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Critique du film
8TH WONDERLAND 2008

 

Après un premier essai cinématographique raté (PAR L'ODEUR ALLECHEE), Jean Mach s'est allié à Nicolas Alberny afin de monter un projet indépendant et qui plus est techniquement avancé, 8TH WONDERLAND, où une communauté d'internautes a créé avec 8th Wonderlandle huitième pays des merveilles») un pays virtuel qui va petit à petit influer sur le monde et ses grandes puissances.

Le film se ballade depuis quelques mois ans dans divers festivals, ceci après sa présentation au Marché du Film à Cannes en 2008, visiblement avec succès puisqu'il récolte un certain nombre de prix (BIFF, Fant-Asia..) qui ont du aider à sa distribution cinéma. Ainsi, il devrait donc débarquer dans les salles françaises début 2010. On salue l'audace du sujet vue la complexité du projet, définitivement dans l'air du temps et au cœur des préoccupations de ce début de XXIème siècle où se côtoient pêle-mêle les notions d'identité, de nation, d'appartenance, de communauté (et de communautarisme) accompagné d'une certaine utopie d'un monde meilleur.

Visuellement, le film est splendide : un pari technique amplement réussi. L'habillage technologique demeure le principal atout du métrage. L'idée principale de cette communauté se rebellant contre les systèmes en place gagne en fascination au fur et à mesure du développement des multiples intrigues et prend (sans le vouloir) possession des rênes d'un monde qui ne se rend pas vraiment compte de ce qui lui arrive… tout en empruntant pourtant les mêmes travers.

Les réalisateurs choisissent délibérément (restriction budgétaire ? choix narratif ?) de se concentrer sur un petit groupes d'utilisateurs de cette communauté démocratico-virtuelle, aussi bien lors du fonctionnement interne que des impacts sur les remous du pouvoir naissant. La construction de la réflexion (hors contexte de globalisation de l'information et de son internationalisation) fait penser à au sympathique THOMAS EST AMOUREUX, lui aussi essai mariant cyberspace et nouvelles technologies. Néanmoins, 8TH WONDERLAND mène la réflexion sur un terrain autre que celui des sentiments même s'il expose un même début, celui d'exprimer l'ouverture aux autres via les ordinateurs mais tout en s'affranchissant du contact réel.

8TH WONDERLAND bénéficie cependant de plusieurs handicaps. Tout d'abord une construction scénaristique maladroite. La première scène demeure époustouflante, un plan séquence très influencé par Brian De Palma, couplé à un suspense politique et un contexte haletant… le ton est donné par sa conclusion inattendue. Puis flashback sur les éléments qui ont conduit à ce plan d'origine pour se rendre compte que cette scène d'ouverture ne se trouve nullement être un quelconque point d'orgue mais un rebondissement parmi d'autres qui s'enchaîneront après-coup. Dès lors, on peut se demander la logique derrière cette mise en avant de cette première séquence ce qui a tendance à nuire au rythme du film.

Autre souci, le film ne possède pas les moyens de ses ambitions. Entre une construction narrative très répétitive avec des alternances de dialogues par écrans interposés et des scènes sortant de ce cadre , 8TH WONDERLAND tente de colmater ses origines modestes avec la qualité de l'emballage technique. Mais cette profusion de dialogues, cette multitude de fenêtres peuvent s'avérer une expérience lassante à la longue. Même si le tout reste entrecoupé de scènes tournées pour l'occasion mais jouées de manière généralement très approximative. Quelques fulgurances visuelles (dont le début) viennent tromper ces scories, le tout adossé à une forme de thriller politique néanmoins attractif, à défaut de réellement passionner.

Enfin, un challenge de taille que 8TH WONDERLAND tente de relever : le choix du multilinguisme. Là aussi, on sent l'enthousiasme qui tente de compenser l'inexpérience. Mais rien à faire, les accents criards et inadéquats (entre autres : l'imprimeur et sa femme) achèvent quelque peu la crédibilité de l'entreprise. Entre sérieux et humour potache, le film égrène par la même occasion quelques cameos amusants (Nikos Aliagas, Juien Lepers, Amanda Lear…) mais qui n'apportent au final pas grand-chose.

On a toutefois envie de dire qu'importe, du fait de son statut d'ovni cinématographique. Produit en dehors du circuit français habituel, diffusé par un distributeur quasi-nouveau dans le métier, 8TH WONDERLAND a le mérite de la nouveauté et de l'originalité d'où le plébiscite dans les festivals. Il possède un évident capital sympathie malgré son côté bricolo de luxe, et l'on remarque le dur labeur que cela a du représenter sans oublier, surtout, le discours cohérent de l'ensemble ! Maintenant, cela suffira-t-il à créer un véritable succès ? Car hormis l'adhésion du public auquel il s'adresse en particulier (fans de films de genre, avides de technologie, d'Internet, de cinéphiles amateurs d'inévitables clins d'œil – l'un des protagonistes s'appelle John McClane-, de «geeks» acquis à la cause...), on voit mal comment le film pourra rassembler au-delà d'une audience ciblée. Espérons que le bouche à oreille lui permette au moins d'exister.

Rédacteur : Francis Barbier
Photo Francis Barbier
Dévoreur de scènes scandinaves et nordiques - sanguinolentes ou pas -, dégustateur de bisseries italiennes finement ciselées ou grossièrement lâchées sur pellicule, amateur de films en formats larges et 70mm en tous genres, avec une louche d'horreur sociale britannique, une lampée d'Albert Pyun (avant 2000), une fourchettée de Lamberto Bava (forever) et un soupçon de David DeCoteau (quand il se bouge). Sans reprendre des plats concoctés par William Friedkin pour ne pas risquer l'indigestion.
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