Header Critique : MURDERER, THE (THE YELLOW SEA)

Critique du film
THE MURDERER 2010

THE YELLOW SEA 

L'environnement cinématographique populaire coréen possède un réel penchant – d'aucuns diront problème - pour la violence. L'ultra-violence, même. La prédominance du marteau en pleine figure, ou tout autre arme blanche, est devenue comme une sorte de rite obligatoire. On pense forcément à des œuvres comme OLD BOY mais également aux récents BLOOD ISLAND ou J'AI RENCONTRE LE DIABLE pour qui l'exutoire ultime – et leur finalité - passe systématiquement par une dégradation corporelle. La croisée des genres devient un genre à part entière, si possible saupoudrée de débordements sanguinolents en tous genres.

Produit par la division coréenne de la Fox, THE MURDERER (ou YELLOW SEA en fonction des exportations internationales) se décompose en 4 chapitres décrivant l'odyssée tragique de son héros. C'est par là même le nouvel opus du réalisateur de THE CHASER, Hing-jin Na, qui écrit le scénario par la même occasion et lui permet aussi de retrouver ses deux acteurs de THE CHASER : Yun-seok Kim et Jung-Woo Ha.

Un homme d'origine chinoise (Jung-Woo Ha) voit sa femme partir en Corée du Sud pour un avenir meilleur. Ne pouvant plus rembourser la dette contractée pour lui payer son passeport et désespéré de ne plus avoir de nouvelles, il accepte un job hors du commun. Assassiner un homme en Corée du Sud pour le compte d'un mafieux local (Yun-seok Kim). Son douloureux voyage pour la terre promise lui fait perdre ses repères et il découvre qu'il y a bien plus qu'un meurtre à commettre.

Ce thème de l'immigration, de la dislocation des structures familiales afin de trouver une vie meilleure trouve des échos tristement d'actualité dans de nombreux pays à travers le monde. Donc aux drames corrélés. Egalement un vecteur thématique très présent dans les œuvres présentes sur l'ensemble du festival de Cannes 2011 (avec LE HAVRE d'Aki Kaurismaki, par exemple). Cette pauvreté qui force à la migration vers une hypothétique terre promise. Puis la désarticulation du propos en entraînant l(e) (anti) héros dans un engrenage economico-mafio-thriller infernal précipite sa destinée. Une extraordinaire rédemption en néo-superman moderne. Ici, il est in-cre-va-ble.

L'un des atouts du film reste ses ruptures de ton entre chaque chapitre. Un univers gris, pauvre, un quotidien sans surprise marque l'ouverture du film. Le parcours du héros commence en Chine, à travers ses magouilles, son espace rudimentaire, son absence d'horizon. La Mer Jaune comme seul salut : traverser dans des conditions inimaginables, faire face aux passeurs sans scrupule, voir les morts et se taire – à quand cette vision horrifique pour la traversée des immigrés tunisiens, lybiens, somaliens sur l'île de Lampedusa ? Puis le contrat à remplir. Le film quitte alors son habitacle de drame humain/humaniste, son rythme triste pour enfiler les oripeaux du thriller sanglant et passer la vitesse supérieure. Chaque ouverture de chapitre possède une modification de ton qui personnifie au mieux l'état d'âme d'un pauvre hère ballotté par le train d'une histoire qu'il ne saisit pas.

Le récit s'amuse à forcer le trait et à verser dans une violence hyperbolique aux tendances très comics. Et THE MURDERER ponctue sa progression dramatique d'une des plus excitantes chasse à l'homme filmées ces dernières années. Qui renvoie celle de POINT BREAK, entre autres, à une aimable plaisanterie. Le réalisme part dans le décor. De voir notre héros poursuivi par des dizaines de voiture de police et une armada de policiers pendant près de dix minutes, se laisser tomber d'un immeuble sur une voiture pour amortir le choc et se sortir d'une situation à priori sans issue tient du miracle. Une volonté de survivre plus forte que tout ou celle (du réalisateur) de donner une scène de spectacle au spectateur venu chercher des sensations fortes – quitte à faire paraître cette scène totalement incongrue eue égard au contenu du film ? On a envie d'applaudir de toutes nos tentacules à la maestria visuelle avec laquelle cette chasse à l'homme est organisée. Pour faire rebelote une heure après, avec encore plus de bruits, de fureur, de membres sectionnés, de tôles spectaculairement froissées.

Il existe une certaine ingéniosité à faire cohabiter cette myriade de thématiques. Malheureusement, les sous intrigues s'amoncellent, s'entrecroisent et sur-compliquent un récit qui n'en avait pas réellement besoin. Ce qui allonge une durée qui s'avère trop importante (136 minutes), tant certains sujets se révèlent mécaniques dans leur exposition (la recherche de sa femme, par exemple). Et semblent ne servir qu'à donner une épaisseur quelque peu superficielle à la quête, plutôt que de vraiment s'intéresser au drame propre. Une certaine indécision règne et fait pâtir le rythme du film. On sent qu'en fait il y avait matière à effectuer plusieurs films aux vues des sujets brassés. Les intrigues à tiroirs où sont fourrées à hue et à dia des implications sociales, politiques, économiques, mafieuses et le tout emballé avec un sujet de thriller... ne marchent pas forcément à tous les coups. Qui trop embrasse, mal étreint.

Tout pointe vers un règlement de compte général à la fin du IIe acte, mais le réalisateur peine à le faire aboutir. Si bien que la narration s'étire et malgré le déploiement progressif de la violence au sein du récit, l'ennui s'installe au creux du second chapitre. Ainsi cette recherche de sa femme, moteur initial du récit, intervient de manière sporadique et devient finalement inutile. On comprend la nécessité de replacer les motivations de chacun au sein de cette histoire mais l'agencement fait office de trop plein. Un défaut récurrent dans certaines œuvres coréennes populaires récentes. Avec comme habitude de préparer le terrain pour un dernier quart de film qui fait exploser les codes et au choix, les voitures, les corps. Ici à grands coups d'armes blanches, voire d'ossements de bœufs ( !) pour écraser quelques crânes. Il faut également pointer que l'éclatement de la boîte crânienne comme pinacle de la colère se retrouve dans DRIVE de Nicolas Winding Refn, néo-polar post 80's à la dynamique quelque peu similaire.

Et on ne le répètera jamais assez : les idiots qui partez dès les premières secondes du générique de fin, restez. Le réalisateur y porte une estocade finale qui contient une ironie presque dérangeante. Un peu comme une réponse douce et terrible en écho à ce déferlement de violence exacerbée à laquelle on vient d'assister. Car avec ce qu'il montre – et plus important, ce qu'il ne montre pas - : pourquoi ce besoin de montrer le corps défoncé, mutilé ? Pourquoi cette violence permanente, qu'elle soit suggérée ou étalée sur l'écran ? Est-ce une réponse à une société coréenne répressive ? Une forme d'expression artistique ? Une soupape de sécurité, qu'il vaille mieux voir à l'écran qu'en réalité ? Une duplication cinématographique de qu'il se passe déjà dans le réel ? Ou simplement une demande du marché, un besoin du public qui réclame encore plus par rapport à ce dont il a déjà accès ?

Cette éloquence de l'image de la Mer jaune semble intraitable. Une mer dans laquelle chacun s'y perd entre les trois pays dont elle est contiguë – qui peut transporter l'humain vers un quotidien qu'il souhaite meilleur tout comme l'y engloutir à tout jamais. Et tout est bon au réalisateur pour vouloir dépasser ce qui a déjà été filmé – et l'entendement, parfois. A un pur niveau d'adrénaline spectatorielle, on frise l'overdose. Mais il reste une sorte d'érection celluloïdale à la vision d'un film en surchauffe narrative, avec néanmoins un vague sentiment de «trop, c'est trop».

Rédacteur : Francis Barbier
Photo Francis Barbier
Dévoreur de scènes scandinaves et nordiques - sanguinolentes ou pas -, dégustateur de bisseries italiennes finement ciselées ou grossièrement lâchées sur pellicule, amateur de films en formats larges et 70mm en tous genres, avec une louche d'horreur sociale britannique, une lampée d'Albert Pyun (avant 2000), une fourchettée de Lamberto Bava (forever) et un soupçon de David DeCoteau (quand il se bouge). Sans reprendre des plats concoctés par William Friedkin pour ne pas risquer l'indigestion.
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