de vie (ou de mort) à un film qui en manque cruellement.

Quant à la direction d'acteurs, on frise la catastrophe. Jean-Baptiste Heuet se démène comme un beau diable dans le dernier tiers - et il donne clairement de sa personne. Mais ça ne convainc guère. Tout a déjà été joué, rejoué, parodié, surjoué et là, force de constater l'échec. Pour les autres acteurs, Aucune émotion crédible n'arrive à franchir le seuil. On y croit juste pas. Il y a manifestement quelque chose qui ne passe pas dans la mise en scène qui se veut tantôt documentaire ou fiction. L'approche eut été plus convaincante si les acteurs ne paraissaient pas aussi peu à l'aise devant la caméra. Là où, justement, PARANORMAL ACTIVITY et ses suites y parvenait -qu'on aime ou pas la série de films. On en vient à se dire qu'un atout aurait été, entre autres, de révéler un peu plus la plastique impeccable d'Andrei Indreies. Le réalisateur élude également cela au profit de plans d'Andrei dormant sur le canapé de son studio. Puis se relevant à chaque appel désespéré de la famille en souci. Qui aurait peut être mieux fait d'appeler un médecin en premier lieu avant de céder à la tentation du chasseur d'esprit' Mais bon, comme le film n'est plus à une incohérence près, on lui pardonnera cela. Les auteurs auront au moins essayé.

PARANORMAL INVESTIGATION tente de prendre en marche le wagon surnaturel Youtube en cours de route, mais manque le marchepied pour rester à quai. Le film arrive également avec quelques années de retard sur un marché cinéma déjà bien encombré du found footage et ce qui s'en apparente. Le sous-genre est déjà passé de mode, malgré quelques vaines tentatives de résurrection. Ce n'est pas ce nouvel avatar qui enfile les stéréotypes, même si l'auteur s'en défend, qui changera la donne.

Rédacteur : Francis Barbier
Photo Francis Barbier
Dévoreur de scènes scandinaves et nordiques - sanguinolentes ou pas -, dégustateur de bisseries italiennes finement ciselées ou grossièrement lâchées sur pellicule, amateur de films en formats larges et 70mm en tous genres, avec une louche d'horreur sociale britannique, une lampée d'Albert Pyun (avant 2000), une fourchettée de Lamberto Bava (forever) et un soupçon de David DeCoteau (quand il se bouge). Sans reprendre des plats concoctés par William Friedkin pour ne pas risquer l'indigestion.
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