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 Titre original

 MURDEROCK : UCCIDE A PASSO DI DANZA

 Autres titres

 MURDER ROCK : DANCING DEATH
 SLASHDANCE

 Année

 1984

 Nationalité

 Italie

 Réalisation

 Lucio Fulci

 Scénario

 Gianfranco Clerici
 Roberto Gianviti
 Vincenzo Mannino

 Musique

 Keith Emerson

 Acteurs

 Olga Karlatos
 Cosimo Cinieri
 Claudio Cassinelli
 Ray Lovelock
 Robert Gligorov
 Geretta Marie Fields
 Silvia Collatina
 Giovanni de Nava
 Vittoria Tolazzi
 Carla Buzzanca
 Angela Lemerman
 Belinda Busato
 Christian Borromeo
 Al Cliver
 Lucio Fulci

 

 DVD INFOS

 

Editeur

Shriek Show

Format Disque

2 DVD

Durée

92 minutes

Format Image

Format Sonore

Italian

English

Sous-titrages

English

 

 SUPPLEMENTS

 •Commentaire de Giuseppe Pinori, modéré par Federico Caddeo
 • Tempus Fugit : interviews sur Fulci (28mn)
 • Giuseppe Pinori, directeur Photo: interview (14mn)
 • Portrait de Ray Lovelock (14mn32)
 • Ray Lovelock sur Murderock (22mn)
 • Galerie de photos
 • Bandes-annonces£
 • Shadow : Dead Riot
 • Zombi 2
 • The Being
 • Witchery
 • Murder Rock
 • Hiruko The Goblin
 • Choking Hazard
 • Plaga Zombie : Zona Mutante
 • Rojo Sangre
 • The House of Clocks
 • The Sweet House of Horrors
 • A Lizard in a Woman's Skin
 • Touch of Death
 • Zombi 3
 • City of the Living Dead§

 

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• Un film médiocre sonnant le début de la fin de carrière du réalisateur

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 MURDER ROCK

 MURDEROCK : UCCIDE A PASSO DI DANZA

Il est plus facile de différencier les Teletubbies que les quatre Tortues Ninja. Mais que dire d'un film où seul le nom distingue des personnages à la fadeur extrême ? Dur, dur, comme dirait l'autre. Mais il y a aussi de quoi se demander de quoi sont faits les scénarii. Toi, spectateur, qui entre dans le monde de MURDEROCK, oublie toute logique. Avec un studio de danse investi par un tueur, les danseurs ne trouvent rien de mieux à faire que d'y retourner danser, encore et encore. Et se faire tuer encore et encore. Et ce n'est que le début. D'accord, d'accord...

Photo : MURDER ROCK (MURDEROCK : UCCIDE A PASSO DI DANZA)

Connu également sou le titre de SLASHDANCE, MURDER ROCK - DANCING DEATH ou encore MURDEROCK - UCCIDE A PASSO DI DANZA, MURDEROCK fut l'avant-dernier film de Lucio Fulci à sortir au cinéma en France. Généreusement affublé du «Prix de la Peur» au Festival d'Avoriaz 1986 (on aura du faire peur au jury pour qu'il lui donne le prix, ce n'est pas possible autrement), le film est sorti timidement et a terminé vite fait sa carrière dans les rayons des vidéo clubs.

Photo : MURDER ROCK (MURDEROCK : UCCIDE A PASSO DI DANZA)

Candice (Olga Karlatos), directrice d'une école de danse new yorkaise, voit ses étudiantes se faire tuer une à une. Un mystérieux tueur armé d'une épingle à chapeau les perce en plein cœur. L'inspecteur (Cosimo Cinieri) semble patiner malgré la piste d'une compétition entre les danseuses. Pendant ce temps, Candice est assaillie par un rêve où un homme qu'elle ne connaît pas (Ray Lovelock) la poursuit avec une même épingle à chapeau pour l'assassiner. Le reconnaissant sur une affiche, elle part à sa recherche. Pendant ce temps, les étudiants s'entre-déchirent.

Photo : MURDER ROCK (MURDEROCK : UCCIDE A PASSO DI DANZA)

S'entre-déchirent… Si au moins ils s'étaient déchiré quelque chose, le spectateur aurait été content. Celles et ceux qui apprécient Lucio Fulci vont en être pour leur frais. MURDEROCK est un Giallo musical qui rendrait presque THE WIZ subtil et réaliste. Il manque même le côté mauvais qui peut le rendre drôle au second degré. C'est juste mauvais. Même pas drôle. Si, en fait, il existe un moment drôle. Le générique. Une boite de nuit désertée, peuplée d'une poignée de breakdancers performant pour une caméra surexposée. Le montage est ignoble. On prend sa tête à deux mains en pensant des choses horribles comme «mais c'est quoi ce truc» ou encore «pauvre Lucio, comment es-tu tombé si bas» ou bien «j'ai oublié d'éteindre la lumière». Des choses comme cela, entre gravité et insignifiance. L'heure, justement, est grave. Tentons de survoler ce qui est arrivé.

Photo : MURDER ROCK (MURDEROCK : UCCIDE A PASSO DI DANZA)

Quelques réguliers de Fulci sont au générique. De la sublime Olga «j'ai une écharde dans l'œil» Karlatos de L'ENFER DES ZOMBIES à Cosimo «je suis un docteur, un professeur ou au choix un flic» Cinieri dans MANHATTAN BABY ou 2072 LES MERCENAIRES DU FUTUR, jusqu'à Al «viens sur mon île abandonnée» Cliver de L'ENFER DES ZOMBIES, il y a le choix. On retrouve également le directeur photo de 2072, Giuseppe Pinori, ce qui n'est peut être pas le meilleur choix qu'a pu faire Fulci. Mais on retrouve également Claudio Cassinelli (acteur fétiche de Sergio Martino), Christian Borromeo (TENEBRE) ou encore Robert Gligorov dans le rôle d'un danseur, tout comme il fit dans BLOODY BIRD. Un véritable concentré d'acteurs du film de genre transalpin !

Photo : MURDER ROCK (MURDEROCK : UCCIDE A PASSO DI DANZA)

Pour autant, peu de choses sont recommandables sur MURDEROCK. On voit Fulci abandonner sa créativité visuelle au profit d'un look très en phase avec son époque. Exit la photographie ténébreuse de Sergio Salvati pour FRAYEURS, les contrastes de l'effroi générés dans LA MAISON PRES DU CIMETIERE… on assiste ici au croisement contre-nature de FLASHDANCE, FAME et de AMOUR GLOIRE ET BEAUTE – version pauvre. Se voulant urbain, chic, branché… mais terriblement terne, manquant de relief, au style passe-partout. Comme si le relais entre cinéma et télévision se passait pendant la projection de MURDEROCK. Un film 35mm au goût de téléfilm de la Cinq. Nul doute que le producteur Augusto Caminito (auteur de NOSFERATU A VENEZIA) a voulu faire un cash-in sur le succès de FAME et FLASHDANCE, jusqu'à vouloir piller certaines scènes, notamment celle de la danse en solo avec pluie et lumière flashy à l'appui. Sauf que la chorégraphie apparaît fauchée, datée avant même d'être vue et ne colle pas sur la musique.

Mollesse, que de crimes commet-on en ton nom. Les mots lassent et les maux laissent. MURDEROCK n'a en effet pas de quoi envoyer un épileptique aux urgences. Montage parfois apathique qui tranche avec une vigueur de la camera dans certaines scènes. On semble retrouver par éclairs le génie de la caméra de Fulci. Les scènes de numéros dansés sont filmés de manière énergique (la scène solo à la FLASHDANCE), voire même la séquence d'ouverture, révélant quelques angles de prise de vue intéressants, qu'il s'agisse de plans américains, plongées/contre-plongées (avec une nette emphase sur les postérieurs ou entrejambes féminins. Sacré Lucio.)

Photo : MURDER ROCK (MURDEROCK : UCCIDE A PASSO DI DANZA)

La mise en scène de Fulci fonctionne principalement sur le jeu de miroirs que l'on retrouve tout au long du film. Ceux du studio de répétition, celui présent au-dessus du lit de Candice Norman, avec un plan où on la voit s'éveiller en sursaut d'un cauchemar. On retrouve cette obsession du double, de la dualité de chacun et du reflet dans la majeure partie du film. Les plus perspicaces et les habitués du langage narratif du film de genre auront tôt fait de comprendre la signification de cet appui sur les reflets de l'autre. Fulci cherche à ouvrir une fenêtre sur l'imaginaire face à un sujet trop terre à terre. Evacuées les recoins sales de New-York présents dans L'EVENTREUR DE NEW YORK, son atmosphère putride, ses meurtres quasi rituels, barbares et baroques. Exit l'expérimentation de CONQUEST avec sa photographie brumeuse. Ce qui est demandé ici est autre.

La scène du cauchemar, on l'on voit Candice poursuivie au ralenti à grands renforts de vent par un étranger muni d'un épingle à chapeau, est incontestablement la scène la plus marquante du film. Une sorte de délire visuel du plus bel effet, qui n'est pas sans rappeler en écho la scène d'ouverture du VENIN DE LA PEUR où l'on voit Florinda Bolkan sombrer dans une sarabande érotico-paranoïaque. Même cause, mêmes effets. Ray Lovelock explique d'ailleurs de manière très précise le tournage de cette scène dans son interview présente sur le second disc de l'édition DVD américaine.

Photo : MURDER ROCK (MURDEROCK : UCCIDE A PASSO DI DANZA)

Malgré les intentions de changer le décor, de mixer musique et meurtres, le film est complètement noyé par un scénario idiot, aux rebondissements et meurtres approximatifs doublé d'une interprétation généralement ratée – hormis Olga Karlatos et Ray Lovelock. Il faut voir Geretta Marie Fields (devenue plus tard Janna Ryan dans DEMONI 2 et s'appelant actuellement Geretta Geretta), en véritable clone du rôle de Debbie Allen dans FAME, sanglotante et toute excitée d'avoir failli tuer Candice. En anglais, en Italien ou en français, c'est ridicule et complètement inepte. Les chorégraphies sont asynchrones, les dialogues pauvres… il n'y a guère que quelques plans new yorkais dans le froid et la neige qui donnent une tonalité grisâtre parfois bienvenue dans les scènes d'extérieur.

Hormis les coiffures hideuses et la garde robe discostar, que trouvons-nous ? Des réminiscences de phallocratie galopante de L'EVENTREUR DE NEW YORK. Les victimes sont toutes des femmes qui se retrouvent immanquablement la poitrine dénudée avant la perforation du cœur. Action gratuite mais qui séduira les fans de femmes dénudées à qui l'on fait subir torture et mise à mort. On y voit aussi des chorégraphies disco-rock passablement manquées. On a peine à croire qu'il s'agisse là de la crème des apprentis-danseurs supposés devenir les stars de demain à Broadway ! Comme dit le Syndicat national des femmes de ménage : il faut repasser pour la crédibilité, humidifier pour la repousse et suspendre pour cause de médiocrité ambiante.

Photo : MURDER ROCK (MURDEROCK : UCCIDE A PASSO DI DANZA)

Disco-rock, nous y voilà. La nature tressautante de la bande son est due à Keith Emerson. Bien connu des amateurs de cinéma italien pour avoir composé la musique d'INFERNO de Dario Argento, mais également quelques morceaux de LA CHIESA et du récent GODZILLA FINAL WARS. On apprend au détour grâce à Ray Lovelock dans un bonus du second disque du DVD américain que si le budget du film était plus conséquent que les films suivants de Fulci, la majeure partie de l'argent alla à Keith Emerson pour la composition de la musique. Cette partition pondue par Emerson est une insulte au bon goût, un triturage disco-postmoderne des plus effroyables. Teinté toutefois d'un plaisir masochiste qui peut encapsuler les tremolos répulsifs les plus insondables. Votre serviteur possède d'ailleurs le 33 tour depuis plus de vingt ans. Allez savoir, après ça, où se niche le curseur de ce qui est immuable ou pas.

Photo : MURDER ROCK (MURDEROCK : UCCIDE A PASSO DI DANZA)

Coiffures choucroutées, musique débilo-profondikoum, Olga Karlatos, poitrines nues et dorées, Al Cliver avec des lunettes, tremblements de chair… on devrait être heureux d'une telle débauche de bisserie. Mais voilà, le spectateur regarde sa montre et il est fous le camp moins le quart. Fulci reste trop sage. Il emballe son final sans trop y croire et assène les révélations en tenant héroïquement le visuel loin de tout coup de théâtre. On sent pourtant le soin du détail : les télévisions qui s'allument et projettent les images de jeunes assassinées en train de danser, Olga Karlatos qui donne tout son possible de terreur, la symétrie du placement des acteurs devant la caméra… mais rien n'y fait. On suit le final sans passion, sans pression, sans peur et avec beaucoup de reproches. Et surtout, une absence de plans sanglants, jusqu'à là marque de fabrique du maître. Une exigence de production sans aucun doute. Il demeure évident qu'aucun apport sanglant supplémentaire n'aurait eu une quelconque influence rédemptrice sur ce film.

Photo : MURDER ROCK (MURDEROCK : UCCIDE A PASSO DI DANZA)

La version italienne est étouffée et s'avère pénible à écouter. Un mono sur deux canaux qui trahit une qualité douteuse. On remarquera que la musique du générique de fin est différente de celle de la version anglaise. Version anglaise qu'on préférera mais qui n'est pas non plus la panacée. La diffusion sur deux canaux est également médiocre, même s'il s'agit d'un mixage en stéréo. Du fait du manque de certains sons, soit à gauche, soit à droite, cela créé parfois un déséquilibre flagrant dans la piste sonore (surtout notable dans la deuxième partie du film). Un commentaire du chef opérateur, modéré par Federico Caddeo, est la troisième piste disponible, accessible depuis le menu de configuration. Elle vaut surtout pour les souvenirs assez précis de tournage et l'habileté de Federico Caddeo à pointer certaines anecdotes sur le casting et, surtout, à faire parler Giuseppe Pinori du film et de son travail avec Fulci. Il faut patienter un peu car cela a un peu de mal à démarrer ! A noter la présence de sous-titres anglais un plus pour les non familiers de la langue italienne.

Même si l'on peut reconnaître un certain soin apporté à certains éclairages, la photographie d'origine ne donnait pas dans le superbe auquel Salvati nous avait habitué. Mais le télécinéma s'avère passable. Pas de griffures, pas de souci de compression, ce qui est déjà un plus. Les bleus ressortent cependant bien (notamment dans les scènes d'attaque dans les douches et le final avec les télévisons), avec des contrastes sur les noirs d'un bel effet. Hormis les plans de coucher de soleil sur New York et même avec les tentatives de lumières changeantes qui s'allument/s'éteignent au gré du décor pendant les meurtres, la copie est plutôt terne, offrant une patine très télévisuelle.

Photo : MURDER ROCK (MURDEROCK : UCCIDE A PASSO DI DANZA)

Le deuxième disque apporte toutefois une cohorte de boni qui vient à point nommé supplanter la déception de la vision de cet opus Néo-Moroder. Le plus alléchant demeure l'entrevue avec Ray Lovelock (en italien sous-titré anglais). Un acteur en forme, parlant avec beaucoup de sérénité de son parcours et peu avare en commentaires à propos du tournage de MURDEROCK. Les conditions hivernales, les relations avec l'équipe… Nous sommes gratifiés d'une première partie sur sa carrière (14mn32) et d'une deuxième (22mn) sur le film lui même. Des commentaires précieux et riches, dommage que la caméra ait été placée si près de l'acteur, ce qui rend la vision parfois pénible de ces deux documentaires sans compter que Ray n'est vraiment pas mis en valeur.

Tempus Fugit est un autre documentaire à la gloire de Fulci, regroupant plusieurs personnes ayant travaillé de manière plus ou moins directe avec le maître. Ce qui vaut quelques approximations de la part de certains (Claudio Argento, à 6mn57) ou des appréciations plus ou moins véridiques sur la valeur des relations entre Fulci et ses équipes. La vision de ce documentaire est quelque peu perturbé par un visuel assez curieux, donnant des effets de rémanence et comme si l'image tressautait (visible, par exemple, lors de l'interview du scénariste Antonio Tentori, lorsqu'il agite ses mains face à la caméra). Enfin, Portait of Giuseppe Pinori (14mn07), le directeur photo, apparaît comme plutôt redondant si l'on a déjà écouté jusqu'au bout le commentaire du premier disque. Même si la sympathie l'emporte (Giuseppe Pinori est un érudit à entendre avec énormément de plaisir), il vaut mieux ainsi se raccrocher à ce commentaire audio, beaucoup plus riche en anecdotes et précis concernant le tournage. Et pourquoi toujours ces très gros plans qui n'apportent rien au spectateur, si ce n'est de l'inconfort ? On finira la promenade cinéphilique en compagnie d'une galerie de jaquettes internationales (dont la superbe affiche française et la jaquette de l'édition VHS de chez GCR) relatives au film.

Comme toujours, les jaquettes de chez Shriek Show font preuve d'approximation. Aucune indication d'éventuelle piste stéréo ou mono (on sait juste qu'il y a une piste anglaise, italienne et un commentaire). La durée est «à peu près» de 90 minutes. Pourquoi ne pas simplement indiquer la durée totale ? Par ailleurs, la jaquette de ce Zone 1 est en fait le même visuel utilisé dans plusieurs pays dont l'édition Zone 2 japonaise. A la différence près que la jeune fille est ici habillée. Hypocrisie ?

Photo : MURDER ROCK (MURDEROCK : UCCIDE A PASSO DI DANZA)

Tout le talent et la méchanceté de Fulci ont ici été éviscérés. Tout est parti avec le dernier baquet d'intestins de L'ENFER DES ZOMBIES. Alors… Que reste-t-il de nos amours ? Que restent de ces beaux jours ?. Des meurtres timides. Une histoire jetée par la fenêtre. Des acteurs parfois hagards. Du breakdance (la séquence générique, un grand moment) dont même Menahem Golan n'aurait pas voulu. MURDEROCK aurait pu même s'appeler Lucio Disco ou Mélodie Fulci. Sur une jaquette, c'est certes beaucoup moins accrocheur que «du réalisateur de ZOMBI 2 et de L'AU-DELA».

Francis Barbier

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