SUSPIRIA - Chronique/Critique/Review Film & DVD (http://www.devildead.com)
SUSPIRIA

SUSPIRIA


Suzy, une jeune américaine, s'est inscrite à l'Académie de Danse de Fribourg. Elle arrive au pensionnat par un violent orage et y croise une jeune femme terrorisée qui s'enfuit dans la nuit.

Dario Argento s'avère être un véritable esthète, un artiste qui traite l'image de façon quasi obsessionnelle : aucun détail du film n'est laissé au hasard. Tout a été chorégraphié, orchestré, mis en scène, pour faire de SUSPIRIA une œuvre d'art digne de ce nom. Une tenture, un bibelot, un simple objet de décor trouvent ici une dimension nouvelle, caressés ou brutalisés par la caméra., qui tantôt effleure délicatement, tantôt blesse sauvagement. Le choix des matières lui-même semble avoir été soumis à une intense réflexion : des voiles richement brodés dissimulent Suzy, dans la scène où elle franchit la porte, alors que de simples voiles transparents auraient pu faire l'affaire. Idem pour le couloir rouge, paré d'une panne de velours grenat ou encore la corde à linge, où les bas accrochés de part et d'autre d'une nuisette apportent une certaine sensualité à une scène pourtant particulièrement inquiétante.

Ce film est oppressant, aussi bien dans les scènes de meurtre que dans les scènes les plus anodines. Cela tient en grande partie, je pense, au choix des acteurs. Outre des physiques peu communs pour ce qui concerne le corps enseignant et le personnel, les jeunes femmes excellent dans l'art de jouer la frayeur absolue. Même dans des séquences intermédiaires, leurs visages sont torturés, hantés semble t'il par ce qu'elles osent à peine imaginer.

Le vernis s'écaille au fur et à mesure, laissant peu à peu la place à la véritable identité des membres de l'équipe pédagogique. Pa exemple le professeur de danse, une femme d'allure austère dont l'irascibilité explose sans qu'on s'y attende à l'égard de l'aveugle. A cet instant précis, tout son venin, toute sa violence contenue font d'elle une espèce de furie qui s'oublie devant ses élèves. Elle se ressaisira rapidement mais on n'oubliera pas cette rage contenue.

L'angoisse est permanente, décuplée par des morceaux de musique contemporaine assortis de chants parfois lyriques mais le plus souvent cacophoniques, évoquant davantage des cris de souffrance ou de désespoir. Tout au long du film, cette musique va et vient de façon anarchique. Elle démarre de façon inatendue, pour s'arrêter subitement, ajoutant à l'inquiétude du spectateur, qui de ce fait ne peut pas réellement prévoir les scènes violentes. En effet, la logique du cinéma d'épouvante veut que la musique amène progressivement la scène de meurtre, prédisposant le public au drame. Ici par contre, on n'a aucun repère.

Le disque édité en Grande Bretagne présente la version anglaise en Stéréo du film. Toutefois, l'image est de loin inférieure à celle de l'édition française. Il s'agit d'un transfert 4/3 (en 2.35) qui semble sortir d'une cassette VHS. La version française, quant à elle, ne présente que quelques imperfections relatives aux arrières plans, qui fourmillent de détails.

Version française
Version anglaise

 


Bien sûr, il serait inconcevable de prétendre décrire ce film sans parler de la couleur, l'un des éléments les plus marquants. En effet, on assiste à une explosion de teintes, tantôt outrageusement criardes, tantôt désespérément blafardes, rappelant à l'envi la chair à vif et la putréfaction. Le rouge, toujours synonyme de violence, voire de mort, est omniprésent. Il semble décliné à l'infini, nous préparant dès les premières minutes à vivre la fureur inouïe que dissimule l'école de danse, sous ses airs d'établissement de renom pour jeunes filles de bonne famille. La façade, les couloirs, les lumières, les assassinats particulièrement sanglants, autant de possibilités pour Argento de répandre cette teinte sur sa palette et d'en utiliser toutes les variantes possibles.

Que dire des jeux d'ombres et de lumières, dont la parfaite maîtrise contribuent à donner à ce film une dimension spectaculaire, à en faire un bijou brillant de mille feux... Les visages sont illuminés d'une façon telle qu'ils évoquent je ne sais quelle force, divine ou maléfique...

La géométrie des lieux elle-même est dérangeante, nous laissant décontenancé par l'absence de rythme que cela implique. En effet, un plan symétrique suivi d'un plan totalement décalé, évoquent efficacement l'absence de logique d'un rêve, idée entretenue tout au long du film. Dario Argento avoue d'ailleurs avoir été inspiré, dans toute son oeuvre, par son enfance esseulée, et plus particulièrement par les cauchemars qui hantaient ses nuits. SUSPIRIA dans son traitement, en est un exemple parlant. Le réalisme laisse la place au délire, suggérant avec une grande maîtrise cette impression d'impuissance que l'on ressent souvent face aux dangers qui nous poursuivent dans nos propres cauchemars.

Il est impossible d'imaginer reproduire la Chapelle Sixtine, par exemple, en y ajoutant des éléments contemporains. Il en est de même pour SUSPIRIA. Pourtant, Dario Argento, dans l'interview présentée sur le disque nous apprend que les Américains, ces grands farceurs, ont envisagé de faire un remake de ce film. On pense non sans effroi à ce film adapté par Hollywood, et on prie le ciel que ce projet n'aboutisse jamais. On n'adapte pas SUSPIRIA, comme on le ferait de TROIS HOMMES ET UN COUFFIN ou LA TOTALE.

Il s'agit assurément d'un travail accompli qui réunit à lui seul la peinture, l'architecture, la musique et le cinéma, pour le plus grand plaisir de ses spectateurs. Dario Argento y manie avec une rare dextérité tous les ingrédients nécessaires à la composition d'une œuvre d'art voire d'un véritable chef-d'oeuvre. On ne regarde pas SUSPIRIA, on le vit d'un bout à l'autre, les sens en éveil, emmerveillé et bouleversé par cette succession de tableaux qui aurait aussi bien pu être une toile de maître, plutôt qu'une œuvre cinématographique.

Nadia Derradji

ON AIME
L'ambiance générale

L'esthétique
La musique


ON N'AIME PAS
...

Meilleures scènes

  • La mort de Pat
    (Chapitre 2 [7'03])
  • L'aveugle sur la place déserte
    (Chapitre 7 [48'51])
  • La mort de Sara
    (Chapitre 8 [57'16])
  • Le bouquet final
    (Chapitre 10 [1'22'42])
Année : 1977

Durée : 94 minutes

Acteurs :
Jessica Harper
Alida Valli
Joan Bennett

Miguel Bose
Udo Kier

Réalisateur :
Dario Argento

Scénario :
Dario Argento
Daria Nicolodi

Musique :
Goblin

Format disque :
Double Couche

Format Image :

Format sonore :
Français : 
Italien : 

La bande-son française est en Stéréo. La version italienne en Mono mais codée sur deux canaux.

Sous-titrage :
Français

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