Header Critique : PROJECT MOON BASE

Critique du film et du DVD Zone 2
PROJECT MOON BASE 1953

 

En 1970, une mission est envoyée en direction de la Lune afin d'y faire le premier vol orbital. Menée par la colonelle Briteis (Donna Martell) et son second le Major Moore (Ross Ford), l'équipe est cependant victime d'une tentative de sabotage qui force la fusée spatiale à alunir.

Tourné en 1953 à l'origine pour un pilote de série télévisuelle originellement appelée «Ring around the Moon», PROJECT MOON BASE (ou PROJECT MOONBASE selon le matériel publicitaire, les auteurs n'arrivant pas à choisir entre les deux orthographes) se vit adapté au format cinéma par le producteur/co-scénariste Jack Seaman. Le métrage profitait alors de la mode naissante des films de science-fiction qui, grâce à DESTINATION LUNE, LA GUERRE DES MONDES, 24H CHEZ LES MARTIENS ou encore FLIGHT TO MARS, battait son plein. C'est Richard Talmadge qui met en boite cette aventure spatiale. Illluste inconnu du grand public à la fois acteur, réalisateur, producteur, ce Rémy Bricka de la série B ne tourna que peu de films, pour terminer par deux productions importantes mais non crédité au générique. Il mis en scène les plans finaux de CASINO ROYALE (version 1967) ainsi que la fameuse course de karting finale de QUOI DE NEUF PUSSYCAT ? : dans les deux cas, il s'occupait en effet des cascades sur ces films. Il participa également avec Loren James (voir pour cela notre compte-rendu sur le Festival de Bradford 2012) à la coordination de celles de LA CONQUETE DE L'OUEST. La Lune mène à tout !

Tourné en à peine dix jours, ce «Projet Base lunaire» est une série B qui tente par tous les moyens de trahir son origine première. Mais qui n'y arrive vraiment pas, sans pour autant que cela soit déshonorant. Explications...

Le sujet propre du film est assez visionnaire, à savoir l'envoi d'une navette spatiale vers la lune en 1970. L'écrivain Robert Heinlein, à l'origine de DESTINATION LUNE mais aussi auteur des livres à la base de STARSHIP TROOPERS et LES MAITRES DU MONDE, aurait eu tout bon à une année près. On sent quelques efforts sur la dramatisation et la création d'un univers futuriste cohérent. Les téléphones sont sans fil (alors que dans PLANETE INTERDITE, Leslie Nielsen utilise toujours un petit micro relié à un fil pour se parler). On communique dans l'espace via des téléviseurs géants. Le président des Etats-Unis est une femme (Ernestine Barrier), tout comme le responsable de l'expédition lunaire. Une petite touche d'égalité chez les militaires et les politiques. De quoi déstabiliser certaines idées reçues au début des années 50, cantonnant la femme à la cuisine et le destin de l'humanité aux hommes. Idem pour l'idée de gravité zéro dans la station orbitale : les scènes où la colonelle et son second marchent sur un mur à angle droit où se trouvent à 90 degrés les officiels lui signifiant sa mission. Un trait d'humour renforce l'effet avec un avertissement «merci de ne pas marcher sur les murs» apparaissant brièvement le tend d'un travelling latéral. Excellents effets photographiques !

Il ne faut toutefois pas trop se précipiter sur l'avant-gardisme du film. Car le sexisme primaire pointe rapidement le bout de son nez, tout comme les préoccupations du code Hays qui chatouillent gravement le film. Pensez, dame, avec un homme et une femme perdus dans l'espace, il faut les marier vite fait pour qu'ils ne commettent pas l'irréparable sans contrat moral ! Années 50 et science-fiction obligent, nous avons aussi le droit à une sous intrigue avec un vilain espion russe. Pas vraiment nécessaire à l'histoire, il devient un ressort narratif banal, même si les prémices s'avèrent intéressants. A savoir les méchants communistes qui traquent les sosies des scientifiques participant à l'expédition et les forcent à trahir leur pays. En ce sens, PROJECT MOON BASE reste bien inséré dans son époque maccarthiste d'anti-communisme primaire.

Le clou du film reste les effets spéciaux. Et vu les restrictions budgétaires, le film s'en sort avec les honneurs pour 1953. Ils n'ont certes pas la qualité de finesse et de précision des productions de George Pal. Mais nous avons droit à quelques maquettes de station orbitale d'une tenue correcte. Les miniatures s'avèrent soignées, même si celles utilisées pour les descentes de la fusée feront sourire de par leur naïveté. Mais en même temps, quand on regarde la poupée masculine utilisée pour certains effets spéciaux de LA MORT AU LARGE, 30 ans après, on se dit que finalement, ce n'est pas si mal pour l'époque ! Il faudra cependant mettre de côté des costumes assez curieux, entre les tenues moulantes pour chacun, les scaphandres de l'espace qui ne semblent pas tenir compte de problèmes gravitationnels et de pression – alors que cet aspect est bien présent par ailleurs dans le scénario. Ou encore l'espèce de casque qui provoque un effet-schtroumpf confinant parfois au risible.

Du côté des acteurs, Donna Martell ne gagne pas spécialement un titre de gloire quant à son jeu. Idem pour le reste du casting, dont le niveau reste à peine au-dessus de la moyenne. Les plus observateurs auront remarqué Hayden Rorke, le Dr Bellows de la série des années 60, JEANNIE DE MES REVES. L'interprétation globale reste strictement fonctionnelle, correspondant aux standards attendus de l'époque, y compris des dialogues schématiques, voire totalement stupides. C'est du côté de la musique qu'il faut trouver un petit plus : Hershel Burke Gilbert a composé une partition supérieure en qualité au film qui l'accompagne. Une vingtaine d'instruments : des violons, un choeur de basses et des cuivres qui donnent un aspect plus épique que ce qui existe à l'écran. Egalement le thérémine, popularisé par Bernard Herrmann dans sa composition pour LE JOUR OU LA TERRE S'ARRETA. A noter que la musique est disponible sur CD chez l'éditeur Monstruous Movie Music.

Sur une heure, PROJECT MOON BASE arrive néanmoins à développer un scénario construit, quelques idées de mise en scène et le tout se tenant plus que correctement. Il faudra passer sur les sourires provoqués par quelques scories inhérentes aux séries B science fictionnelles du début des années 50 et sa cohorte d'incohérences. Egalement au système D auquel devaient recourir les auteurs, costumiers et décorateurs afin de palier au manque d'argent. Comme si en fait, l'imagination avait été stoppée net par ce souci financier. Et beaucoup de lignes de dialogues ! Peu importe, le métrage s'avère une surprise sympathique compte tenu des sérieux handicaps qui le parsèment.

La copie offerte par Artus Films dans son coffret VOYAGE VERS LA LUNE, d'une durée complète de 60 mn 07, demeure honorable. Elle semble provenir d'archives télévisuelles à la vue d'ensemble, ressemblant qualitativement à celle sortie en Zone 1 chez Image Entertainment il y a quelques années. Ce qui n'empêche pas de voir clairement les changements de bobine, quelques griffures ça et là. Rien de bien méchant et la copie apparaît la plupart du temps propre, bénéficiant d'un encodage agréable, ne laissant que très peu apparaître quelques artefacts de compression. Compte tenu du budget du film et du matériel avec lequel il a été tourné, le spectateur s'en sort plutôt bien lors de la vision, même si bien sûr, les limites dues au matériau d'origine se discernent de manière évidente.

Le sous-titrage français amovible offre quelques petites erreurs de traduction assez curieuses. Ainsi par exemple le mot «rockets» traduit par «roquettes» (au lieu de «fusées»). Ca fait quand même bizarre de laisser entendre que les Etats-Unis envoient des salades dans l'espace pour quelques tests. C'est d'autant plus curieux que ces petits soucis de traduction se retrouvent sur les autres films du coffret. Nous y reviendrons sur les chroniques suivantes.

Le film étant inédit en France, aucun doublage français : seule la version anglaise (encodée en Dolby Digital mono sur deux canaux) s'offre à nos oreilles impavides. Quelques bruits de fond, mais pas de distorsion et des dialogues audibles. Les choix d'accès au menu fixe se complètent d'un chapitrage en huit parties.

Sur le même DVD, la possibilité de visionner un second film: DE LA TERRE A LA LUNE, le tout se trouvant dans le coffret nommé VOYAGE VERS LA LUNE. L'amateur de science-fiction 50's pourra également trouver deux perles B : MUTINY IN OUTER SPACE et le remake croquignolet du déjà redoutable CAT WOMEN THE MOON, à savoir MISSILE TO THE MOON. Comme d'habitude pour les coffrets Artus Films, un livret réussi de douze pages autour des films de science-fiction couvrant la conquête lunaire, du péplum aux parodies effectuées jusqu'aux plus récents métrages comme APOLLO 18. Et le jeu de cartes postales a l'effigie des affiches des quatre films présents.

Rédacteur : Francis Barbier
Photo Francis Barbier
Dévoreur de scènes scandinaves et nordiques - sanguinolentes ou pas -, dégustateur de bisseries italiennes finement ciselées ou grossièrement lâchées sur pellicule, amateur de films en formats larges et 70mm en tous genres, avec une louche d'horreur sociale britannique, une lampée d'Albert Pyun (avant 2000), une fourchettée de Lamberto Bava (forever) et un soupçon de David DeCoteau (quand il se bouge). Sans reprendre des plats concoctés par William Friedkin pour ne pas risquer l'indigestion.
54 ans
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394 critiques Film & Vidéo
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La bonne tenue des effets spéciaux
Une oeuvrette sympa, qui développe suffisamment d’idées pour tenir la route
On n'aime pas
La complaisance dans les stéréotypes cinématographiques du début des années 50
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L'édition vidéo
PROJECT MOONBASE DVD Zone 2 (France)
Editeur
Artus
Support
2 DVD
Origine
France (Zone 2)
Date de Sortie
Durée
1h03
Image
1.33 (4/3)
Audio
English Dolby Digital Mono
Sous-titrage
  • Français
  • Supplements
    • Film annonce (1mn20)
    • Diaporama (1mn)
    • DE LA TERRE A LA LUNE
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