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Critique du film
MR. NOBODY 2009

 

En 2092, un vieillard de 117 ans, Nemo Nobody, est le dernier mortel vivant sur Terre. Le reste de l'humanité s'avère maintenant quasi-immortelle grâce aux progrès de la science. Un journaliste vient interviewer le vieil homme à propos de ses souvenirs. Ce dernier ne lui relate pas une seule existence, mais plusieurs !

Le réalisateur belge Jaco Van Dormael connaît deux beaux succès avec ces premiers longs métrages dans les années 90 : TOTO LE HEROS et LE HUITIEME JOUR. Mais après ce dernier, il disparaît durant treize ans, pour ne revenir qu'en 2009 avec ce MR. NOBODY, tourné en anglais, essentiellement au Canada et en Belgique. Il s'agit en fait du développement d'un de ses courts métrages datant de 1985, dans lequel un garçon doit choisir entre suivre son père et sa mère au moment où ils se quittent. Ici, il bénéficie d'une distribution internationale menée par l'américain Jared Leto, entouré de Sarah Polley (la petite fille de LES AVENTURES DU BARON DE MUNCHAUSEN !), Diane Kruger ou Rhys Ifans (HUMAN NATURE)...

Jaco Van Dormael reprend donc le point de départ de son court métrage qui plaçait un enfant face à un choix insupportable et injuste. Ici, nous retrouvons cette situation, le petit Mr. Nobody doit, à neuf ans, choisir s'il suivra son père ou sa mère qui se séparent définitivement sur un quai de gare. A partir de ce tournant terrible et irréversible de son existence, nous allons suivre de multiples variations de son destin qui s'offrent à lui au gré de ses choix, des mots qu'il dit, des coïncidences, des accidents et de ses décisions. Des décisions motivées par la peur, par le courage, par l'amour, par le devoir, des décisions bonnes ou mauvaises, aux conséquences toujours imprévisibles tant le destin s'avère capricieux.

Le film se développe sous la forme d'une arborescence complexe où tout devient possible, de l'accident de scooter qui laisse un adolescent dans le coma à un voyage sur Mars, d'un clochard new yorkais à un scientifique brillant.

Par bien des aspects de son fond et de son discours, MR. NOBODY nous rappelle des souvenirs du cinéma d'Alain Resnais. Des apartés scientifiques comparent réactions humaines et réactions animales, comme dans MON ONCLE D'AMERIQUE. Les possibilités et les étapes d'une existence sont revisitées jusqu'à la confusion (JE T'AIME, JE T'AIME), imaginaire et réalité se croisent et se rapprochent (LA VIE EST UN ROMAN). Et surtout la structure constituant des fils complexes se rapproche indéniablement du diptyque expérimental SMOKING / NO SMOKING dans lequel nous suivions les différentes issues possibles d'une seule et même histoire, au gré des divers choix effectués par les personnages. Cette influence du vétéran français était aussi décelable chez un autre jeune réalisateur, à savoir Michel Gondry, en particulier dans HUMAN NATURE et ETERNAL SUNSHINE OF THE SPOTLESS MIND qui se posaient les mêmes questions sur les décisions, les choix et les jeux de la mémoire.

Avec MR. NOBODY, Jaco Van Dormael jongle entre le style et les genres, entre mélo et comédie, entre drame tragique et science-fiction, passant même par les cases de l'insolite et du surréalisme. Les histoires que nous suivons paraissent constamment en équilibre précaire, toujours sur le point de basculer. Nous passons sans cesse d'un fil à un autre, et nous ne sommes pourtant jamais égarés dans le suivi de cet enchevêtrement dense et très travaillé de réalités à la fois parallèles et connexes.

Certes, nous pourrons tiquer sur un style cinématographique parfois discutable, à base de flash back à l'image grattée, de voix off très présente, de citations musicales classiques entendues bien souvent au cinéma, d'accélérés ou de plans diffusés à l'envers, d'effets de réalisation qui ne sont pas sans rappeler un style forcé comme celui de L'ETRANGE AVENTURE DE BENJAMIN BUTTON. Mais, contrairement à ce dernier métrage linéaire et sans grande profondeur, MR. NOBODY n'inféode jamais son histoire à son visuel. En effet, le poste le plus travaillé est à l'évidence l'écriture du film, son entrelacement de destins extrêmement élaboré. Cette mécanique de précision laisse toutefois délibérément des zones de flottement pour laisser se glisser la poésie et l'imaginaire. Elle s'avère aussi en tous points remarquable et nous n'avons aucun mal à croire Jaco Van Dormael lorsque celui-ci déclare avoir passer six ans sur sa rédaction. L'émotion et l'humain ne sont jamais oubliés, la virtuosité et la complexité ne sont jamais déployés pour eux-mêmes, mais toujours pour dépeindre le portait de son personnage central, de ses proches et ainsi générer l'émotion et l'empathie.

Très travaillé dans son visuel et dans son écriture, MR. NOBODY s'avère un film ambitieux et singulier, dont le goût pour le mélange des genres ainsi que la volonté de ne pas donner de réponses faciles au spectateur ne vont certainement pas faciliter l'adhésion du plus grand nombre. Il s'agit pourtant d'un long métrage à la personnalité forte, avec de vraies spécificités de ton et de structure, bref d'un film marquant et unique ne donnant jamais l'impression de ressasser des formules conventionnelles. Bref, avec ce MR. NOBODY, l'année 2010 du cinéma fantastique commence bien !

Rédacteur : Emmanuel Denis
Photo Emmanuel Denis
Un parcours de cinéphile ma foi bien classique pour le petit Manolito, des fonds de culottes usés dans les cinémas de l'ouest parisiens à s'émerveiller devant les classiques de son temps, les Indiana Jones, Tron, Le Dragon du lac de feu, Le Secret de la pyramide... et surtout les Star Wars ! Premier Ecran fantastique à neuf ans pour Le retour du Jedi, premier Mad Movies avec Maximum Overdrive en couverture à treize ans, les vidéo clubs de quartier, les enregistrements de Canal +... Et un enthousiasme et une passion pour le cinéma fantastique sous toutes ses formes, dans toute sa diversité. S'il fallait faire mienne une maxime en la matière, je reprendrais (de mémoire !) une citation de Roman Polanski : «les personnes qui aiment vraiment le cinéma aiment le fantastique» !
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