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Critique du film
SHUTTLE 2008

 
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Jules (Cameron Goodman) et Mel (Peyton List) reviennent des Caraïbes et se retrouvent bloquées à l'Aéroport sous une pluie diluvienne. Empruntant un bus les emmenant à Los Angeles avec trois autres personnes, elles comprennent que le chauffeur n'est pas aussi avenant que prévu. Ce qui aurait dû être un voyage court tourne à la lente descente aux enfers. Le chauffeur est joué par l'inquiétant Tony Curran, acteur écossais ayant déjà fait ses preuves dans UNDERWORLD : EVOLUTION et qu'on verra prochainement dans MIDNIGHT MEAT TRAIN. Le personnage demeure retors tout au long du métrage mais réserve une certaine ambiguité. Cela est du à la méconnaissance du réel but du chauffeur. Il emmène ses passagers vers une destination qui ne possède rien de charmant. Mais malgré la menace qu'il représente, Curran réussit à laisser apparaître dans son jeu comme une sorte de protection des passagers, jusqu'à l'un des tous derniers plans du film.

L'un des bons points de SHUTTLE est de justement laisser la part de doute au spectateur quant à la finalité de chacun. S'il s'inscrit à priori dans la mouvance de thriller hardcore comme SAW ou HOSTEL, il s'en éloigne petit à petit. Même si les prémices du film laissent entrevoir quelques effets horrifiques de bon aloi (l'un des protagonistes se fait sectionner quatre doigts au premier quart du film), SHUTTLE n'emprunte finalement pas cette route-là. Se déroulant entièrement durant une seule nuit, le film s'oriente plus vers le suspense avec quelques éclairs de violence. Et c'est tant mieux, car le choix d'Edward Anderson s'avère fort judicieux.

Si l'on connaît le responsable de cette prise d'otage (encore que…), ses motivations restent volontairement très floues. Le bus recèle au fur et à mesure quelques menus détails : les ceintures de sécurité ne s'ouvrent pas, les vitres sont renforcées… Ceci dit, faire un film exclusivement dans un bus demeure un exercice difficile en soi. Mario Bava a déjà expérimenté le principe dans CANI ARRABIATI. Il faut donc agrémenter la narration d'ajouts scénaristiques, et SHUTTLE s'y prend plutôt bien. Des arrêts intempestifs provoquent l'incompréhension des jeunes filles : aussi bien à un distributeur d'argent qu'à un supermarché afin de récupérer une liste précise de courses... Autant d'occasion de tenter de s'en sortir et de faire évoluer les relations entre chaque protagoniste.

Les retournements de situation restent crédibles : une bonne nouvelle pour le spectateur, habitué aux coups de théâtre en tous genres depuis belle lurette. Non seulement le bus change de direction, mais il en est de même en ce qui concerne les relations entre les six personnages, tout comme les rapports de force. Jusqu'au dernier plan, terrible, où l'on comprend enfin parfaitement où le chauffeur a voulu en venir. L'inéluctable final est en cohérence avec la progression du récit, n'offrant aucune facilité ni de concession. Il demeure en cela en rupture avec ce que nous avons pu voir dans les thriller de ces dernières années.

L'interprétation est d'un bon niveau, compte tenu du budget réduit, ce qui ajoute à la crédibilité de l'ensemble. Une direction d'acteurs très sûre, au diapason du profil psychologique de chacun. Pas de crise d'hystérie gratuite, de stéréotypes faciles à vendre. Le plus évident étant évidemment Peyton List et Cameron Goodman : prototypes des bimbos revenant des Caraïbes, elles apparaissent différentes au fur et à mesure que se déroule le métrage. Plus adultes que prévu, elles laissent entrevoir une force de caractère insoupçonnée. A un moment, Jules demande «Mais qu'avons-nous fait de mal ?». «Rien», répond Mel. Comme en écho à un type de productions horrifiques où les malheurs qui s'abattent sur les personnages sont forcément la résultante d'une erreur de comportement contraire à un certain code moral (fumer de la drogue, coucher avec quelqu'un, etc...). Rien de tout cela dans SHUTTLE. Ceci se trouve renforcé par une approche réaliste dans la photographie qui tend au glauque sur la dernière partie, offrant ainsi une petite sensation de malaise. Le Format dit «CinémaScope» (le film semble avoir été tourné en Super35, selon les informations disponibles) offre quelques beaux plans malgré l'espace resserré à l'intérieur du bus. Le réalisateur sait s'y prendre avec la profondeur de champs en donnant plusieurs niveaux de lecture sur un même plan.

A défaut de changer la face du thriller horrifique, force est de reconnaître que cette série B emprunte un chemin certes déjà bien pavé, mais qu'il réussit à lui donner une certaine dose d'originalité. Rien de révolutionnaire, donc, pour ce premier film écrit et réalisé par Edward Anderson mais une intrigue construite et ambitieuse, une progression rythmée sans céder à la facilité d'un montage trop découpé, une photographie sombre – cohérente avec le sujet du film- et suffisamment de rebondissements qui permettent de tenir en haleine le spectateur qui sort plutôt content de sa projection.

Rédacteur : Francis Barbier
Photo Francis Barbier
Dévoreur de scènes scandinaves et nordiques - sanguinolentes ou pas -, dégustateur de bisseries italiennes finement ciselées ou grossièrement lâchées sur pellicule, amateur de films en formats larges et 70mm en tous genres, avec une louche d'horreur sociale britannique, une lampée d'Albert Pyun (avant 2000), une fourchettée de Lamberto Bava (forever) et un soupçon de David DeCoteau (quand il se bouge). Sans reprendre des plats concoctés par William Friedkin pour ne pas risquer l'indigestion.
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