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 FILM INFOS

 Titre original

 MARTYRS

 Année

 2008

 Nationalité

 Canada /  France

 Réalisation

 Pascal Laugier

 Scénario

 Pascal Laugier

 Musique

 Alex Cortés
 Willie Cortés

 Acteurs

 Morjana Alaoui
 Mylène Jampanoï
 Catherine Bégin
 Robert Toupin
 Patricia Tulasne
 Juliette Gosselin
 Xavier Dolan-Tadros
 Isabelle Chasse
 Emilie Miskdjian
 Mike Chute
 Gaëlle Cohen
 Anie Pascale
 Jessie Pham
 Erika Scott

 

 DVD INFOS

 

Editeur

Wild Side

Format Disque

2 DVD

Durée

92 minutes

Format Image

Format Sonore

Francais

Francais

Sous-titrages

Aucun

 

 SUPPLEMENTS

 •Making Of “Chroniques Organiques” (85mn38)
 • Interview Pascal Laugier (19mn21)
 • Interview Benoit Lestang (13mn54)
 • Anatomie de la Censure (26mn52)
 • Galerie d’affiches
 • Bandes-annonces£
 • Martyrs£
 • Teaser 1
 • Teaser 2
 • Film annonce§
 • Hansel et Gretel
 • Les proies
 • Dorothy
 • Surveillance
 • Outlander§

 

 ON AIME

• La volonté de transgression des codes

 ON N'AIME PAS

• Une écriture chaotique
• Une violence répétitive et lassante
• Une piste DTS confuse

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 POSTERS

 
 MARTYRS

 

Alors, quoi de neuf sous le soleil de la torture cinmatographique ? La sortie franaise en vido de MARTYRS, assurment. Passs les polmiques, les commentaires, la sortie cinma, nous allons pouvoir replonger dans l'univers propos par Pascal Laugier en toute srnit, loin de la foule dchane.

Photo : MARTYRS

L'objet de la premire partie du film est port sur le personnage jou par Mylne Jampano : rdemption d'un tre tortur par la vengeance, un thme trs souvent usit dans le cinma de genre. En cela, on rapprochera la structure de PSYCHOSE o Hitchcock suivait le personnage de Marion Crane avant de s'en dbarrasser brutalement, dviant le rcit vers Norman Bates. Ici, malgr le changement de braquet au bout de 45 minutes et la collision de deux destins, pas de focalisation vers le bourreau mais vers la victimisation du personnage jou par Morjana Alaoui qui prendra le relais jusqu'au final. Le parcours initiatique de la seconde moiti rappelle plutt SAINT ANGE, faisant cho son lieu -un endroit clos la lisire du fantastique-, ses personnages fminins en proie un vnement qui les dpasse et aux rfrences Dario Argento ( qui est ddi le film, par ailleurs) surtout ici l'cho du destin tragique d'Anna Mani dans LE SYNDROME DE STENDHAL.

Photo : MARTYRS

D'un point de vue structurel et narratif, il est dommage que le ralisateur Pascal Laugier cde la facilit de la construction en flash back au bout d'une trentaine de minutes pour expliquer le sentiment de culpabilit de Lucie. Ce qui a tendance alourdir un propos dj bien pesant. De plus, celle qui attaque Lucie fait aussi rfrence directe aux fantmes vengeurs que le cinma japonais a pu nous proposer via JU ON : THE GRUDGE ou encore RING. Mme si le ct disloqu du corps-charnier est impressionnant dans son mode de dplacement et d'expression de violence, l'originalit n'y est pas vraiment de mise. Pourtant, faire bifurquer le rcit plusieurs reprises dans des directions diffrentes afin de surprendre le spectateur fonctionne au niveau de la surprise. Passe celle-ci, il demeure dommage que le dveloppement privilgie l'effet sur l'efficacit. Cette vision sulpicienne du corps supplici en appelle l'œuvre de Georges Bataille sur la thmatique dveloppe mais cet aspect semble ne reprendre que ce qui est voqu en surface dans son livre Le Divin. MARTYRS tente de dvelopper une nouvelle mystique via une dialectique hegelienne mais reste sur le seuil de la porte de ses problmes. Une criture fleur de peau mais bordlique, une construction hasardeuse qui semble d'ailleurs correspondre un tournage prouvant et parfois peu pens (ce que laisse entrevoir certaines interviews dans le making-of sur les difficults rencontres) et des thmes qui partent dans tous les sens. Entre autres, l'inutile besoin de montrer la tentation lesbienne entre les deux hrones si ce n'est de partir sur les rails d'un BUTTERFLY KISS outrancier et qui cde la dviance facile.

Photo : MARTYRS

Une autre chose frappe quant la manire dont le film est propos au spectateur : une direction d?acteur approximative (voir le making-of ce sujet o les actrices semblent assez peu diriges) et une interprtation des comdiennes entre le surjeu et l'hystrie comme seul mode d'expression. Trs peu de nuances : on fonce dans le tas. Ceci coupl des dialogues assez abscons et dclams parfois avec bien peu de conviction. Si l'nergie vidente des actrices principales n'est pas remettre en cause, on a quand mme du mal a comprendre l'acharnement du cinaste sur le corps fminin, vouloir le disloquer ce point. On ne peut s'empcher de penser que le choix scnaristique est forcment teint d'un machisme bienveillant : ce sont uniquement les femmes, et jeunes de prfrence bien sr, qui sont rceptives ce que cherche ce groupuscule sectaire. Pourquoi un tel choix ? Le film n'apporte pas vraiment de rponse, hormis la succession de tabassages et tortures volont sur les corps fminins graciles. Curieux pour un film qui pense poser le questionnement du statut de la violence et de sa reprsentation filmique. Dans le making-of, Mylne Jampano indique que pour une fois, on lui demande d'interprter un hrone forte une vraie et pas un clich de jeune femme soumise et attentiste. Certes, mais Joe d'Amato avait dj fait de Laura Gemser une hrone forte. Ce qui ne l'a pas empch de lui faire subir au gr des EMANUELLE toutes les horreurs possibles et imaginables. Du cinma d'exploitation, mme s'il veut penser, a reste du cinma d'exploitation. Non pas que cela soit un mal, bien videmment. Le neuf, c'est peut tre cela, en fin de compte : la France produit du torture porn qui pense. A mi-chemin entre le film de genre et le film d'auteur : ce qui restera le dilemme tout au long de sa carrire d'un Jean Rollin, par exemple. Ou tente dsesprment de rejoindre l'alibi socio-culturel des affres existentialistes d'un Gaspard No.

Photo : MARTYRS

L'implication sociale apparat galement sous la forme d'une cellule familiale bourgeoise bien sous tous rapports qui se voit explose, au propre comme au figur, de par un retour de flammes du pass. De la bourgeoisie qui exploite la faible jeunesse, corps et esprit. Un argument tragique mi-chemin entre la fable existentialiste et le dgot du vieux, de l'ordre, de l'tabli, du structur. La camra se conforme cet tat de fait et, l'paule du camraman, bouge avec les corps. Pas de syndrome de shakycam, heureusement, mais une camra trs mobile (trop parfois?). Tant l'ide parait intressante sur le papier que son excution filmique file droit vers la grosse caisse. Ca hurle, a casse, a tire, a hurle, a casse, a flingue, a hurle beaucoup plus, a casse beaucoup plus, etc... Si bien que l'aspect social du film disparat totalement au profit d'une imprcation dont on a du mal saisir le fondement. Car n'est pas Pasolini qui veut : le film prend son chemin de croix ds qu'il aborde le cycle d'avilissement.

Photo : MARTYRS

L'empilement de scnes d'automutilations, de massacre au marteau, de longs tabassages en rgle n'apporte hlas rien au rcit, son corps dfendant. Montrer l'insoutenable, oui, mais quel insoutenable ? A quel degr, moi, spectateur, vais-je trouver ce spectacle insoutenable ? En montrant des images supposes l'tre ou en ne montrant rien de tel ? Laisser l'imaginaire faire son travail ? Le cinaste oublie de ce fait une simple maxime trop, c'est trop. Si bien qu'on demeure petit petit anesthsi face cette lente descente dans la folie torturante au lieu de ressentir une quelconque empathie. L'ennui gagne un espace d'expression qu'il ne quittera plus, peut-tre hormis la rapide sublimation du grotesque de la reprsentation quasi-sectaire des derniers arrivants (on notera une Mercedes immatricule dans le Doubs !).

Photo : MARTYRS

Que devons-nous saisir au final ? La torture, c'est mal ? Merci, le peu de discernement chez le vulgus pecum avait saisi. Mais le final demeure plus qu'ambigu l-dessus, cela en devient presque gnant. Dsamorage du mcanisme sacrificiel ? Dconstruction du mythe du martyr ? Pour dompter un tel mythe, Pascal Laugier a au moins compris qu'il fallait plus que de la naphtaline. Mais l'odeur qui s'en dgage reste plus qu'ambigu au final. D'autant plus que le film n'a pas le courage d'aller au bout de son prsuppos et des exrses : nous ne saurons rien du secret !

Photo : MARTYRS

Dans l'entretien qu'il donne dans les supplments du DVD, Pascal Laugier indique que son prcdent film faisait plus rfrence ce qu'il aime au cinma et qu'il a voulu faire MARTYRS dans une sorte d'urgence, un film brut(al), comme pour le coller en pleine figure au spectateur. Il n'empche que certaines scnes font immanquablement penser certaines rfrences filmiques. Quelques exemples : la musique de MARTYRS qui, un moment du film, reprend carrment son compte le thme principal de 28 SEMAINES PLUS TARD de John Murphy. Ou encore le gnrique en simili-images 8mm des annes 70 o l'on pense MASSACRE A LA TRONCONNEUSE version 2003 sur le mode de reprsentation des images documentaires du pass. Et pour les deux jeunes enfants en train de jouer, il s'agit, entre autres, du gnrique de LA DAME ROUGE TUA SEPT FOIS qui vient l'esprit. Ce qui est assez amusant, c'est le parti pris profane de Laugier, en indiquant que le martyr peut tre aussi un tre humain loin de tout discours thologique. Et c'est pourtant BRAINSTORM auquel on pense immanquablement en voyant la scne vers la lumire, mme si le travelling arrire de la scne idoine chez Douglas Trumbull est ascensionnel ? alors qu'ici il est inverse -. Car, bien sr, au bout du tunnel, on voit forcment de la lumire. Dommage, car mme emprunt d'athologie, Laugier n'vite pas le sempiternel clich qui cume le cinma fantastique depuis quelques annes.

Photo : MARTYRS

Relative dception du ct du transfert visuel sur DVD. Une copie assez sombre qui trahit peut-tre en ce sens les conditions difficiles du tournage ? Un certain grain apparat dans les scnes de pnombre (vers 36mn25 ? le fond de l'cran bleut, par exemple). Cependant, on apprcie un joli piqu dans les scnes en extrieur nuit (vers la 41me minute et suivantes), tous comme les contrastes russis. Au global, un rendu honorable, sans aucune griffure ni dfaut de compression. Ct piste sonore, un curieux choix : il est possible d'opter pour un mixage en 5.1 uniquement en DTS. Le Dolby Digital n'est disponible qu'en version stro ce qui disqualifie d'emble les dtenteurs d'amplificateurs dpourvus de dcodeurs DTS. Effet curieux pour une piste DTS plein dbit comme indique l'diteur : si la clart du son est une vidence - et ce sur les cinq canaux avant-arrire -, on ne note pas de soin particulier quant l'espace sonore. Certes les hurlements sont puissants dans tous les canaux, mais l'environnement sonore manque de spatialisation et de prcision. Mme la piste aboutissant sur le caisson de basse reste au plus bas de sa forme. La piste Dolby 2.0 n'apporte rien de plus, bien au contraire, et satisfera uniquement les spectateurs n'ayant pas d'amplis. D'autre part, l'instar de nombreux diteurs franais frileux en la matire, aucune version audio descriptive, pas de sous-titre franais pour les sourds et malentendants. Il serait peut-tre temps de penser celles et ceux qui ne peuvent profiter de l'univers visuel ou sonore d'un film !

Photo : MARTYRS

Ct bonus, pas de Corey Allen aux manettes, mais c'est bien une avalanche de supplments qui s'offre nous sur deux DVD : l'diteur a voulu en ce sens donner une dition trs complte. Si le premier disque contient le film, les projets d'affiches, des films annonces propres l'diteur, c'est le second DVD qui offre les supplments dsirs. Un making-of (appel un peu pompeusement Chroniques Organiques) presque aussi long que le film qui raconte (soit en un seul tenant, soit par choix de dix chapitres : un excellent point) la longue et douloureuse gense du film. Il demeure agrable d'assister un produit qu'on ne sent pas format mais qui laisse libre cours l'expression de chacun des techniciens et autres protagonistes du tournage. L'interview du ralisateur ? qui n'a pas souhait faire de commentaire de son film - est complt d'un entretien avec le regrett Benoit Lestang qui s'tend autant sur les effets spciaux du film que sur sa longue carrire. Enfin, pour raccrocher au wagon de la polmique sur le risque d'interdiction aux moins de 18 ans, un trs intressant documentaire appel l aussi un peu abusivement Anatomie de la censure o viennent s'opposer deux membres de la commission de classification des films ayant des avis divergents afin de faire part de leurs points de vue. Le tout entrecoup d'interventions du producteur, de Pascal Laugier, d'un autre ralisateur inconnu au bataillon et des images assez pathtiques de la manifestation (qui au bas mot a du rassembler une vingtaine de personnes?) pour la dfense du film. Ce qui n'tait pas vraiment ncessaire au regard du contenu de ce bonus-l?

Francis Barbier

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