L’innommable arrive finalement à la dulcinée de Shiniji. Et la soirée
des trois amis se transforme en excursion vengeresse. Matsumura
amène alors plutôt bien ce retour à l’instinct animal des protagonistes.
Humiliés et sans avenir, ils n’ont plus rien à perdre. On arrive au
cœur du problème d’ALL NIGHT LONG: jamais le spectateur ne se
sent réellement impliqué alors que l’on pouvait s’attendre à un phénomène
d’identification facile avec trois personnalités bien différenciées.
On reste passif, spectateur mais pas voyeur car il faut bien reconnaître
que le film ne mérite pas sa réputation de film extrême. Bref on s’ennuie
du début à la fin.

N’allez pas
croire que je suis un blasé de scènes gores et de situations immondes
! Mais les visions s’enchaînent et le film reste plombé de tous les
côtés. Il peut nous venir à l’esprit un «et si c’était moi ?», classique,
mais insuffisant car c’est bien la seule réflexion que l’on peut avoir
en 90 minutes. Où est le nihilisme dans tout ça ? Il ne suffit pas de
proposer un vague scepticisme sur la société pour utiliser aussitôt
un concept aussi fort. Je m’interroge aussi sur la relative impunité
dont jouit Tetsuya (même s’il faut bien reconnaître que son cerveau
est flingué à vie).
Je pense alors
à IRREVERSIBLE
de Gaspar Noé qui
traite aussi du thème de la vengeance. Ici jamais l'acte ultime n'est
justifié et nous sommes amenés à réfléchir en permanence sur nous-mêmes.
Aurais-je réagi ainsi ? Mon instinct animal le plus primitif l'aurait-il
emporté sur ma raison ? Alors que Monica
Bellucci entre dans le tunnel rouge, nous sentons tous que notre
vie peut basculer à tout moment. Rien de tout cela dans ALL NIGHT
LONG, pourtant on sent une réelle intention chez le réalisateur/scénariste.
Malheureusement, il y a un manque évident de talent chez lui (ce qui
explique peut-être qu'il en soit resté aux trois parties des
ALL NIGHT LONG).

D’un point de
vue purement technique cette édition nous propose une piste sonore Dolby
Digital 2.0 bien plate et des sous-titres anglais et hollandais (attention
il arrive qu’ils passent trop rapidement). Et l’image dans tout cela
? Tel le docteur Frankenstein vous vous écrierez en observant les arrière-plans
: «it’s alive !». La compression est au bas de sa forme et d’un plan
à un autre la qualité passe d’honorable à immonde. Finissons sur les
bonus : une galerie de photos en slideshow. Merci mais non merci.

Pas assez gore
pour combler les fans de sensations fortes ; beaucoup trop long pour
un propos relativement simple, ALL NIGHT LONG s’adresse uniquement
aux plus passionnés d’entre vous. Annoncé comme un classique, la déception
fut à la hauteur de mon ennui profond ce qui fait d’ALL NIGHT LONG
une œuvre largement surestimée à la lecture des quelques critiques anglaises
glanées sur la toile.
Pierre-Yves
"Lord Taki" Taczynski