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 FILM INFOS

 Titre original

 CALVAIRE

 Autres titres

 ORDEAL, THE

 Année

 2004

 Nationalité

 Belgique /  France

 Réalisation

 Fabrice Du Welz

 Scénario

 Fabrice Du Welz
 Romain Protat

 Musique

 Vincent Cahay

 Acteurs

 Laurent Lucas
 Jackie Berroyer
 Philippe Nahon
 Jean-Luc Couchard
 Brigitte Lahaie
 Gigi Coursigni
 Philippe Grand'Henry
 Jo Prestia
 Marc Lefebvre
 Alfred David
 Alain Delaunois
 Vincent Cahay
 Johan Meys

 

 DVD INFOS

 

Editeur

Format Disque

Double Couche

Durée

90 minutes

Format Image

Format Sonore

Francais

Francais

Francais

Sous-titrages

English

 

 SUPPLEMENTS

 •Commentaire audio de Fabrice Du Welz
 • Making Of (27mn)
 • Bande-annonce
ʥ Quand on est amoureux, c'est merveilleux (Court-m̩trage - 23mn)

 

 BONUS CACHES

Galerie de polaroïds avec Brigitte LahaieÂ
Sur le menu des suppléments, déplacez-vous sous "Court-métrage".

 ON AIME

• L’ambiance inquiétante du film
• Le travail sur le son et l’éclairage

 ON N'AIME PAS

• ...

 VIDEOS

 Bande-annonce

 
Sophie (chainsow@free.fr)
cacahuète aperçue sur ce petit chef d'oeuvre jouissif: lorsque Bartel se regarde dans la glace avant de rejoindre son aimé(e), on voit le bras du cameraman tout à droite (la nôtre) dans la glace ;-)

 CALVAIRE

 

En route vers sa prochaine prestation scnique, le chanteur de varit Marc Stevens tombe en panne dans une fort. Un homme va lui indiquer une auberge, se situant un peu plus loin, o Marc se rend. L'aubergiste, Paul Bartel, voit en lui l'ombre de son ex femme et va squestrer le chanteur, son obsession les conduisant vers une invitable folie deux.

Photo : CALVAIRE

CALVAIRE est le premier long mtrage de son ralisateur, Fabrice Du Welz, dont le curiculum vitae se rsume un film d'animation (en 1997) et un court mtrage prsent sur le DVD franais. Le film a ncessit trois ans de prparation pour seulement 35 jours de tournage. Le rsultat est un impressionnant mlange de survival et d'horreur psychologique dans l'esprit de MASSACRE A LA TRONCONNEUSE ou des CHIENS DE PAILLE. Suite un passage Cannes trs remarqu en 2004, il obtint en 2005 le Prix du Jury Grardmer, le "Prix trs spcial" puis, toujours en 2005, ce fut le Grand Prix au Fantastic Film Festival Amsterdam. Couronn de toutes ces bonnes choses, le film dbarqua sur les crans franais en mars 2005. Cependant, sa trs faible distribution (moins de 10 salles sur tout le territoire) ne lui assura pas un norme succs. Esprons que la sortie DVD rparera cette injustice.

Photo : CALVAIRE

Ds les premires images, le ton glauque et prouvant du film est donn. Marc Stevens chante dans un hospice o tous les fantasmes convergent sur lui, de l'infirmire aux femmes ges. De la scne, il plonge son regard dans le leur, donnant l'impression de n'exister que pour elles. Leur tristesse et solitude fond comme glace au soleil la simple vue de cet homme pourtant si effac. Il fait merveille ce qu'on attend de lui. C'est un tre passif qui le restera jusqu'au bout malgr ses quelques actes de rbellion irrflchis et surtout vains. A son dpart, l'infirmire s'accroche lui comme une adolescente. En suivant son vhicule des yeux, on a l'impression qu'elle restera poste au mme endroit jusqu' son retour l'anne suivante.

Photo : CALVAIRE

Lorsque Marc se perd sur la petite route de fort, le brouillard tombe avec la nuit. Le silence feutr donne une impression d'ambiance fantastique jusque dans les frayeurs classiques comme l'ombre qui passe toute vitesse devant la camionnette, ou l'homme qui apparat soudain de nulle part. Celui-ci se prsente : Boris, la recherche de Bella, sa chienne. Il conduira Stevens travers bois jusqu' l'auberge Bartel o le chanteur fait connaissance avec le propritaire des lieux.

Paul Bartel est un homme bourru et rserv au premier abord. Mais lorsqu'il dcouvre que Stevens est chanteur, il deviendra sympathique et avenant, heureux de partager un peu de temps avec un autre artiste. C'est Jackie Berroyer qui donne vie ce personnage perdu depuis le dpart de son ex femme, Gloria, chanteuse elle aussi. Berroyer explore de faon impeccable une gamme d'motions allant de l'euphorie la violence sadique, en passant par la tristesse et l'humour. Bartel ne semble pas conscient de son tat dpressif, il ragit seulement avec des motions qui lui semblent appropries pour l'occasion. De ses explications, on devine une ancienne relation bancale et sens unique. On ne verra jamais Gloria, mme pas en photo, mais il est vident que son passage dans cette auberge a chamboul l'existence de toute une communaut, commencer par le fait qu'elle en tait la seule femme aux alentours.

Photo : CALVAIRE

Stevens ne remarque pas tout de suite quel point Bartel le confond avec Gloria. Sa premire impression droutante des lieux survient lors d'une promenade o il assiste par mgarde une scne de zoophilie avec un veau. Du Welz ne nous montre pas de dtails mais il n'en a pas besoin. Les regards moustills des observateurs et le gmissement d'un homme agenouill devant l'animal nous racontent tout ce que l'on a besoin de savoir. Les cris stridents d'un cochon achvent de rendre l'ambiance putride au possible et Marc fait comme n'importe qui : Il s'enfuit en courant. Pourtant, lorsque Bartel lui pose la question, il rpond juste que c'est une bien belle rgion, occultant de son esprit tout ce qui pourrait le dstabiliser.

L'histoire va ensuite basculer dans le surralisme pour finir dans l'horreur absolue. Bartel brle la camionnette de Stevens et l'assomme pour s'assurer qu'il n'ira nulle part. Il va ensuite avertir les villageois de laisser sa femme tranquille. Cette confrontation se droule dans un bar poisseux et va donner lieu l'une des scnes les plus incroyables du film. Aprs le dpart de Bartel, les convives vont s'adonner une danse ressemblant plus un trange rituel. Comme des pingouins, ils se dandinent d'un pied l'autre, les bras le long du corps, accompagns d'une cacophonie invraisemblable au piano. Dans le Making Of, Du Welz avoue avoir directement emprunt cette scne incroyable du film UN SOIR, UN TRAIN d'Andr Delvaux, qui il porte une grande admiration.

Photo : CALVAIRE

Ce mtrage de 1968 n'est pas la seule influence de CALVAIRE. Ayant grandi avec les films d'horreur des annes 1960-70, il tait invitable que Du Welz y puise son inspiration. Ainsi nous retrouvons une scne de repas au dbut, filme comme la rencontre entre Norman Bates et Marion Crane dans PSYCHOSE. Cela reste surtout technique et le ralisateur en parle plus longuement dans les supplments. Pour le ct plus visuel, nous retrouvons une deuxime scne de repas quasiment identique celle de MASSACRE A LA TRONCONNEUSE, la diffrence prs qu'ici, la camra fait un mouvement circulaire sur la table alors que dans le film de Tobe Hooper, elle restait stable. Du Welz assume compltement les hommages qu'il fait d'autres mtrages. Les similitudes auraient pu tre gnantes s'il n'existait rien de personnel autour. Heureusement, c'est le cas avec CALVAIRE, un film qui traite ses ans avec le plus grand respect.

Impossible galement de passer ct des connotations christiques. D'un point de vue tymologique, le mot calvaire drive du latin, Calvaria, lui-mme la traduction du grec, Golgotha, le nom de la colline o Jsus fut crucifi. Mis part le titre vocateur, deux parallles sont faits dans le film : Bartel crucifie Marc dans la grange aprs qu'il ait essay de s'vader, et vers la fin, Stevens croise une statue du Christ perdue au milieu de la fort. Sa dmarche recourbe et tranante nous font imaginer le poids immense d'une croix invisible sur son dos et son pardon ultime renvoie celui de Jsus envers ses tortionnaires (bien que cela ne changera pas pour autant le dnouement). Fait curieux : Du Welz n'en fait pas mention dans son commentaire audio.

Photo : CALVAIRE

La force du mtrage rside dans le passage constant de la ralit l'irrel. Le film a t tourn en hiver comme l'indique la prsence d'un manteau neigeux au sol. Cependant, elle n'est pas toujours prsente de la mme faon l'intrieur d'une mme scne. C'est un problme de continuit caus par la nature, mais cela contribue l'effet surraliste que dgage CALVAIRE. Un autre exemple, visuellement plus tonnant, est la prsence d'une bande d'enfants jouant au ballon dans la fort. Ils portent tous un anorak rouge (renvoyant immdiatement la crature vasive de NE VOUS RETOURNEZ PAS) et ne servent priori qu' un seul but, celui de drouter le spectateur.

Photo : CALVAIRE

Malgr quelques passages franchement bruts, le moment le plus impressionnant reste l'attaque sur l'auberge par les villageois. Nous sommes cette fois plongs dans une ambiance de danger la CHIENS DE PAILLE. Et bien qu'ici, la scne n'ait pas d'introduction similaire, on devine aisment les villageois complices d'une horreur parfaitement consciente. Ils avancent en silhouettes sur un fond fortement clair, la menace de l'ennemi renforce par le fait qu'il n'est pas visible en personne. Les fentres volent en clats, les agresseurs investissent les lieux. Nous passons d'une vue objective subjective (celle de Marc Stevens), le bruit devient sourd et la focalisation floue, rsultat de la violence qu'il vient de subir aux mains de Bartel. La camra bouge dans tous les sens parmi des mouvements confus, puis elle se stabilise et monte enfin au plafond. Nous surplombons l'action comme pour prendre un peu de distance avec l'horreur mais en mme temps, on a l'impression que l'on pourrait s'craser dedans tout moment. La bande sonore se compose de cris, d'insultes, de coups de feu et de hurlements de cochon insoutenables. En comparaison avec les nombreux silences qui prcdent, on se dit que l'enfer sur terre doit bien ressembler cela.

Les acteurs s'en sortent tous avec bravoure, Laurent Lucas en premier. Son physique mystrieux et ses manires empreintes de douceur en font quasiment une victime parfaite, rle qu'il remplit jusqu'au bout. Le doute subsiste pourtant : Se fond-il dans le personnage de Gloria jusqu' s'oublier, ou est-ce qu'il ne fait que se protger ?
Philippe Nahon (SEUL CONTRE TOUS) et Jo Prestia (IRREVERSIBLE) campent tous deux des paysans bruts de dcoffrage. Prestia ne se dplace jamais sans son horrible cochon tandis que Nahon rvle une facette plus troublante de ses relations avec Gloria et Bartel.
Brigitte Lahaie fait une brve apparition en tant que l'infirmire de l'hospice. Elle a subrepticement gliss des polarods d'elle dans l'enveloppe contenant la rmunration de Marc, un geste qui rsume lui seul tout le dsespoir de son personnage. Ces photos dnudes sont un clin d'oeil rigolo son pass d'actrice X.

Photo : CALVAIRE

En guise de supplments, le DVD propose d'abord un Making Of de 27 minutes. Du Welz revient sur la gense du film et ses propres influences. Il est toujours intressant d'couter un crateur parler de son oeuvre et ici, nous avons affaire un vrai passionn. Son enthousiasme transparat partout, au niveau technique comme humain lorsqu'il voque ses acteurs. Mais ce Making Of ne couvre pas le mtrage en entier et on se demande un peu o est pass le reste?

Ensuite, nous trouvons la bande annonce du film ainsi qu'un bonus pas trs cach concernant Brigitte Lahaie. Vous le trouverez sous l'intitul Court mtrage et il propose un dfil automatique des polarods dnuds, sur fond musical d'une chanson de Marc Aryan, chante par Stevens. Aryan tait un chanteur de varit belge au mme titre que notre Claude Franois national. Du Welz lui a rendu un certain hommage travers son film en reprenant ses chansons telles quelles et en faisant partager son prnom avec celui de son personnage principal. Au mme titre, Paul Bartel est un ralisateur "culte" (LA COURSE A LA MORT EN L'AN 2000 ou EATING RAOUL).

Photo : CALVAIRE

Le court mtrage s'intitule QUAND ON EST AMOUREUX C'EST MERVEILLEUX, d'une dure de 23 minutes. Il reut le Grand Prix Grardmer en 1999 et il n'est pas difficile de comprendre pourquoi. On y retrouve l'essentiel du style de Du Welz : une ambiance sordide, une ralisation sans failles, l'exploration d'une humanit dviante et un travail minutieux au niveau du son et de l'clairage.
L'histoire est celle de Lara, une femme trs seule, qui prpare son appartement pour fter son anniversaire. Une seule personne arrive, un strip-teaseur qui lui fait un numro d'enfer ! Lorsqu'il veut partir, elle tente de le retenir et finit par lui planter un couteau dans la gorge. Elle va garder le cadavre chez elle et mme inviter un couple d'changistes dont la femme n'est autre que Laure Sinclair, une autre actrice X bien connue des amateurs l'instar de Brigitte Lahaie.
On ne vous dvoilera pas la totalit car ce court est vraiment dcouvrir. Pami les autres acteurs, on trouve dj Jackie Berroyer en boucher et Jean-Luc Couchard dans le rle de son employ fou amoureux de Lara (et qui incarnera Boris dans CALVAIRE).

Nous trouvons galement un commentaire audio du ralisateur qui parle d'une voix calme et pose, l'oppos de son enthousiasme contagieux peru dans le Making Of. Il commente les scnes, accompagne Marc Stevens au chant (?) et parle de son travail tout en livrant quelques anecdotes. Quelques silences ponctuent son monologue qu'il rallonge cependant jusqu' la toute fin du gnrique.

Photo : CALVAIRE

Au niveau de la ralisation, Du Welz est beaucoup aid par son chef oprateur Benot Debie (le court de Fabrice Du Welz puis IRREVERSIBLE) qui a accompli un travail de premire facture. L'image est granuleuse l'instar de nombreux vieux films d'horreur, renforant l'ambiance authentique et malsaine du mtrage. Les clairages ont t gards un strict minimum, ce qui donne lieu des images trs sombres ou au contraire, des blouissements crus comme provenant d'un non. Les dcors de l'auberge ont t purs au possible, donnant l'impression que la laideur des personnages a fini par investir les lieux. C'est lugubre avec ces tapisseries sombres et les portraits tranges qui dcorent les murs. La tristesse transparat chaque petit bruit : Le grincement des escaliers, un fil lectrique qui tape contre une fentre, le vent qui s'engouffre de partout?

Photo : CALVAIRE

Le disque propose trois pistes audio : stro, Dolby Digital 5.1 et DTS accompagn d'un sous-titrage anglais amovible. Les pistes audio rendent entirement justice une bande son dpouille de musique d'ambiance, un choix volontaire du ralisateur. Les silences s'imposent comme des apprhensions de l'horreur venir, et attire l'attention du spectateur sur chaque dtail visuel dans un format cinma 16/9 respect. La seule erreur technique apparat 58mn21 o l'image se bloque pendant une demi seconde, problme rcurrent sur les DVDs double couche. Pour en revenir sur le sous-titrage, on louera Studio Canal de donner la possibilit ce DVD d'aller s'exporter vers l'tranger ce qui permettra une dcouverte du film pass les frontires de la francophonie. Par contre, on se demande pourquoi ne pas placer aussi un sous-titrage franais pour cette fois s'ouvrir vers le public malentendant.

Photo : CALVAIRE

Pour un premier mtrage, CALVAIRE est un petit chef d'oeuvre l'ambiance glauque et dprimante, truffe de rfrences sympathiques. Et lorsque rsonnera le cri qui clt un gnrique de fin o seul souffle un vent d'hiver mlancolique, la main qui serre vos tripes se referme brusquement comme un tau. Un film sans issue de secours.

Marija Nielsen

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