En 2019, le monde vient d'être ravagé par une guerre nucléaire
qui a abouti à l'instauration de la tyrannie des Euraks. New
York n'est plus qu'un champ de ruines, peuplé de malheureux humains
irradiés. Les Euraks et leurs chasseurs s'y introduisent parfois
pour capturer certains de ces mutants afin de les utiliser comme cobayes
dans des expériences dédiées à la reproduction.
En effet, l'humanité doit affronter un drame terrible : suite
aux quantités délirantes de radiations qui ont été
répandues sur Terre, les femmes ne sont plus fertiles... La Fédération,
une organisation rebelle, capture Parsifal, un aventurier, et le force
à se rendre à New York afin d'y trouver la dernière
femme fertile, supposée être cachée quelque part
dans cette dangereuse cité...

Au début des années
1980, le cinéma populaire italien a soudain proposé de
nombreux titres relevant d'une science-fiction pessimiste et violente,
s'inspirant de certains succès du cinéma anglo-saxon,
tels que MAD
MAX et MAD
MAX 2 de George
Miller, LES
GUERRIERS DE LA NUIT de Walter
Hill et NEW
YORK 1997 de John
Carpenter. Ainsi, la même année que 2019, APRÈS
LA CHUTE DE NEW YORK, on a pu voir sur les écrans de cinéma
français : LE
GLADIATEUR DU FUTUR de Joe
d'Amato, LES
NOUVEAUX BARBARES d'Enzo
Castellari, LE
CHEVALIER DU MONDE PERDU de David
Worth (production italienne réalisée par un américain),
LES
EXTERMINATEURS DE L'AN 3000 de Giulano
Carnimeo, LES
GUERRIERS DU BRONX 2, toujours de Castellari,
et TEXAS
2020, à nouveau d'Amato
!

Sergio
Martino est un réalisateur qui a commencé à
uvrer à ce poste à la toute fin des années
1960. Il fait alors preuve d'une qualité indispensable à
tout bon artisan du cinéma italien : la polyvalence ! Il
tourne ainsi dans tous les styles, en suivant les modes du moment :
mondo (L'AMERIQUE A NU), western (MANNAJA,
L'HOMME A LA HACHE), comédie polissonne (LES ZIZIS
BALADEURS, avec Edwige
fenech et Barbara
Bouchet), giallo (LA QUEUE DU SCORPION)... Ces deux titres
les plus fameux en France relèvent du domaine de l'aventure exotique
: LE
CONTINENT DES HOMMES-POISSONS, dans l'esprit des romans de H.G.
Wells et Jules Verne, et LA
MONTAGNE DU DIEU CANNIBALE, dans un style nettement plus horrifique.
Après 2019, APRÈS LA CHUTE DE NEW YORK, il reviendra
encore à la science-fiction avec ATOMIC
CYBORG, louchant cette fois vers le TERMINATOR
de Cameron.

Le rôle principal de
2019, APRÈS LA CHUTE DE NEW YORK est tenu par Michael
Sopkiw, dont c'était le premier rôle, et qui avait
auparavant fait le mannequin pour payer ses études en art dramatique.
La suite de sa carrière s'inscrit définitivement dans
une tradition Bis purement latine : APOCALYPSE
DANS L'OCEAN ROUGE de Lamberto
Bava, PRISONNIÈRES
DE LA VALLÉE DES DINOSAURES de Michele
Massimo Tarantini et BLASTFIGHTER, L'EXÉCUTEUR, à
nouveau de Lamberto
Bava !

A ses côtés,
on trouve des comédiens dont les filmographies forcent, elles
aussi, le respect. Il y a le bien connu George
Eastman (ANTHROPHAGOUS,
CALIGULA,
LA VÉRITABLE HISTOIRE, LE
GLADIATEUR DU FUTUR... pour ne citer que des titres réalisés
par Joe d'Amato).
Mais on trouve aussi d'autres acteurs aux CV bien remplis et aux traits
familiers : Edmund
Purdom, Romano
Puppo et Al
Yamanouchi, notamment.

2019, APRÈS LA
CHUTE DE NEW YORK s'inspire en priorité de NEW
YORK 1997. Certes, une petite séquence de poursuite automobile,
placée au début du film, s'inscrit dans la tradition de
MAD
MAX 2, mais rapidement, l'histoire s'installe confortablement
dans les rails du scénario écrit par John
Carpenter. Un guerrier du futur, légèrement anarchiste,
est capturé par une organisation militaire, installée
en Alaska, qui le force à exécuter une mission périlleuse
: s'introduire dans les ruines de New York, y découvrir la dernière
femme fertile de l'humanité, et la ramener à eux. Ils
comptent en effet l'envoyer sur Alpha du Centaure à bord d'un
vaisseau spatial, afin de créer une nouvelle civilisation humaine
loin de la Terre contaminée. Parsifal va donc s'introduire dans
la cité, accompagné par deux agents de la Fédération,
et affronter toutes formes de gangs et de tribus qui se partagent Manhattan
: chasseurs de rats, nains, homme-singes, société futuriste
des Euraks...

Tout cela n'est pas très
original, et la réalisation manque un peu de rigueur. Les interprètes
semblent assez à côté de leurs pompes, impression
encore aggravée par une post-synchro anglaise prêtant souvent
à sourire (et plus si affinités !). On apprécie
néanmoins quelques maquettes soignées, un rythme relativement
soutenu, des décors variés et quelques séquences
d'action qui, sans être grandioses, se laissent regarder. Il n'en
reste pas moins qu'il est tout de même permis de se lasser rapidement
de ces péripéties peu palpitantes. La dernière
demi-heure de 2019, APRÈS LA CHUTE DE NEW YORK est la
partie la plus intéressante du métrage, qui se décide
enfin à exploiter la seule originalité de son scénario,
c'est-à-dire le problème de la survie de l'humanité
dans un univers où les femmes sont devenues stériles.
On trouve ainsi de belles séquences, d'une tendresse assez inattendue
pour un film relevant du "post-nuke", un genre plutôt
"macho", notamment entre Parsifal et Giara, ou en ce qui concerne
le personnage de Big Ape. 2019, APRÈS LA CHUTE DE NEW YORK
prend alors un ton mêlant conte philosophique et féerie,
et propose un final bien éloigné du cynisme grinçant
d'un MAD MAX
ou d'un NEW
YORK 1997.

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L'image proposée
sur ce DVD est une belle réussite. Certes, on remarque quelles
petites tâches, et l'image marque une curieuse petite pause
à deux reprises dans le film. Rien de bien grave néanmoins.
On a affaire à une copie superbe, et le transfert propose des
contrastes, des couleurs et une luminosité impeccables. La
compression est pratiquement indécelable. C'est une belle réussite.
Si la jaquette annonce un format 2.35, le film est proposé
en 1.85, ce qui est, bel et bien, le format d'origine.
Sur ce DVD, on ne
trouve que la bande-son anglaise, en deux versions : mono ou Dolby
Digital 5.1. Le travail de remix n'est pas très probant. Les
éléments originaux doivent sans doute être dans
un état de conservation assez médiocre, car on entend
assez régulièrement de bruyants parasites, et les dialogues
ne sont pas toujours très intelligibles.
On remarque
d'abord que le film s'ouvre sur une petite présentation faite
par Michael
Sopkiw. D'ailleurs un bonus caché, se trouvant dans le
menu des suppléments, consiste en une prise alternative de
cette présentation au cours de laquelle Sopkiw
s'emmêle les pinceaux. Une section Art Gallery fait défiler
un poster américain du film ainsi qu'une série de grandes
lobby cards italiennes. La bande-annonce semble être un assemblage
récent d'extraits du film : on a franchement du mal à
croire qu'il s'agisse vraiment du trailer d'époque présenté
en salles, comme le prétend le menu du DVD et la jaquette.
Enfin, on trouve une interview très sympathique de Sergio
Martino (en italien sous-titré en anglais), dans laquelle
il parle avec un enthousiasme certain, mais aussi avec une nostalgie
palpable, de l'âge d'or du cinéma populaire italien et
de son déclin. Les interviews de George
Eastman (en italien sous-titré en anglais) et d'Al
Yamanouchi (en anglais), bien plus courtes, sont déjà
nettement moins intéressantes.

Enfin... le
fameux commentaire audio, qui a fait du premier tirage de ce DVD un
beau collector ! En effet, suite à de nombreuses plaintes à
son sujet, l'éditeur a décidé de retirer de la
vente le premier pressage de ce DVD et de le remplacer par un nouveau
tirage qui n'incluera plus ce "bonus". Ce commentaire audio
a été enregistré par l'acteur Michael
Sopkiw, accompagné de Dolph Chiarino, responsable de ce
DVD, et David Zuzelo : ces deux personnages s'auto-proclament "historiens
du cinéma post-apocalyptique" ! Un de reproches qui revient
le plus souvent à propos de ce commentaire est l'emploi de
formules homophobes. On entend à un moment fuser un "It's
gay" ("C'est gay !") dans un brouhaha de
voix tel qu'il m'a paru difficile de capter le contexte de cette phrase.
Par contre, plus loin dans le film, l'un des "historiens"
proclame qu'ils ont eu, à un moment, l'intention de faire un
petit documentaire dans lequel ils filmeraient Sopkiw
sur certains sites du tournage de 2019, APRÈS LA CHUTE DE
NEW YORK ; mais, ils y ont renoncé parce qu'ils ont vu
de tels bonus sur d'autres DVD et que, en pratique, le résultat
est minable ; ce qui donne la formule argotique anglo-saxonne : "It's
homo" ("c'est homo"), formule fortement
péjorative revenant à dire "C'est nul"...
L'historien déclare tout cela sur le ton de la plaisanterie,
mais Sopkiw
paraît éberlué et choqué par l'emploi de
cette formule ("It's... what ?" : "C'est...
Quoi ?").

En fait, le groupe dont
se moque le plus le commentaire est... celui des français !
A propos de la belle Valentine
Monnier, Sopkiw
raconte qu'elle disait se trouver très laide, et il conclut
: "You know, she's french...", sous-entendant par
là, sans être vraiment méchant, qu'elle est plutôt
coquette. Nos deux "historiens" vont ensuite appuyer lourdement
là-dessus assez régulièrement, à plusieurs
reprises. Là encore, ils vont finir par déclencher la
désapprobation de Sopkiw
: en effet,à propos de Monnier,
ils emploieront la formule, en rigolant, "...malgré
qu'elle ait l'handicap d'être française" ! Sopkiw,
semblant trouver que la plaisanterie va trop loin, rétorque
alors sérieusement qu'il ne considère pas qu'être
français est un handicap.

Mais, en fait, ce qui a
le plus fait couler d'encre, ce ne sont certainement pas les commentaires
considérés par certains comme racistes ou homophobes.
C'est surtout la prise à parti de certaines personnes et sites
internet. Nos historiens s'en prennent à des célébrités
de la presse cinématographique anglo-saxonne ainsi qu'aux membres
de certains forums anglophones dédiés au cinéma
Bis européen et aux DVD fantastique (DVD
Maniacs et Mobius
Home Video Forum). Certains noms de forumers sont accompagnés
d'épithètes insultants. D'autre part, les commentateurs
se montrent aussi assez snobs, se considérant, par opposition
aux visiteurs de ces forums, comme des "vrais" fans de cinéma
"Eurocult". L'affaire a encore rebondi plus tard, quand
Chiarino a publié, sur un site de vente de vidéos et
DVD, un texte où il s'en prend encore plus violemment à
plusieurs autres fans de cinéma Bis (ce texte a été
retiré depuis).

Il faut encore ajouter
à cela que le contenu de ce commentaire n'est pas très
informatif ; nos "historiens" donnent plutôt l'impression
d'être une paire d'ados attardés se lançant des
blagues à tour-de-bras, et se prétendant de "meilleurs"
fans que les autres, alors qu'ils passent tout le commentaire à
dénigrer (parfois de façon amusante) ce film qu'ils
disent adorer contre le reste du monde ! Si la plupart des propos
relevés auraient à peine leur place sur un forum de
discussion, on peut effectivement se dire qu'ils n'ont RIEN à
faire sur un commentaire audio. Tout cela sent le règlement
de compte aigri et mesquin, et nos deux historiens semblent sérieusement
manquer de maturité et de recul par rapport à leur passion
pour le cinéma. Conclusion : une belle tempête dans un
verre d'eau et un petit coup de pub pour Shriek Show...

2019, APRÈS LA
CHUTE DE NEW YORK est un sympathique film de science-fiction post-apocalyptique,
souffrant de certains défauts évidents (rythme, interprétation,
direction artistique...), mais que sa modestie et l'originalité
de sa dernière demi-heure sauve en partie.
Emmanuel
Denis
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