Pendant l'inquisition, une sorcière et son amant sont suppliciés.
Ultimes sévices, on leur appose au fer rouge la marque de Satan
avant de leur planter le masque du démon sur le visage. Deux
cents ans plus tard, les habitants de la région craignent toujours
le retour de la sorcière

Pendant de longues années,
Mario
Bava s'illustrait au sein de la production cinématographie
italienne comme chef-opérateur et directeur de la photo. Il travaille
ainsi avec de grands noms ainsi que des réalisateurs bien moins
prestigieux sur toutes sortes de métrages du drame au film d'aventure
en passant par des péplums. Si doué qu'il lui arrive même
de fignoler des films pour que le réalisateur en titre en récolte
les mérites. Ou même, plus fort, il termine quelques films
en raison de problèmes entre la production et le réalisateur
en titre. C'est d'ailleurs sûrement pour cette raison que la maison
de production Galatea lui donne la possibilité de réaliser
un premier film. Il faut dire que Mario
Bava venait de sauver les tournages de LA BATAILLE DE MARATHON,
où Jacques Tourneur s'était enlisé, ainsi que celui
de CALTIKI
LE MONSTRE IMMORTEL. Ce qui nous mène à la naissance
du MASQUE DU DEMON.

Il est très clair
que le film s'engage dans la mouvance lancée par la Hammer quelques
années plus tôt. Toutefois, LE MASQUE DU DEMON sera
tourné en noir et blanc, ce qui tranche avec le renouveau du
cinéma horrifique, à cette époque-là, se
faisant avec une explosion de couleurs. Un choix étrange de prime
abord mais qui a dû sauver le film tant celui-ci est violent graphiquement.
On n'imagine mal à l'époque certaines séquences
dont le rouge sang aurait immédiatement posé d'énormes
problèmes de distribution. Ce qu'il a de toutes façons
connu puisqu'il s'est vu purement interdit de séjour dans certains
pays alors que dans d'autres, des coupes furent demandées. Encore
aujourd'hui, pas mal de passages du film sont particulièrement
horribles ne serait-ce que l'une des premières scènes
du film qui vous cloue littéralement sur votre siège à
coup de maillet pendant qu'une sorcière, Barbara Steele, embrasse
le fameux masque du titre !

Au delà de sa simple
violence, dès les premières images, LE MASQUE DU DEMON
vous plonge dans une ambiance captivante et morbide à souhait.
L'utilisation du noir et blanc y est aussi pour beaucoup. Alors que
l'on reconnaîtra plus tard le travail de Mario
Bava avec ses couleurs, ici il nous prouve que tout n'est que jeu
d'ombre et de nuances. D'ailleurs, un très grand nombre des effets
spéciaux ne sont justement que des jeux d'éclairage ou
de reflets. Des trucs rudimentaires fonctionnant toujours à merveille,
comme la métamorphose de la sorcière ou une apparition
extraordinaire de Javutich. Seules les séquences à base
d'effets spéciaux ne suffiraient pourtant pas à expliquer
le succès du MASQUE DU DEMON. C'est tout le talent d'un
réalisateur que l'on retrouve ici dans la façon d'amener
les scènes et surtout de les filmer. De bout en bout, la vision
du MASQUE DU DEMON est un pur "bonheur" se permettant
même, une fois dans l'ambiance, d'être inquiétant
!

Mario
Bava deviendra rapidement synonyme de "Macabre". De tous
ses films, LE MASQUE DU DEMON est très certainement le
plus réussi. Dans un grand nombre des films qui suivront, on
ne pourra s'empêcher de noter une parenté dans les situations
ou évènements avec LE MASQUE DU DEMON. Prouvant,
s'il en était besoin, que Mario
Bava est un auteur. Un homme qui intégrera sa vision dans
presque tous ses films pour obtenir une uvre homogène à
défaut d'être toujours égale en qualité.
Ainsi, quel que soit le genre ou presque, il y a un côté
morbide, cruel ou macabre qui s'en dégage toujours dans une esthétique
quasi irréprochable. Même lorsqu'il épure sa façon
de filmer et ses paysages, à la fin de sa carrière, on
y retrouve les mêmes obsessions.

LE MASQUE
DU DEMON débute et scelle aussi ce qui sera la carrière
de Barbara Steele.
Devenant avec ce film puis avec LA
CHAMBRE DES TORTURES, l'une des grandes égéries
du fantastique. Comme d'autres acteurs et actrices, ces deux rôles
l'auront tellement marquée qu'il lui sera quasiment impossible
de sortir de ce carcan. En quelque sorte prisonnière du MASQUE
DU DEMON, elle incarnera presque inlassablement les femmes tourmentées
ou manipulatrices, allant souvent jusqu'à interpréter
les deux dans un même film.

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Pas de transfert
16/9, il faut se contenter d'une image 4/3 mais proposant tout de même
le film dans un format cinéma. Contrairement à ce qui
est indiqué sur la jaquette, d'après nos tests, l'image
ne présente pas un format 1.66 mais plutôt du 1.85 ce qui
ne respecte pas exactement le format d'origine. Bien que normalement
en noir et blanc, on notera le titre en lettrage rouge au début
du film qui laisse supposer que la version du film n'est pas exactement
celle d'époque. D'après le générique final,
l'image provient probablement d'une version américaine puisque
le nom de Les Baxter apparaît en tant que compositeur au côté
de Roberto Nicolosi alors que le titre s'inscrit en italien. Enfin,
un copyright "2000" clot le film tout en indiquant qu'il s'agit
d'une version produite par Alfredo Leone, le producteur, et l'on s'aperçoit
à cet endroit que les barres noires mangent un peu de l'image
(comme expliqué plus haut de manière technique). Il est
donc plus que probable qu'il s'agisse du même transfert utilisé
pour le DVD américain ! Le transfert en noir et blanc devrait
être immaculé mais l'on aperçoit des traces colorées
(quelques traces rougeâtres mais surtout du vert qui s'insinue
autour de presque tous les détails) donnant un effet de moirage
qui pourrait être dû à un problème durant
le processus menant du master utilisé vers le DVD. Il faudra
quand même se pencher sur l'image et se focaliser dessus avec
attention pour le noter.

On ne sait trop pourquoi
mais le disque ne propose qu'un doublage anglais et un doublage français.
Pas de trace de la version italienne. Rappelons tout de même que
la quasi intégralité des films italiens étaient
à ce moment-là post-synchronisés après le
tournage en versions italienne et anglaise pour l'exportation. De plus,
il n'était pas rare que certains acteurs ne parlent pas la même
langue sur le tournage. D'où une nécessité de passer
par la case doublage. Il n'existe donc pas vraiment de version originale
officielle. Parmi les deux doublages proposés, nous avons tout
de même une préférence pour la version anglaise
même si par moments elle donne l'impression d'être désynchronisée
tellement les mouvement des lèvres des acteurs ne correspondent
pas aux paroles. Qu'importe, ce défaut ne gêne en rien.
Le film passionne malgré cela !

Mario
Bava n'étant plus de ce monde, il n'était pas possible
de lui demander de faire un commentaire audio. Les américains
ont pourtant réalisé un tel bonus en demandant l'aide
d'un spécialiste de Mario
Bava (Tim Lucas de Video Watchdog). Une idée intéressante
que l'on ne retrouvera pas ici. Tout comme la galerie de photos ou la
bande-annonce, deux autres bonus réservés à l'édition
américaine. L'édition française du MASQUE DU
DEMON se contente donc de nous présenter un long texte sur
le film ainsi qu'une biographie du réalisateur. Bien rédigés,
les deux sont présentés avec un système déroulant.
Ajoutons à cela une filmographie du réalisateur et puis
rien de plus !

Voilà qui s'avère
décevant mais il faut tout de même ajouter que Films Sans
Frontières n'a pas les moyens financiers de produire pléthore
de bonus. Surtout en ce qui concerne un film, même s'il s'agit
d'un chef-d'uvre, à la diffusion fort limitée commercialement.
Car ce n'est pas la moyenne des acheteurs de LA
MENACE FANTOME qui risquent de se jeter sur un film ancien,
en mono et qui plus est en noir et blanc ! La réalité
du marché est ce qu'elle est. Soyons déjà contents
que LE MASQUE DU DEMON sorte enfin en France sur DVD !

N'ayons pas peur des mots,
LE MASQUE DU DEMON est un chef d'uvre indémodable.
Film fort au moment de sa sortie celui-ci garde, quarante plus tard,
une charge émotionnelle non négligeable ! A la place de
se jeter sur le dernier blockbuster bourré de pognon, on ne saurait
trop vous conseiller d'acheter en priorité LE MASQUE DU DEMON.
Et rêvons un peu, si les ventes sont bonnes, peut-être que
le cinéma fantastique, le vrai, sortira de l'ornière éditoriale
où il se trouve depuis longtemps en France pour les éditions
DVD !
Christophe
"Arioch" Lemonnier

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