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Critique du film
AND SOON THE DARKNESS 2010

 

Hormis l'éventuel intérêt financier, on ne comprend pas vraiment ce qui a pu attirer Studio Canal dans la production d'une nouvelle version du AND SOON THE DARKNESS, réalisé par Robert Fuest en 1970. Une histoire de deux jeunes touristes en ballade à vélo à travers un pays étranger, dont l'une (Ellie, jouée par Odette Yustman) se fait enlever par un local alors que l'autre (Stéphanie, jouée par Amber Heard) tente de la retrouver. Basée en France en 1970, l'action se déporte en Argentine pour ce remake qui arrive quarante ans après. Et alors ? Ben pas grand-chose, en fait.

Sur le papier, tout parait étudié pour le succès de l'entreprise. Un budget confortable, deux actrices principales sur le bord de la réussite. Amber Heard – également co-productrice ici- est une valeur montante depuis ALL THE BOYS LOVE MANDY LANE, THE STEPFATHER, ZOMBIELAND et prochainement THE WARD et DRIVE ANGRY 3D. Odette Yustman : aperçue dans CLOVERFIELD, sort pour sa part à peine de THE UNBORN et enchaîne avec THE DOUBLE. De plus nous avons là Karl Urban, acteur révélé au grand public par la trilogie du SEIGNEUR DES ANNEAUX mais dont les tentatives solos n'ont pas été couronnées de succès (PATHFINDER, entre autres). Il demeure cependant un nom associé au film de genre, rattaché à des projets comme DOOM, GHOST SHIP ou le récent STAR TREK. Ajoutons pour finir la nominée aux oscars Adriana Barraza (pour BABEL) et nous aurons là de quoi assurer une certaine visibilité au produit sur la vente à l'international.

On a donc le budget, les Stars et maintenant, si on faisait le film ? Le choix d'un remake d'un obscur film oublié du plus grand nombre ? Allez, banco. Pour le scénario, il ne sera pas trop difficile d'aller chercher quelque chose d'original. On va arranger deux ou trois trucs histoire de faire moderne, changer les noms et adapter au goût du jour. Un réalisateur, maintenant. Jeune, court-métrage, tout ça… et un local argentin : Marcos Efron. Inconnu au bataillon, hormis des courts présentés au festival de Sundanceet, bien sûr, des clips vidéos. Il faut donner la chance aux jeunes qui ont déjà fait (un peu) leurs preuves ! Pour la musique, la coolitude électro de tomandandy, devenus «in» depuis THE MOTHMAN PROPHECIES, MEAN CREEK, LA COLLINE A DES YEUX, THE STRANGERS et bientôt RESIDENT EVIL : AFTERLIFE : pile poil dans le registre du film de genre un peu inquiétant.

Alors, où cela cloche-t-il ?

AND SOON THE DARKNESS suit presque à la lettre l'intrigue initiale. Pour qui connaît l'excellente et inquiétante version filmée par Robert Fuest, aucune surprise. Des tribulations touristiques des deux jeunettes en passant par leur dispute, la disparition, l'appel à la police tombé dans le vide et la rencontre du mystérieux étranger (ici Karl Urban) : la première partie s'avère calquée. Seul le dernier tiers subit en réalité une variation malheureuse sur le thème du n'importe quoi, où l'action inutile prend le pas sur un récit médiocrement agencé. La performance sportive d'Amber Heard à part, le film se traîne sur des notes d'esclavage moderne que des films comme TRADE ou SHUTTLE ont déjà explorées. Toute les notions de menace et de mystère de la première version sont éviscérées au profit d'une mise en scène fonctionnelle donnant à voir un téléfilm pour soirée TV du samedi. Aucun cadrage inquiétant, aucun sens de la peur qui nait dans des endroits les plus anodins. Marcos Efron prend pour la première fois les manettes d'un long métrage, et n'apporte aucune personnalité ni passion. Morne.

Le film s'avère en revanche très professionnel dans son rendu visuel. Le format Scope tire très bien parti de splendides décors naturels argentins. Dès le générique et pendant le premier quart, la caméra capture une tranquillité, une beauté sauvage indéniable… où commence malheureusement à poindre l'ennui. Puis les premiers stéréotypes pointent également le bout de leur nez. Ellie possède une sexualité survoltée, allume les garçons locaux et, bien sûr, bien mal lui en prend car cela sonnera le début de sa perte. A l'inverse, Stéphanie est plus précautionneuse. Conclusion : pour un plan cul à l'étranger, soyez sur vos gardes et restez couchés.

Autant le film de Robert Fuest savait jouer sur ces stéréotypes, créer une atmosphère étouffante parfois à la limite du malaise, autant Marcos Efron se révèle incapable de se départir du matériau de base. Il ne peut faire naître une once d'inquiétude. On se contrefiche complètement de ce qui peut arriver à chaque personnage : le film suit son bonhomme de chemin et on attend patiemment que cela se termine. Peut-être conscient de la nature vaine du sujet, le réalisateur compense par quelques paysages spectaculaires et des scènes à la limite du surréalisme : la ville abandonnée en bord de lac, fantomatique, vaut seule le détour et vole la vedette au reste du métrage. Et ce n'est pas la fin, précipitée en course-poursuite aquatique, qui changera une donne viciée à la base.

AND SOON THE DARKNESS 2010 s'avère soigné mais tellement noyé dans la masse de produits du même calibre qu'il devient impossible de la distinguer du reste. Attention, rien de honteux non plus, mais strictement sans aucun intérêt, inutile, inconséquent et voué à l'oubli. Le film ne donne qu'une seule envie : (re)découvrir d'urgence la version 1970. Plus riche, plus sombre, émotionnellement intacte et surtout dotée d'un point de vue de cinéaste exigeant.

Le film a trouvé acquéreur aux USA via Anchor Bay. Il sortira visiblement au cinéma début 2011 en Grande-Bretagne sous la bannière Optimum Releasing. Il y a également des chances pour que Studio Canal le sorte au cinéma en France. Mais pour quels résultats ? On ne voit en effet pas bien ce qui pourra attirer le spectateur français en salles. Le marché du home cinéma ou de la télévision semblerait un choix plus judicieux afin d'éviter la déception de salles qui ont de grandes chances d'être vides.

Rédacteur : Francis Barbier
Photo Francis Barbier
Dévoreur de scènes scandinaves et nordiques - sanguinolentes ou pas -, dégustateur de bisseries italiennes finement ciselées ou grossièrement lâchées sur pellicule, amateur de films en formats larges et 70mm en tous genres, avec une louche d'horreur sociale britannique, une lampée d'Albert Pyun (avant 2000), une fourchettée de Lamberto Bava (forever) et un soupçon de David DeCoteau (quand il se bouge). Sans reprendre des plats concoctés par William Friedkin pour ne pas risquer l'indigestion.
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