A New York, au XIXè siècle, un savant assiste impuissant à la
mort de sa fiancée, abattue par un voleur. Il se met alors au travail
pour créer une machine qui lui permettrait de remonter dans le temps
et de changer les évènements. Après quatre ans de travail, l'invention
est prête. Elle va lui permettre de voyager dans le temps, aussi bien
dans le passé que dans le futur...

Au début des années 2000,
de grands studios hollywoodiens vont tenter de remettre à jour certains
des films de science-fiction les plus populaires de leurs catalogues.
La 20th Century Fox demande à Tim
Burton de réaliser LA
PLANÈTE DES SINGES, remake du classique de Franklin
J. Shaffner sorti en 1968. MGM fait tourner par John
McTiernan une nouvelle version du ROLLERBALL
de Norman Jewison
(qui avait été produit par United Artists, studio définitivement acquis
par la MGM en 1981). Warner prend une décision semblable en décidant
de remettre à jour un de ses titres les plus populaires : LA
MACHINE A EXPLORER LE TEMPS de George
Pal, sorti en 1960. Cette firme va alors s'associer avec Dreamworks,
qui possède un atout de choix : cette firme détient dans son giron un
réalisateur dénommé Simon
Wells... l'arrière-petit-fils d'H.G. Wells, le célèbre écrivain
de science-fiction britannique, auteur du roman original publié en 1895
(année de l'invention du cinéma, comme on l'a souvent souligné !). Toutefois,
Simon Wells a
surtout travaillé en tant que réalisateur dans le domaine de l'animation,
au sein de compagnies fondées par Steven
Spielberg, qu'il s'agisse d'Amblin (FIEVEL AU FAR WEST...)
ou de Dreamworks (LE
PRINCE D'EGYPTE...). Il s'agit donc de son premier film "live",
qui est, de plus, un très gros budget. Wells
souffrira de surmenage peu de temps avant la fin du tournage, et il
sera remplacé, essentiellement pour des scènes prenant place dans l'univers
des Morlocks, par Gore
Verbinski (LA SOURIS, LE
CERCLE...), un autre réalisateur affilié à Dreamworks. Pour
le rôle du voyageur temporel, appelé ici Alexander Hartdegen, on trouve
Guy Pearce (VORACE,
MEMENTO...), tandis que le chef des Morlocks est interprété par
Jeremy Irons,
qu'on ne présente plus !

Alexander Hartdegen, un inventeur
farfelu mais doué, perd sa fiancée Emma lorsque celle-ci est assassinée
par un malfaiteur qui voulait lui dérober sa bague de fiançailles. Hartdegen
décide alors de consacrer sa vie à l'élaboration d'une machine qui lui
permettrait de voyager dans le temps, de remonter dans le passé afin
de changer les circonstances qui ont mené à la mort d'Emma. Après des
années de travail obstiné, il parvient donc à mettre au point sa "Machine
à Explorer le Temps". Il s'en sert pour revenir en arrière et réussit
à empêcher qu'Emma soit assassinée par le brigand. Pourtant, la même
nuit, elle sera tout de même tuée, dans un accident de la circulation
cette fois. Hartdegen comprend qu'il ne peut pas changer le passé...
mais il ne comprend pas pourquoi ! Il décide dès lors de se projeter
dans le futur afin de rencontrer des civilisations humaines plus évoluées
qui auront, comme lui, percé le secret du voyage dans le temps...

Tout ce récit, assez intéressant,
correspond en fait à la première demi-heure du métrage. Certes, l'ensemble
paraît aller beaucoup trop vite, et le spectateur n'a guère le temps
de s'attacher aux personnages. On apprécie tout de même un travail de
reconstitution et de décoration d'un grand raffinement, ainsi que la
volonté de poser un récit de science-fiction avec des enjeux précis
et intéressants.

Hartdegen atteint ensuite
un lointain futur (plus de 800 000 ans après J.C.), dans lequel l'humanité
a évolué en deux branches séparées : les Elois, qui vivent à la surface
de la Terre, et les Morlocks, peuple souterrain qui se nourrit de la
chair des Elois. Hélas, toute cette partie laisse beaucoup à désirer.
Le caractère "lutte des classes" des relations entre les Morlocks
et les Elois est très atténué, surtout si on compare la présentation
des Elois dans le film de Pal
à celle de cette nouvelle version. Dans la version de 1960, on avait
un peuple complètement apathique et infantile, conditionné à n'être
qu'un bétail complètement imbécile : cette vision glaçante du futur
était d'une force terrifiante, digne du trop mésestimé ZARDOZ.
Dans ce remake, les elois sont devenus une espèce de tribu "primitive"
(c'est pour cela qu'ils ont la peau brune nous apprend un commentaire
audio !!!) aux coutumes new age (les moulins des ancêtres...) peu intéressantes,
mais longuement et pompeusement exposées. Toute la force démonstrative
du récit de Wells s'effondre alors, et on doit se contenter d'un film
d'aventures bien quelconque.
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Si on peut se
distraire en contemplant, par-ci par-là, quelques belles mattes, on
reste tout de même assez perplexe. L'exploration du domaine des Morlocks
(créatures à mon sens pas très réussies ici, mais bon...) ne relance
guère l'intérêt, et les décors de leur antre sont forts laids. Seule
la rencontre avec l'uber-morlock, incarné par Jeremy
Irons vient nous rappeler les thèmes centraux de l'histoire (le
socialisme et le voyage dans le temps), mais tout cela est rapidement
expédié...

Édition récente oblige, la
qualité d'image du DVD est impressionnante. Définition, couleurs et
luminosité sont spectaculaires, et seul un léger manque de profondeur
des noirs dans quelques scènes sombres est à signaler. On est proche
du sans-faute. En matière de bande-son, on trouve les pistes anglaise,
française et italienne en 5.1, ainsi que toute une gamme de sous-titres
européens.

L'édition proposée est relativement
riche en bonus. On trouve une scène inédite, en fait une ouverture alternative
pour le film, qui est assez intéressante et réussie. Pour la séquence
de la chasse à l'homme, Wells
a réalisé une petite ébauche du découpage en dessin animé, qui nous
est proposée ici. On a aussi accès à quatre documentaires (dont le plus
long dépasse à peine cinq minutes) consacrés à des effets spéciaux :
ils sont bien légers et évoquent, au mieux, des featurettes.

On trouve encore trois bandes-annonces
(non sous-titrées) et une très belle galerie de dessins préparatoires.
En fait, il ne vous faudra pas plus d'une demi-heure pour faire le tour
de ces bonus. Le gros morceau est constitué par deux commentaires audio,
hélas non sous-titrés, ce qui est tout de même TRÈS regrettable pour
un DVD distribué en France par une grosse compagnie !

Le premier commentaire est
du réalisateur Simon
Wells et de son chef-monteur Wayne
Wahrman : souffrant d'un léger manque de densité, il a tout de même
le mérite de nous apprendre pas mal de choses sur les circonstances
du tournage et, encore plus intéressant, sur les modifications et changements
dans certaines scènes. Le second commentaire, par le producteur David
Valdes, le décorateur Oliver
Scholl et le superviseur des effets visuels Jamie
Price souffre, lui, de répéter beaucoup de choses déjà dites dans
le premier commentaire ; en fin de compte, il paraît peut-être un peu
superflu...

Certes, LA MACHINE A EXPLORER
LE TEMPS a des qualités. Sa première demi-heure souffre d'une narration
un peu brouillonne, mais elle pose des enjeux intéressants sur lesquels
le film aurait pu se construire de façon solide. Certaines séquences
d'effets spéciaux sont époustouflantes (parfois même un peu trop grandiloquentes).
Mais l'ensemble, trop inégal, laisse tout de même sur une impression
de déception.
Emmanuel
Denis

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