Header Critique : Le crâne maléfique (THE SKULL)

Critique du film
LE CRÂNE MALÉFIQUE 1965

THE SKULL 

Christopher Maitland est un collectionneur d’œuvres et objets occultes. Un marchand douteux lui propose régulièrement des pièces rares. Un jour, c’est un crâne qui aurait appartenu au Marquis de Sade qui lui est proposé. Ce crâne est au cœur du bien nommé LE CRÂNE MALÉFIQUE.

 Aujourd’hui, Amicus Productions fait tout de suite penser au cinéma fantastique et particulièrement au cinéma d’horreur. Pourtant, au milieu des années 60, la maison de production britannique n’est pas encore spécialisée dans le cinéma d’horreur. LE CRÂNE MALÉFIQUE est ainsi le cinquième film Amicus et seulement le second film d’horreur après LE TRAIN DES ÉPOUVANTES. A cette période, la production de plusieurs anthologies horrifiques n’est même pas encore un de leurs filons. Avant 1965, Amicus Productions se cherche un peu et entre progressivement dans une logique de productions fantastiques avec de très rares exceptions. Le co-fondateur Milton Subotsky s’intéresse au Fantastique depuis ses débuts et tend vers le genre. Les succès et les modes du moment permettent de joindre sa passion aux desiderata financiers de son associé Max J. Rosenberg.

Ayant fait l’acquisition d’histoires de Robert Bloch, Amicus Productions lance la mise en chantier d’une adaptation de «The Skull of the Marquis de Sade», une histoire courte parue en septembre 1945 dans le magazine Weird Tales. Milton Subotsky écrit un scénario très libre en partant de la nouvelle originale. Ce scénario fut même considéré comme bien trop léger par le réalisateur Freddie Francis qui s’est retrouvé à broder sur le tournage en improvisant ou en remaniant certains passages de façons à conférer une cohérence à l’ensemble de l’intrigue. Il faut bien reconnaître que, par moment, LE CRÂNE MALÉFIQUE se montre assez étrange. L’aspect le plus évident est une séquence où le héros est emmené par des policiers pour le présenter à un juge. Alors que le film avait des décors contemporains à l’ambiance gothique, cette séquence tranche radicalement avec le reste. Ainsi, on traverse des couloirs dépouillés pour atteindre une salle dénuée de fenêtre ou d’artifice. Ce passage donne l’impression d’être tout à coup transporté dans un épisode surréaliste de CHAPEAU MELON ET BOTTES DE CUIR. Rêve ou réalité ? Rien ne sera clairement explicité, ce qui renforce le cachet étrange du film. Certains avancent que toute cette séquence aurait été ajoutée pour allonger la durée du film qui dépasse au final à peine une heure et vingt minutes. Difficile de savoir !

Freddie Francis est un directeur de la photographie reconnu et qui travaillera encore longtemps dans ce domaine en parallèle de ses activités de réalisateur. Citons par exemple ELEPHANT MAN, GLORY ou encore LES NERFS À VIF (version Martin Scorsese). Au début des années 60, il se lance donc dans la réalisation et va diriger quelques films pour la Hammer. Côté Amicus, il signe LE TRAIN DES ÉPOUVANTES ce qui le mène assez logiquement à entreprendre la réalisation du CRÂNE MALÉFIQUE ainsi que plusieurs autres films au sein de cette maison de production (LE JARDIN DES TORTURES, HISTOIRES D'OUTRE-TOMBE, …). Avec LE CRÂNE MALÉFIQUE, si le scénario n’est pas spécialement extraordinaire, il expérimente. Il joue par exemple avec les couleurs donnant parfois l’impression que le film lorgne vers le cinéma italien de l’époque et particulièrement celui de Mario Bava.  On le ressent assez fortement dans les passages où l’on voit des rideaux soulevés comme par un souffle maléfique devant des vitraux. Le cinéaste a aussi l’idée de nous proposer à de nombreuses reprises une étrange et surprenante vue subjective de l’intérieur du crâne. Les meilleurs passages du film sont évocateurs de manière purement formelle, tirant vers l’expressionnisme. Il en va de même pour la dernière partie du film où la maison du héros semble sombrer dans la folie : les tableaux deviennent bancals, les portes se bloquent… Le personnage hanté par le fameux crâne est-il en train de sombrer dans la folie ? Ou bien une entité maléfique est-elle réellement à l’œuvre ? Quelques détails nous donneront de précieuses indications. Par exemple, le crâne s’est déplacé d’une pièce à une autre entre deux scènes à la toute fin du film ce qui ne laisse plus planer beaucoup de doutes. Toutefois, au final, la non résolution du film peut paraître frustrante.

Dans LE CRÂNE MALÉFIQUE, on retrouve la fine fleur des comédiens du cinéma d’épouvante britannique. Peter Cushing porte une grande partie du film sur ses épaules et il donne la réplique durant quelques scènes à l’impeccable Christopher Lee. A leurs côtés, on peut aussi noter de nombreux seconds rôles récurrents du cinéma anglais : Patrick Wymark, Michael Gough, Patrick Magee, Nigel Green… Mais il est bon de préciser qu’en réalité, la majorité de l’histoire est centrée sur le personnage interprété par Peter Cushing. La dernière partie du film le place d’ailleurs littéralement seul (ou presque) à l’écran sans aucun dialogue.

 

Dans les pays francophones, LE CRÂNE MALÉFIQUE aurait dû avoir pour titre LES FORFAITS DU MARQUIS DE SADE. Mais les héritiers ont fait valoir leurs droits auprès de la justice en empêchant l’utilisation du nom du Marquis de Sade dans la publicité. A la dernière minute, le distributeur a été contraint de masquer le titre original, par des autocollants, sur les photos du film (Ces photos sont visibles dans la base de données de DeVilDead). Dans le film, l’évocation du Marquis de Sade est plus ou moins anecdotique, ce qui est gênant. Le fameux crâne a une influence maléfique, d’où le titre français, mais cela aurait été le cas de n’importe quelle autre entité diabolique. A aucun moment nous ne verrons la figure historique. Seule une séquence se déroulant dans le passé permet de savoir comment le crâne a été extirpé de la tombe de son défunt propriétaire. 

LE CRÂNE MALÉFIQUE a tout de même un gros défaut. Celui-ci de narrer une histoire trop simpliste. A l’issue du film, on se rend bien compte que l’histoire est maigre et son développement très ou trop limité. D’ailleurs, hormis la scène d’ouverture, le crâne se fait attendre assez longtemps alors qu’il donne pourtant son nom au film.

Rédacteur : Christophe Lemonnier
Photo Christophe Lemonnier
Ancien journaliste professionnel dans le domaine de la presse spécialisée où il a oeuvré durant plus de 15 ans sous le pseudonyme "Arioch", il est cofondateur de DeVilDead, site d'information monté en l’an 2000. Faute de temps, en 2014, il a été obligé de s'éloigner du site pour n'y collaborer, à présent, que de manière très sporadique. Et, incognito, il a signé de nombreuses chroniques sous le pseudonyme de Antoine Rigaud ici-même.
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