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 FILM INFOS

 Titre original

 NECRONOMICON

 Année

 1993

 Nationalité

 Etats-Unis /  France /  Japon

 Réalisation

 Brian Yuzna
 Christophe Gans
 Shusuke Kaneko

 Scénario

 Brent V. Friedman
 Christophe Gans
 Kazunori Ito
 Brian Yuzna

 Musique

 Daniel Licht
 Joseph LoDuca

 Acteurs

 Jeffrey Combs
 Tony Azito
 Bruce Payne
 Richard Lynch
 Belinda Bauer
 David Warner
 Bess Meyer
 Dennis Christopher
 Signy Coleman
 Brian Yuzna

 Adapté d'une oeuvre originale de :

 H.P. Lovecraft

 

 DVD INFOS

 

Editeur

Format Disque

2 DVD

Durée

93 minutes

Format Image

Format Sonore

English

Francais

Sous-titrages

Francais

 

 SUPPLEMENTS

 •Ã¹4Commentaire audio de Christophe Gans et Brian Yuzna
 • L’Enfer du B (58mn)
 • La Musique (21mn10)
 • La Direction Artistique (14mn25)
 • La Production (13mn01)
 • Featurette (9mn38)
 • Le Tournage (4mn31)
ʥ Les Effets Sp̩ciaux (3mn01)
 • Bande Annonce
 • Galerie de Storyboards pour "The Drowned"£
 • Hotel of the Drowned
ʥ La Temp̻te
ʥ R̩surrection
 • Climax
 • Climax Alternatif (l’attaque des zombies)§
 • Galerie de photos et illustrations de production
 • Musique de Joseph Lo Duca

 

 BONUS CACHES

Storyboard d’une scène coupéeÂ
Sur le second disque, mettre en surbrillance un vitrail à droite de l’image sur le menu des storyboards§

Silver Slime de Christophe Gans (Court-métrage - 14mn58)Â
Sur le second disque, mettre en surbrillance un vitrail à droite de l’image sur le menu des documentaires§

 ON AIME

• Un bon film à sketches
• Une édition dvd qui mérite à elle seule le détour

 ON N'AIME PAS

• Parfois limité, notamment dans ses effets spéciaux

 VIDEOS

 Bande-annonce

 
 NECRONOMICON

 

L'crivain Howard Philip Lovecraft se rend dans une bibliothque garde par de curieux moines afin de consulter le Necronomicon, le fameux grimoire renfermant les secrets de l'occulte et de l'au-del. La lecture de certaines pages lui inspire trois histoires : un homme fou de chagrin ressuscite sa dfunte pouse grce aux formules du Necronomicon, une jeune fille tombe amoureuse d'un docteur prolongeant son existence ad vitam eternam, et une femme policier tombe dans un enfer organique alors qu'elle poursuivait un malfrat.

Photo : NECRONOMICON

Dat de 1994, NECRONOMICON est un film sketches dans la grande tradition des anthologies fantastiques la CREEPSHOW de Georges Romero ou autre DARKSIDE, LES CONTES DE LA NUIT NOIRE de John Harrison (le compositeur de CREEPSHOW justement). Une tradition qui ne date pas pour autant des annes 80 puisqu'on se souviendra des anthologies de la Amicus ou bien encore de HISTOIRES EXTRAORDINAIRES et AU COEUR DE LA NUIT o dj plusieurs cinastes se partageaient la ralisation. NECRONOMICON est compos de trois histoires diffrentes, avec en bonus un quatrime rcit faisant le lien entre les diffrents univers. L'ingalit tant le dfaut premier des films sketches, NECRONOMICON prend le pari courageux de ne pas chercher unifier tout prix son ensemble mais encourage au contraire ses dissonances. Cela se traduit par la cohabitation de trois ralisateurs la tte du mtrage, trois ralisateurs de cultures et nationalits diffrentes qui plus est, et l'exprience non similaire.

Photo : NECRONOMICON

En bons producteurs, Samuel Hadida et Brian Yuzna ont l'initiative de profiter du format court implicitement li aux films segments pour tester de nouveaux ralisateurs. Monteur d'origine devenu un journaliste atypique en crant la revue Starfix dans les annes 80, Christophe Gans poursuit l'ambition de passer la ralisation d'un long-mtrage. Il signera la premire histoire de NECRONOMICON en guise de galop d'essai pour son adaptation cinma de la bande dessine japonaise CRYING FREEMAN qu'il prpare dj avec Hadida. Le deuxime sketch est mis en scne par le japonais Shu Kaneko (la nouvelle srie des GAMERA, mais aussi CROSS FIRE et AZUMI 2), en mise en jambe d'une ventuelle carrire aux Etats-Unis. Enfin, Brian Yuzna complte avec sa solide exprience la ralisation du film avec la dernire histoire ainsi que le rcit qui sert de fil conducteur.

Photo : NECRONOMICON

Le concept du film est bien videmment d'adapter les courtes nouvelles d'Howard P. Lovecraft qui n'auraient jamais pu donner matire des formats longs. Le Necronomicon, l'ouvrage occulte crit par l'arabe fou Abdul Alhazred (invent par Lovecraft) et popularis au cinma par la srie des EVIL DEAD (qui le mettait dj en scne en guise d'hommage), sert de fil conducteur puisqu'il est cens inspirer Lovecraft lui-mme (interprt par Jeffrey REANIMATOR Combs, maquill pour l'occasion) ses propres histoires horrifiques. Une mcanique en apparence dvoue l'auteur, mais qui va se trouver finalement phagocyte par les adaptations mme des nouvelles, souvent bien loignes de la source originelle.

Photo : NECRONOMICON

"The Drowned" de Christophe Gans est cens tre une adaptation de The Rats In The Wall (Les Rats Dans Les Murs), sauf que le metteur en scne, galement co-scnariste, prend beaucoup de distance avec le texte afin d'y apposer sa propre patte. Peu convaincu par le potentiel cinmatographique de l'histoire originale, Gans fait intervenir d'autres fragments de l'oeuvre de Lovecraft, comme la divinit Cthulhu. Passionn par les personnages fminins, Christophe Gans doit les inventer dans la mesure o les textes de l'auteur sont souvent trs masculins. S'ajoute ensuite les rfrences cinmatographiques que le ralisateur souhaite citer, et qui viennent dfinitivement perturber la mcanique d'adaptation : le classicisme des films des annes 60, la rigueur plastique des films japonais tel que KWAIDAN de Masaki Kobayashi, le modle de la femme Hitchcockienne, l'atmosphre des Corman gothiques, ainsi que les habituels clins d'oeil Mario Bava. Le cocktail transforme illico "The Drowned" plus en une adaptation d'une nouvelle d'Edgar Alan Poe, ce qui n'est pas si aberrant finalement dans la mesure o Poe et Lovecraft se sont inspirs rciproquement.

Pass les liberts avec l'oeuvre de l'crivain, "The Drowned" est un segment trs cohrent et visuellement ambitieux. En hritant d'un vieil htel perch sur une falaise, Edward De La Poer (Bruce Payne) dcouvre que son oncle mort suicid (Richard Lynch) avait ressuscit sa femme et son fils grce au Necronomicon. Edward dcide de renouveler le rituel pour ramener la vie son pouse. Cette dernire revient d'entre les morts, mais pas de la manire tant espre. Si cette trame n'est pas rvolutionnaire, elle se montre parfaitement haletante grce une ambiance russie. Le gothique de Poe et la moiteur malsaine de l'univers de Lovecraft se mlangent merveille, les scnes les plus marquantes tant bien entendu l'apparition des tranges revenants o rotisme et rpugnance s'alterne avec jubilation.

Photo : NECRONOMICON

"The Drowned" est sans aucun doute le segment le plus russi de NECRONOMICON. Sa future carrire de metteur en scne tant en jeu mais surtout par passion, Gans redouble d'effort sur cette histoire. Trs travaill, le film n'en devient que plus estimable et dpasse le cadre de la srie B auquel il appartient. Bien entendu, les limites budgtaires trs contraignantes se font d'autant ressentir dans cette valeureuse ambition de montrer son savoir faire de mise en scne. Fort heureusement, le parti pris adopt de faire passer "The Drowned" pour un film des annes 60 gomme les asprits et ne fait pas faillir l'ambiance. Le pari est remport haut la main.

Photo : NECRONOMICON

Deuxime histoire, "The Cold" de Shu Kaneko est la transposition de Cool Air (L'Air Frais). Beaucoup plus fidle Lovecraft, le rcit est un long flashback initi par l'enqute d'un journaliste (Dennis Christopher) sur une srie de meurtres perptre sur une vingtaine d'annes. Cette enqute met jour la relation d'une jeune femme nomme Emily (Bess Meyer) et du docteur Madden (David Warner), un homme qui prolonge sa vie en extrayant un fluide du corps de ses victimes. Beaucoup plus classique et neutre dans son esthtisme et sa narration, "The Cold" passe pour le parent pauvre de NECRONOMICON. Ceci s'explique par la dfection de Shu Kaneko qui, entre barrire culturelle et linguistique, n'a pas su s'adapter aux contingences d'une production amricaine. Ce dernier abandonna son sketch en route, une fois les prises de vue principales acheves, et laissa sa finalisation une quipe dj bien occupe par ses propres segments.

Photo : NECRONOMICON

Certes, "The Cold" est l'histoire la moins marquante de NECRONOMICON. Elle n'en demeure pas moins de bonne tenue et agrable suivre. La mise en scne, bien que passe partout, est lgante et l'interprtation de bon niveau grce ses comdiens confirms. Articul autour d'un twist sympathique et d'un festival crmeux d'effets spciaux, "The Cold" serait un excellent pisode de srie tlvise. Incorpor dans un film de cinma aux exigences artistiques majores, il parat moins spectaculaire, mais est bien loin de son excrable rputation.

Photo : NECRONOMICON

Dernier sketch, "Whispers" est sign par Brian Yuzna. Ralisateur confirm, habitu aux dbordements trash (on n'oubliera jamais l'orgie organique de SOCIETY), ce dernier va profiter du format court pour balayer toute raison et livrer un segment incroyablement gore et rvulsant. L encore trs librement adapte de The Whisperer In Darkness (Celui Qui Chuchotait Dans Les Tnbres), l'histoire met en scne Sarah (Signy Coleman), une femme policier entrane par un trange couple de retraits dans un horrible charnier, soit les entrailles d'une entit extra-terrestre se nourrissant du corps et de l'me des humains.

Si Yuzna peut se montrer trop acadmique dans la ralisation de certains de ses films, autant l'avouer tout de suite, ce n'est nullement le cas de "Whispers". Ce segment est un vritable cauchemar veill, o le malaise est constant. Jouant d'abord sur l'ambivalence avec les tranges comportements du vieux couple que rencontre Sarah, le film bascule dans sa seconde moiti dans le gore le plus complet. C'est finalement ce dernier point qui retient l'attention. De mmoire, on aura rarement vu un film o le dgueulasse est aussi submergeant. De ce fait, l'lment trash clipse quelque peu les autres caractristiques du film, qu'elles soient positives (excellente interprtation de Signy Coleman, une narration trs sadique dans ses rebondissements) ou ngatives (les effets spciaux parfois franchement rats, l'tonnant discours sur l'avortement). Une curieuse surprise qui laisse pantois, dans le bon sens du terme cependant.

Photo : NECRONOMICON

NECRONOMICON possde une quatrime histoire, intitule "The Library", qui sert de lien entre les trois sketches principaux. Egalement ralise par Brian Yuzna, cette dernire se veut plus qu'une transition entre les segments en se permettant une petite intrigue. Malheureusement, c'est de loin ce que le film a de moins convaincant proposer. Lovecraft en personne est oppos des moines incongrus, dans un final particulirement dcontenanant notamment cause d'effets spciaux optiques effroyables. Dommage que le film s'achve donc sur cette dernire note, alors qu'il nous a donn dcouvrir trois histoires certes ingales mais de qualit.

On connat Laurent Bouzereau et ses ditions spciales des films de Steven Spielberg, on se souvient de Van Ling et ses crasants Laserdiscs et DVDs ddis aux films de James Cameron, il faudra maintenant compter sur Sbastien Prangre pour perptuer le travail de Christophe Gans sur support numrique. Monteur de profession, Prangre a travaill sur la collection HK Vido dirige par Gans en montant bandes-annonces et documentaires. Au cinma, il termine le montage du PACTE DES LOUPS (toujours de Gans) commenc par David Wu (le monteur attitr de John Woo poque THE KILLER), puis travaille sur BROCELIANDE de Doug Headline ou encore SAINT ANGE de Pascal Laugier. Producteur et ralisateur de DVDs, on lui doit le copieux disque ddi CRYING FREEMAN, tandis qu'il s'occupe avec Pascal Laugier du passionnant Making Of du PACTE DES LOUPS sur l'dition complte de ce dernier.

Photo : NECRONOMICON

Grce la relation professionnelle entre Gans et Prangre, NECRONOMICON se voit ainsi honorer d'une dition de trs grande qualit, de celle qui justifie plus l'achat que le film lui-mme. Techniquement, le film nous est prsent dans une version optimale, que ce soit au niveau de l'image que des pistes sonores en 5.1. Autant dire que la retranscription audio/vido crase compltement un antdiluvien disque sorti au Brsil il y a plusieurs annes. Mais, c'est bien entendu dans la longue liste de bonus que l'dition se montre incontournable. On commence par un commentaire audio runissant Christophe Gans et Brian Yuzna. Dans une convivialit qui n'exclue pas le srieux, les deux hommes reviennent avec passion et sans langue de bois sur le film. Le commentaire se montre vite trs prenant car les interventions ne faiblissent jamais. Le rsultat d'une mthode d'enregistrement atypique, Gans et Yuzna ayant la possibilit de mettre le film en pause pour continuer parler. L'excs de paroles est ensuite tri et remont sur l'image pour un meilleur rythme de l'ensemble.

Photo : NECRONOMICON Photo : NECRONOMICON
DVD franais
DVD brsilien

On passe au second disque de supplments. La pice matresse est un documentaire de plus d'une heure intitule L'enfer du B. Les principaux intervenants de NECRONOMICON reviennent sur la production extrmement houleuse du film, o le manque de temps et d'argent ont provoqu des situations surralistes. Les nombreuses msaventures rencontres sur le film sont racontes avec beaucoup d'humour, des effets spciaux totalement rats qu'il a fallu refaire en urgence (un coup dur pour une petite production) la gestion humaine parfois trs difficile sur un projet qui pousse tout le monde bout. Au del du rcit du chantier de NECRONOMICON, "L'Enfer du B" dresse un portrait la fois drle et effroyable du travail li aux films petits budgets, bien loin du faux glamour du cinma dit plus traditionnel. Un documentaire jubilatoire et indispensable qui s'intresse aux artisans fous de la srie B.

Photo : NECRONOMICON

Pour accompagner "L'Enfer du B", d'autres documentaires spcialement conu pour l'dition vont s'arrter sur des points un peu plus cibls. "La Musique" donne la parole Joseph Lo Duca, compositeur dcouvert grce la srie des EVIL DEAD, et qui en toute logique s'occupe de la partition du sketch de Gans ainsi que du segment liant dans la librairie. Avec une grande simplicit, l'homme revient sur son travail et ses inspirations, n'hsitant pas rejouer pour nous certains thmes du film sur son clavier. Un document d'autant plus intressant que les compositeurs n'ont pas toujours la parole qu'ils mritent dans les ditions DVDs. "La Direction Artistique" nous prsente en dtail le travail d'Anthony Tremblay (dj responsable du mme poste sur EVIL DEAD 3), et ses astuces pour livrer des dcors et accessoires de qualit malgr un faible budget. Enfin, "La Production" propose une rencontre entre Brian Yuzna, le producteur Samuel Hadida et le producteur excutif Taka Ichise. Plus improvis par rapport aux autres documentaires, ce module se focalise sur la gestion entre autre financire du film. L'occasion d'aborder le souhait d'un NECRONOMICON 2, totalement envisageable compte tenu du concept.

Le disque donne voir galement trois courtes Featurettes d'poque. L'une est amricaine et se concentre sur le personnage de Brian Yuzna. Les deux autres sont d'anciens reportages du journal du cinma de la chane Canal +, et se focalisent sur le travail de Christophe Gans (d'autant plus que le rdacteur en chef de cette mission tait alors un ancien rdacteur de Starfix). Enfin, le disque propose la bande-annonce du film, la bande originale de Joseph Lo Duca en intgralit (cette dernire n'ayant jamais t commercialise), une galerie de 700 story-boards, de 200 photos de production ainsi que d'illustrations. Ajout cela deux bonus cachs (le story-board d'une scne coupe, ainsi que SILVER SLIME, le court-mtrage d'cole ralis par un jeune Christophe Gans en plein trip Argento / Mario Bava), ainsi qu'un livret reproduisant une interview d'poque de Gans et Yuzna parue dans le magazine Mad Movies, et vous obtenez l'une des ditions les plus compltes et qualitatives du march franais.

Photo : NECRONOMICON

En se rclamant directement de Lovecraft, pour finalement ne pas vritablement respecter son univers ou ses crits, NECRONOMICON risque de froisser les admirateurs de l'auteur. Ne leur en dplaise, le film est une agrable russite, fondamentalement ingale de par sa nature de film sketches, au rendu parfois limit mais l'ambition relle. Une vraie srie B, o rgne encore l'amour du genre et les effets spciaux en latex. L'dition du film est un modle, tant dans sa rigueur technique que dans son ambition ditoriale.

Eric Dinkian

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