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 Michael J. Bassett

 
 

 Interview Michael J. Bassett

  Partie 2

Dans WILDERNESS, comme avec LA TRANCHEE, les acteurs ont un jeu très naturel, voire spontané. Avez-vous eu vos "premiers choix" et leur avez-vous beaucoup dirigé ou, au contraire, laissé de la place à l'improvisation ?

WILDERNESS a vraiment été une partie de plaisir parce que je savais que le casting allait être composé en majeure partie de jeunes gens inconnus, et ceci m'a permis de chercher de vrais talents. Le défi a été de les mouler dans leurs personnages et m'assurer qu'ils avaient tous une personnalité bien distincte vu qu'ils allaient tous être habillés de façon sensiblement similaire. Ce qui m'a surpris est qu'ils ont tous trouvé leur propre façon de porter ces vêtements ce qui a contribué à définir leur personnage.
Le style visuel est délibérément moins formel et classique que sur LA TRANCHEE. Je pensais que pour faire ce film, qui est un slasher à la base mais très différent de ce qu'en aurait fait Hollywood, il devait donner l'impression d'être un film indépendant. A cet effet, je voulais un jeu très naturel, un style visuel plus "sale". Et le tout devait projeter un sentiment un peu bordélique, presque d'improvisation. D'un autre côté, c'est assez difficile à obtenir parce que dans un film d'horreur, il y a quand même des règles à suivre. Les personnages vont mourir douloureusement et parfois se comporter d'une façon contraire à la logique. Les limites se brouillent et le résultat n'est pas toujours satisfaisant mais quand tout s'imbrique, ça fonctionne plutôt bien.
En regardant les acteurs maintenant, je suis vraiment ravi de leur jeu. Quand je suis arrivé sur le projet, les personnages existants étaient beaucoup plus gentils et moins agressifs et violents les uns envers les autres. J'ai trouvé plus intéressant d'augmenter la tension au sein du groupe afin de poser la question de la vraie menace présente sur l'île. Tous ces jeunes sont censés être des criminels ou des délinquants donc c'était plus dans l'esprit du film de les changer un peu. Cela m'a en tout cas paru bien plus intéressant que la version traditionnelle du film américain propre sur lui et sans aucune ambiguïté.

Combien de temps a pris le tournage et où cela s'est-il déroulé ? Avez-vous eu un budget confortable ?

Le film a été entièrement tourné en Irlande du Nord. Bien que ce soit supposé être une île, nous n'en avons trouvé aucune de correcte. Alors j'ai trouvé ces décors naturels en Irlande et ensuite j'ai fait en sorte que visuellement, ils aillent ensemble tout en donnant l'impression d'être sur une île. J'ai vite réalisé que si on dit aux spectateurs que c'est une île, qu'on montre l'arrivée d'un bateau et ne fait rien pour briser l'illusion, ils y croient. C'était l'une des choses que j'appréhendais le plus mais personne n'a jamais mis les lieux en question.
Le tournage a duré trente jours en plein été. En temps normal, cela aurait été génial - et en effet, le temps était beau et ensoleillé - mais c'était censé être un film d'horreur. L'un des problèmes était alors que les nuits ne duraient pas assez longtemps pour tourner correctement et la majeure partie de l'action se déroule donc de jour, ce qui n'est pas très courant dans un film d'horreur. Il m'a fallu essayer de trouver une ambiance effrayante et oppressante malgré tout et je pense que ça fonctionne. Mais à cause du manque de temps, de budget et de décors, je n'ai pas pu faire exactement ce que j'avais en tête.
La question du budget est intéressante parce qu'on n'a jamais assez d'argent pour faire ce qu'on veut mais il y en a toujours juste assez pour faire ce qu'il faut. J'ai parlé à des réalisateurs qui ont eu des budgets énormes du genre de centaines de millions de dollars et même eux prétendent ne pas en avoir assez pour faire ce qu'ils veulent. Alors c'est surtout une question d'accepter les limites et travailler avec ce qu'on a. Parfois, c'est même mieux vu que les contraintes augmentent la créativité.

Le style visuel et l'ambiance de WILDERNESS sont très bruts, très différents des belles images de LA TRANCHEEet, de toute évidence, parfaitement assortis à la brutalité du sujet. Avez-vous trouvé difficile de travailler d'une nouvelle façon ?

J'ai déjà répondu un peu plus haut. Mais j'ajouterais que le style de ce film est un choix très conscient pour, comme vous le dites, être assorti à la brutalité du sujet. Ce n'est peut-être pas aussi vicieux que C'EST ARRIVE PRES DE CHEZ VOUS ou MASSACRE A LA TRONCONNEUSE mais le côté brut est bien sûr volontaire. Si j'avais eu plus de temps et d'argent, je pense que j'aurais essayé d'avoir un style plus lisse mais à vrai dire, je ne crois pas que le film en aurait bénéficié. Cela aurait surtout été une excuse pour montrer les belles images que je pouvais filmer. Bon, je l'ai déjà fait avec LA TRANCHEE et bien que ce film-là soit plus en accord avec mon sens visuel personnel, j'ai voulu faire quelque chose de plus viscéral avec WILDERNESS.

On entend souvent les réalisateurs dire qu'il ne faut jamais travailler avec des animaux ou des enfants si l'on veut rester sain d'esprit ! Avez-vous eu des problèmes particuliers avec les chiens ? J'aimerais ajouter qu'ils sont tout à fait terrifiants…

Je suis ravi que vous ayez eu cette impression des chiens. C'était difficile de les faire se comporter comme il fallait. A vrai dire, ils ne l'ont jamais fait mais comme je l'ai dit plus haut, il faut savoir travailler avec ses limites. J'avais de grandes ambitions de faire de ces attaques canines les plus terrifiantes jamais filmées mais, une fois sur place, j'ai vite compris qu'il fallait revoir mes ambitions à la baisse. J'ai beaucoup d'expériences avec les animaux et la nature en général dû à mon passé de réalisateur dans ces domaines mais j'ai mis cela de côté dans ma tête pour me concentrer sur une histoire de fiction. Il va de soi que les chiens ne devaient pas jouer un rôle - il m'a donc fallu leur trouver des comportements qui pouvaient passer ensuite pour agressifs.
Cela a également pris beaucoup plus de temps que prévu donc tout s'est précipité. Et les animaux ne peuvent pas comprendre que vous manquez de temps. De plus, ils se lassent vite de répéter les mêmes actions alors il faut trouver un moyen de maintenir leur intérêt éveillé.
J'ai aimé travailler avec ces chiens mais l'équipe en avait peur et certains des acteurs refusaient de les approcher. Quand je voulais placer une caméra au milieu d'une attaque, aucun cascadeur ou caméraman ne voulait y aller alors j'ai dû mettre les vêtements de Sean Pertwee par dessus une protection rembourrée et y aller moi-même. Il faut dire qu'il est très difficile de manier une caméra quand vous avez un berger allemand qui vous mord le bras et un autre accroché à votre jambe. Et ça fait vraiment mal, j'ai eu des ecchymoses pendant plusieurs semaines.

Comme dans LA TRANCHEE, vous isolez un petit groupe de gens dans un environnement hostile. Dans votre premier film, l'horreur était surtout invisible alors que dans WILDERNESS, elle est très présente. Avez-vous été inspiré par des films de genre survival ? Mes propres pensées allaient vers RAMBO ou BATTLE ROYALE en dépit de thèmes bien différents.

Vous avez tout à fait raison. J'ai en effet regardé BATTLE ROYALE ainsi que les combats dans la forêt de RAMBO, mais aussi DELIVRANCE, SANS RETOUR et d'autres. Le sous-genre survival ne comptait pas beaucoup de films à la base mais il semble y avoir un regain d'intérêt certain. J'ai également voulu incorporer des éléments littéraires comme par exemple Sa Majesté des mouches ce qui est évident.
J'ai été moins intéressé par l'identité de l'antagoniste et ne pensais pas que ce serait vraiment une surprise ce qui est la raison pour laquelle je l'ai révélé plus vers le milieu que vers la fin. Ceci a permis aux personnages de se blâmer entre eux et d'augmenter leur agressivité afin d'en faire le point central de l'histoire.

L'autre similitude entre vos deux films est la qualité d'écriture, en particulier pour les personnages. Vous semblez plus intéressé par l'aspect psychologique que par le côté gore ce qui ne veut pas dire que vos films en manquent, et en particulier WILDERNESS

Quand j'ai rejoint le projet, l'histoire était déjà en place donc ma contribution majeure concerne les personnages. Comme je l'ai dit plus haut, il m'a semblé plus intéressant que ces jeunes aient des comportements ambigus. Un ou deux d'entre eux sont bien sûr plus effrayants que les autres comme le skinhead Steve que j'adore. Il était intéressant de voir ce qui se passerait si ces jeunes étaient laissés seuls sur l'île sans la supervision des adultes. L'agressivité, les récriminations et la lâcheté feraient leurs apparitions ainsi que d'autres caractéristiques humaines. Ceci joue ensuite sur le style du film qui est plus brut mais rien n'était vraiment improvisé, tout était écrit, ce sont les acteurs qui donnent cette impression de spontanéité.
Ne vous méprenez pas, j'aime ce qui est gore et je voulais inclure quelques moments bien méchants. Mais les producteurs n'étaient pas très fans parce qu'ils n'avaient pas produit beaucoup de films d'horreur alors c'était un vrai combat pour mettre un peu de sang sur l'écran. Mais au-delà du gore, je pense que le film abrite un sentiment diffus de violence permanente qui le fait paraître pire qu'il ne l'est.

Certains des personnages dans WILDERNESS, Steve en particulier, semblent trop endommagés par leur vie pour être capable de tourner la page. Pensez-vous qu'il est en effet possible pour certaines personnes d'atteindre un point de non retour, et qu'ils auront toujours recours à la violence parce qu'ils ne connaissent rien d'autre ?

C'est une question qui s'adresse au système pénal en entier - punir ou réhabiliter ? Est-ce que les gens sont au-delà de toute aide ? Peut-être s'ils ont été psychologiquement endommagés jusqu'à ne plus avoir accès à leurs sentiments. Steve est un sociopathe borderline mais il reste très attaché à son ami Lewis par ce qui pourrait s'apparenter à de l'amour - ce qui est la raison de sa fureur devant le rejet. On peut lire ce qu'on veut dans son comportement mais pour moi, il est sans doute le personnage le plus intéressant sur l'écran et j'adore son incarnation par Stephen Wight. Il y a un personnage similaire dans LA TRANCHEE, Quinn - un homme plus à l'aise en guerre qu'à la maison (joué par Andy Serkis).
Il me semble que ces personnages extrêmes sont toujours intéressants mais il est souvent difficile de créer une histoire seulement autour d'eux et rester dans un genre qui nécessite certaines règles. Ils deviennent le plus souvent des personnages secondaires. J'adorerais faire un film de genre où le personnage principal est totalement barge, genre TAXI DRIVER mais en film d'horreur. Ca, ce serait vraiment intéressant.

L'autorité de Jed se fait rapidement miner une fois que le petit groupe arrive sur l'île. C'est un homme qui semble se définir par son travail. Une fois hors de son élément, il cesse d'exister. Pensez-vous que certaines personnes se trouvent un emploi par lequel ils peuvent se définir en tant que personne ? Que, peut-être, toute figure d'autorité possède un égo fragile ce qui mène certains à abuser de leurs pouvoirs ?

Est-ce la personne qui se définit au travers de son métier ou est-ce l'inverse ? Je pense que les gens en général choisissent un métier qui reflète ce qu'ils sont et cela se vérifie souvent. Les spécificités concernant quelle personnalité collerait à tel métier ne relève pas de mes compétences - je dirais juste que je devais être le genre à devenir réalisateur.
C'est intéressant car je viens juste de terminer un livre qui émet l'hypothèse qu'il y a d'étranges relations entre les noms des gens et les métiers qu'ils choisissent (Quirkology du Professeur Richard Wiseman). Mais en ce qui concerne Jed dans WILDERNESS ? Je crois que cela provenait surtout des différences d'opinion entre Sean Pertwee et moi concernant le personnage. Sean voulait que Jed soit un homme fort ayant de bonnes relations avec les garçons et bien que j'étais d'accord, je pensais aussi que Jed prétendait de cette force et ces relations. De ce fait, Jed découvre une autre réalité où il voudrait être fort et sécurisant dans l'autorité qu'il incarne tout en acceptant que ses faiblesses sont un défaut fatal. Je ne pense pas qu'il ait jamais abusé de son pouvoir mais je ne serais pas surpris si certaines personnes faibles de caractère qui se retrouvent soudain en position de pouvoir deviennent abusifs. La vie est un combat permanent pour la domination sous une forme ou une autre, cela fait juste partie des stratégies de survie Darwiniennes et on trouve toujours un moyen de se hisser en haut de la hiérarchie.

SUITE

 Dossier réalisé par Marija Nielsen.

 Remerciements à Michael J. Bassett.

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