Amity est une petite station
balnéaire sans histoire. A quelques jours de l'ouverture de la saison, les restes
d'une jeune femme sont retrouvés sur la plage. Plus tard, des preuves révèlent
que c'est l'œuvre d'un requin. Les autorités décident néanmoins de maintenir l'accès
des plages ouvert au public jusqu'au prochain drame ?

Eté
1975, Spielberg
traumatise une bonne partie des Etats-Unis avec JAWS ; de la côte Ouest
à la côte Est jamais les eaux américaines n'auront été aussi peu agitées par des
vacanciers en mal de relaxation aquatique. Cela fait donc plus de 25 ans que le
film est sorti et, si on fait exception des costumes et autre compléments capillaires
d'époque, le film aurait très bien pu être tourné hier.

Troisième film de Spielberg,
LES DENTS DE LA MER explose le box-office à sa sortie et ne sera
détrôné de sa première place de meilleur score de tous les temps que
lors de la sortie de l'épisode IV de STAR
WARS (A New Hope). DUEL
avait été consacré en Europe et avait obtenu le Grand Prix du festival
d'Avoriaz (rappelons que ce que beaucoup de monde considère comme le
premier film du " maître " n'était à la base qu'un téléfilm) et nous
retrouvons ici la même trame : un monstre surdimensionné et surpuissant
que rien ne semble pouvoir arrêter. Spielberg
utilisa d'ailleurs le même son lorsque le camion tombe de la falaise
pour la lente descente du corps explosé du requin. Une sorte de remake
aquatique en somme.

Une menace d'autant plus
effrayante qu'elle se cache au plus profond de l'obscurité des fonds
marins. Et comme si nous n'étions pas suffisamment traumatisés par la
première attaque où le spectateur ressent chaque morsure infligée à
la pauvre Chrissy, le réalisateur se garde bien de nous montrer le grand
blanc. Il préfère laisser ses pauvres victimes dans l'expectative, chacun
imaginant alors sa vision de l'horreur. Ce choix artistique se révèle
souvent décevant quand on découvre en définitive LA vision du département
des effets spéciaux, il n'en est rien ici.

LES DENTS DE LA MER
est aussi l'occasion d'offrir aux acteurs des personnages avec une réelle
profondeur. Il aurait été si facile de tomber dans le piège des
stéréotypes, mais le jeune réalisateur s'entoure d'acteurs confirmés
: Roy
Scheider, Robert
Shaw, et propose le rôle du scientifique Hooper à Richard
Dreyfuss (qui acceptera le rôle pour faire oublier sa précédente
prestation dans THE APPRENTICESHIP OF DUDDY KRAVITZ). Le grand
squale n'est pas la star du film qu'on se le dise, nous assistons avant
tout à une formidable aventure humaine. Une scène résume parfaitement
cet état d'esprit : Quint raconte la terrible histoire de l'USS Indianapolis
et en une fraction de seconde le passé du marin, ses motivations, ses
pensées, toute cette richesse de caractère, qui mériterait à elle seule
un long métrage, devient limpide.

On ne peut pas parler de
ce film sans mentionner la partition de John
Williams. Un thème simple, permettant une large gamme de variations
dans le rythme et l'intensité. Une telle association du son et de l'image
est rare. Cette signature du requin fait partie du patrimoine culturel,
elle est à présent universellement reconnue comme l'annonce d'une menace
imminente et terrible. Spielberg
accorde d'ailleurs la moitié de la réussite du film à la musique.