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 FILM INFOS

 Titre original

 TETSUO : THE BULLET MAN

 Année

 2009

 Nationalité

 Japon

 Réalisation

 Shinya Tsukamoto

 Scénario

 Shinya Tsukamoto
 Hisakatsu Kuroki

 Acteurs

 Shinya Tsukamoto
 Eric Bossick
 Akiko Monou
 Yûko Nakamura
 Dwayne Lawler
 Stephen Sarrazin

 

 VIDEOS

 Bande-annonce (Venise 2009)

 

 POSTERS

 
 TETSUO : THE BULLET MAN

 

N d'un pre amricain et d'une mre japonaise, Anthony (Eric Bossick) vit Tokyo avec sa femme (Akiko Monou) et son jeune fils Tom. Une existence sans asprit si l'on excepte la paranoa du pre d'Anthony, scientifique de mtier, qui l'oblige des examens mdicaux rguliers. Un jour, tandis qu'Anthony se balade dans les rues avec son fils, un chauffard fauche l'enfant volontairement. Fou de chagrin et de rage, le corps d'Anthony va peu peu muter en un conglomrat mtallique hriss d'armes feu.

Photo : TETSUO : THE BULLET MAN

Cela fait dj vingt ans que le sisme TETSUO a fait trembler toute la plante cinma. Avec son histoire de salary-man japonais se transformant en tas de mtal, TETSUO imposait une mtaphore incroyable de l'humain peu peu aval par le bton et l'acier de nos villes modernes. La forme, rvolutionnaire, adaptait les principes du cinma exprimental la fiction pour un impact viscral absolument tourdissant. Au travers de ce coup de matre, l'un des cinastes les plus passionnants de notre poque, Shinya Tsukamoto, se rvlait.

Photo : TETSUO : THE BULLET MAN

Trois ans plus tard, Tsukamoto signe TETSUO 2 : BODY HAMMER. Ni suite, ni remake, le film est une variation du mme concept. Non sans provocation, Tsukamoto prsente cet opus comme tant le mme film mais avec de la couleur. Plus orient science-fiction, le film travesti pourtant l'ide de base en se concentrant sur des hommes se mtamorphosant, certes en mtal, mais surtout en armes de guerre. Les bras mutent en canon, les torses accueillent des mitrailleuses, tandis que le hros du film finit l'tat de tank prompt raser la ville. Mme si TETSUO 2 s'est rattach avec le temps au statut culte du premier film, cette squelle n'avait pourtant pas reu, l'poque, le succs escompt.

Photo : TETSUO : THE BULLET MAN

Alors que Tsukamoto construit la suite de sa carrire sur des histoires plus ancres dans le rel, TETSUO 3 a longtemps t un fantasme rclam par les fans toujours plus nombreux de son diptyque cyberpunk. Quentin Tarantino lui-mme tente de co-produire un remake amricain appel FLYING TETSUO. Le film ne se fera jamais et Tsukamoto continuera de tourner ses films au Japon. Alors qu'il attaque les prises de vue en 2009 d'un film intitul THE BULLET MAN, Tsukamoto estomaque ses fans en rvlant sur le tard qu'il s'agit bel et bien de TETSUO 3. Tourn en langue anglaise, le film se droule cependant Tokyo. La majorit du casting reste japonais, mais le rle principal est confi un occidental quasiment inconnu, Eric Bossick. Tsukamoto avoue clairement vouloir s'ouvrir au march international afin de bnficier d'un meilleur budget pour enfin raliser certaines ides folles qui lui taient jusqu'alors interdites via ses maigres financements japonais. Pour autant, TETSUO : THE BULLET MAN ne semble pas avoir bnfici d'une manne financire tant les dcors sont peu nombreux et les effets spciaux toujours aussi artisanaux (ce qui ne pardonne pas avec l'excellente dfinition de la HD dont bnficie le film). Prsent en avant-premire au festival de Venise, TETSUO : THE BULLET MAN reoit de mauvais chos de la part d'un public qui lui semblait pourtant acquis. L'arlsienne s'est elle transform en chec ? La rponse est non. Cet ultime volet de l'homme mtallique est un monstre kintique ultra abrasif la hauteur de la rputation du cinaste. Encore faut-il pouvoir (vouloir ?) vraiment l'encaisser.

Photo : TETSUO : THE BULLET MAN

A l'instar du second opus, il est une nouvelle fois difficile de parler de suite ou de remake tant Tsukamoto reprend certains fils des prcdents films en les faisant voluer de manire plus ou moins radicale. Le scnario est d'ailleurs un vritable collage de rfrences aux deux premiers mtrages : Anthony se transformant en une arme pouvant envoyer des balles de ses nombreux orifices, la mort de son petit garon, l'accident de voiture, le Nmsis du hros jou par Tsukamoto lui-mme (et arborant le mme t-shirt imprim d'une croix), la course en vlo? Le cinaste se permet de plus quelques clins d'œil ses autres films en utilisant un costume issu de NIGHTMARE DETECTIVE ou encore au dtour d'une squence d'automutilation rappelant BULLET BALLET. Nous sommes donc bel et bien en terrain connu, quelques diffrences prs. Srement dans l'ide de ne pas froisser le march amricain, Tsukamoto abandonne les dlires sexuels qui avaient tant marqus les spectateurs des deux premiers TETSUO. Plus grave, le scnario de TETSUO : THE BULLET MAN cherche rationaliser le concept de l'homme se transformant en machine de guerre. Le destin d'Anthony est donc explicit au dtour d'un argument (fragile) de srie B qui amoindrit du mme coup la force mtaphorique du concept. Ajoutons cela des comdiens japonais peu l'aise avec la langue anglaise, et nous tenons un dbut d'explication propos du rejet du film. TETSUO : THE BULLET MAN est narrativement rat !

Photo : TETSUO : THE BULLET MAN

Mais celui qui connat bien les deux premiers TETSUO sait quel point la narration n'a jamais t un argument pour ces mtrages. Les TETSUO sont conus comme des expriences viscrales, triturant le mdium cinma jusqu' l'hystrie tout en densifiant l'espace sonore afin de nous donner l'impression d'tre au premier rang d'un concert de musique nose. L'ambition de TETSUO : THE BULLET MAN est bien de repousser les limites kintiques des deux premiers films encore plus loin. Faisons l'impasse sur les scnes narratives du film, qui ne doivent d'ailleurs pas reprsenter plus de 10% du mtrage. Arrtons-nous sur les scnes fortes, unique justification de ce troisime volet : un gnrique malmenant le comdien principal sous des jets d'eau rythm par un martlement industriel, Anthony attaquant la voiture de son adversaire en la soulevant mains nue et la lardant de balles, ou encore une course poursuite entre les interstices des immeubles de Tokyo. Tsukamoto bouge sa camra encore plus fortement que jamais, acclre son montage jusqu' un niveau d'abstraction jamais atteint, superpose les images entre elles jusqu' ce que le concept de champ / contre-champ n'existe plus. Nous ne voyons parfois plus rien. Mais nous ressentons, toujours plus fort. La grande squence du film, celle qui le justifie totalement, est cette attaque de l'arme dans la maison d'Anthony. Alors en pleine mutation, ce dernier se tord de douleur sous l'effet du mtal compressant sa chair, se colle au plafond et rpond a ses assaillants par une pluie de balles s'chappant de manire anarchique de son corps dcharn, le tout sous les cris de sa femme. La forme ultra abrasive de la squence, qui nous empche de lire clairement l'image, nous fait adopter le point de vu motionnel des personnages : la douleur physique et mentale d'Anthony, la panique de sa femme, la peur des soldats balays par cet adversaire en extrme mtamorphose. La scne devient alors un flux sensitif qui nous emporte compltement, saturant notre regard et notre audition pour mieux nous donner vivre la furie de l'action.

Photo : TETSUO : THE BULLET MAN

TETSUO : THE BULLET MAN est donc une exprience extrme ne pas confondre avec la mode de la shaky cam trs rpandue en ce moment dans le cinma. Tel un artiste abstrait, Tsukamoto sculpte les images et les sons jusqu' aboutir une forme peine figurative mais visant plus que jamais les tripes. D'une dure trs ramasse, un peu plus d'une heure, TETSUO : THE BULLET MAN nous relche puis par son broyeur cinmatographique. Nous retenons du film quelques images parses et mobiles, comme tires d'un cauchemar sous fivre. Nous retenons la musique exceptionnelle de Chu Ishikawa, le complice de toujours, second sur le gnrique de fin par Nine Inch Nails pour un morceau indit. Nous retenons l'excellente performance d'Eric Bossick, dont la froideur bouillonnante se fond merveille dans l'univers trs japonais du cinaste. Nous retenons aussi et surtout un frisson qui nous a parcouru l'chine durant toute la projection. En voulant s'ouvrir au march amricain, Shinya Tsukamoto a paradoxalement livr son film le plus fou et exprimental. Plus qu'un cinaste, Tsukamoto nous prouve chaque film qu'il est un auteur avant-gardiste. TETSUO : THE BULLET MAN est une nouvelle pice passionnante de son œuvre, mme si l'effort demand pour en apprhender positivement les excs sera certainement bien au del de la tolrance du grand public !

Eric Dinkian

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