La fiancée de Frank, très malade, succombe aux maléfices
d'une vieille sorcière à la solde de la gouvernante de
l'inconsolable jeune homme. Ne pouvant se résoudre à la
voir disparaître à tout jamais, rongée par les vers
à six pieds sous terre, il décide de voler son corps et
de l'embaumer, afin de la garder auprès de lui pour toujours.
La taxidermie étant sa marotte, il connaît les secrets
de cette pratique peu ragoûtante, si l'on s'en tient à
la vision de celle qu'il pratique sur feu sa bien-aimée. La gouvernante,
avec qui il entretient une relation plus qu'équivoque, a désormais
le champ libre pour s'approprier ce coeur brisé, et si possible
la fortune dont il est l'héritier.

Drôles de personnages,
que cette gouvernante acariâtre, et ce bellâtre passionné
de taxidermie, amants et complices des pires atrocités, sous
la caméra presque obscène de Aristide
Massaccesi, alias Joe
d'Amato. Celui-ci, qui a longtemps sévi dans le cinéma
érotique, notamment avec la série des BLACK
EMANUELLE, se tourne vers la fin des années 70 vers un
créneau plus licencieux, le cinéma d'horreur. Après
quelques timides tentatives de scènes gores dans ses précédentes
réalisations à tendance érotique, il franchit un
pas de géant en portant à l'image l'un des thèmes
les plus sacrilèges qui soient, sous couvert d'une histoire d'amour
romantique. BUIO OMEGA commence d'ailleurs comme un film nostalgique,
plein d'une poésie mélancolique, après le décès
de la jeune femme. Mais subitement, le personnage principal perd tout
sens commun, comme s'il venait tout juste de prendre conscience de ce
que représente vraiment cette disparition. La fin de son amour.
Pour le préserver, il va réaliser l'inconcevable.

Joe
d'Amato n'est pas réputé pour sa délicatesse,
et encore moins pour son art de la suggestion. Ne disposant que de budgets
réduits, il prend le parti d'en montrer un maximum, afin de se
garantir un tant soit peu l'intérêt du public. BUIO
OMEGA ne fait pas exception à cette règle. Entre une
autopsie excessivement écoeurante, et une crémation en
direct live dans un four, on pourra aussi assister au démembrement
total d'un corps, pratiqué à la hache par Isis, la gouvernante
qui n'a d'agréable que le prénom. On pourra tout à
loisir remarquer ici ou là un sein sortant d'un corsage, une
femme gironde totalement nue, une ou deux caresses sans équivoque,
preuve que d'Amato ne peut rompre complètement avec son genre
de prédilection. Mais BUIO OMEGA, loin d'être une
débauche de scènes érotiques, reste avant tout
une démonstration étonnante de scènes saignantes
et douloureuses, frisant parfois l'excès. Ainsi, les organes
extirpés du corps de la défunte sont surexposés
à la vue du spectateur, qui en fera l'inventaire en même
temps que Frank. Après les intestins, les poumons, et d'autres
organes non identifiés, il arrache enfin le coeur de celle qu'il
a aimée et en croque un morceau au passage, ce qui achèvera
de provoquer la répulsion du public. Ce geste, acte de cannibalisme
évident, est en même temps un symbole de l'amour absolu
qu'il éprouvait pour Anna. Sa douleur est telle que la morale
n'a plus cours, comme le prouve la suite de cet évènement.

L'amour au-delà de
la mort, on serait tenté de rapprocher cette idée de la
nécrophilie. Ce n'est pas exactement le cas dans BUIO OMEGA.
Dans le sens où le personnage principal ne passe pas à
l'acte avec sa bien-aimée, définitivement refroidie. La
seule scène à connotation sexuelle la mettant en scène
se rapproche plus de l'un des passages de LISA
ET LE DIABLE de Mario
Bava. En tout cas, le sujet n'est pas traité à la
façon du crapoteux NEKROMANTIK.
N'oublions pas non plus que l'histoire passe du drame macabre à
une pseudo histoire policière. Ceux qui s'approchent un peu trop
près de la dulcinée empaillée sont éliminés.
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Le titre du film BUIO
OMEGA a fait l'objet de plusieurs traductions dont aucune ne rend
le sens original, comme c'est trop souvent le cas. La lettre Omega,
qu'on pourra remarquer sur le véhicule des pompes funèbres,
symbolise la fin, d'après la parole de Dieu "Je suis l'Alpha
et l'Omega" je suis le début et la fin de toutes choses.
Alors que "Buio" signifie en gros " les ténèbres
". Dès lors, on s'interroge sur la signification de BLUE
HOLOCAUST, mais plus encore sur celle de la première version
américaine, BURIED ALIVE (littéralement "Enterré
vivant"), qui n'a plus aucun rapport avec le propos du film. Le
titre qui rend plus fidèlement hommage à l'original est
encore celui utilisé sur ce DVD hollandais ainsi que celui du
futur DVD américain. BEYOND THE DARKNESS restitue bien
la noirceur du contexte, et l'idée que l'amour du personnage
principal va bien au-delà de la mort de sa compagne.

Petite déception à
propos de l'image. Si on a vu bien pire, le transfert date un peu. On
peut voir un grand nombre de défauts de pellicule et la compression
n'est pas parfaite. Mais, à première vue, Italian Shock
nous propose une version non censurée du film, ce qui devrait
ravir les puristes. Il existe en effet une version du film aux Etats-Unis
qui a été quelque peu écourtée, pas spécialement
sur les passages gores, d'ailleurs. Il faudra aussi être anglophone,
car la bande son n'est proposée que dans cette langue, et seulement
accompagnée d'un sous-titrage hollandais. Certains passages souffrent
d'un doublage de qualité très moyenne, comme c'est souvent
le cas sur des productions italiennes qui ont été post-synchronisées
ensuite. Vous serez obligé de monter le son à un niveau
non négligeable pour bien saisir les dialogues puisqu'ils sont
un peu noyés par le reste de la bande-son. La musique des Goblin
se détache quant à elle plutôt bien.

Les bonus sont un peu maigres.
Passée la bande-annonce et une bio/filmographie (sélective)
de Joe D'Amato, on
se retrouve face à une galerie de photos. On notera la présence
des photos d'exploitation françaises fournie par nos soins à
l'éditeur dans cette galerie comprenant pas mal d'autres clichés.

Le rythme de BUIO OMEGA,
son atmosphère alourdie par le passé qu'on imagine volontiers
scabreux des protagonistes, et leurs relations ambiguës, confèrent
à l'ensemble un style à part, entre le psycho-drame et
l'horreur pure. Une curiosité.
Nadia
Derradji

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