Header Critique : SCREAMERS (PLANETE HURLANTE)

Critique du film et du Blu-ray Zone A
SCREAMERS 1995

PLANETE HURLANTE 

Sur la planète Sirius 6B, des survivants d'une violente guerre se terrent dans un bunker. L'arrivée d'un soldat porteur d'un message de paix les intriguent, d'autant qu'il est réduit en bouillie par les « Screamers », robots souterrains émettant des cris paralysants, fabriqués par l'homme. Et qui traquent les battements de coeurs pour ensuite tout détruire. Hendricksson (Peter Weller) se décide malgré tout à partir à la rencontre de ses opposants, accompagné d'Ace Jefferson (Andrew Lauer), seul soldat survivant d'un crash de vaisseau spatial. Mais les Screamers ont visiblement auto-évolué vers autre chose.

Inspiré d'un nouvelle de Philip K. Dick, SCREAMERS est un film qui, de l'aveu de son réalisateur dans les bonus, a couté à peine plus que 5 millions de dollars,. Tourné entièrement au Québec, par des températures allant jusque -40 (ça se voit) et par une équipe toute jeune, il en résulte une série B filmée à l'énergie par un ancien caméraman (Duguay fait aussi office de son propre opérateur ici), spécialiste de la Steadycam. Sorti par Triumph Films aux USA , alors la branche « action » de la Columbia, le film se planta quelque peu malgré une importante promotion. Le film débarqua le 10 juillet 1996 en France sous le titre PLANETE HURLANTE, avec là aussi une belle campagne de communication. Malgré cela, une maigre recette de 219 000 tickets vendus dans la chaleur d'été pas encore propice aux Blockbusters. Passés les DVD et une séquelle tardive, le film revient en Blu ray aux USA ce début 2019 via Scream!Factory.

Adapté de la nouvelle «Second Variety» de Philip K. Dick, SCREAMERS modifie quelque peu les éléments. Des années 50 du récit littéraire, le scénario fut d'abord écrit par Dan O'Bannon (ALIEN, L'INVASION VIENT DE MARS) dans les années 80 puis réécrit par Miguel Tejada-Flores (scénariste de FRANKENSTEIN'S ARMY) en 1994. Cela catapulte l'action en 2078. Tout comme évacue l'affrontement russo-américain par celui de deux états «l'Alliance» et «Le Nouveau Bloc Economique». Mais conserve cependant l'approche bipolaire et socio-économique. Une approche équilibriste qui fonctionne encore aujourd'hui, le film gardant une résolue modernité quelques 24 ans après sa sortie. notamment sur l'impact de l'intelligence artificielle, et son message pessimiste qu'après tout, cela ne se finira pas forcément de manière positive pour l'humanité.

Le choix de Peter Weller en héros déconcerte. Dans une époque pétrie de Schwarzenegger (son opposé pour TOTAL RECALL), Stallone et autres Willis, son approche plus cérébrale apporte une fraicheur non négligeable. Surtout face à un Roy Dupuis physique, brutal, avec la particularité de citer du Shakespeare à chaque échange. L'adjonction de Jennifer Rubin, fraîche émoulue de PANICS et THE CRUSH, l'élément féminin obligatoire mais physique et équilibré de l'environnement glacial et testostéroné.

Duguay privilégie un travail physique de la caméra, n'hésitant pas à s'arnacher à sa steadycam pour donner l'aspect athlétique requis. De la séquence d'ouverture aux accents gore, montées en alternance avec la vision « screamers » des victimes et jusqu'au final batailleur, on sent la volonté de dynamiser un récit complexe - une dualité homme/machine qui repose non seulement sur une dialectique somme toute hégélienne. Mais aussi sur la nature profonde de la relation de l'homme face à lui-même. Une mise en scène mobile, utilisant à merveille la désolation glacée. De la Chute-Montmorency à des décors désolés (le film fut entièrement tourné autour de Montréal), Duguay élabore un monde perdu, sorte de western futuriste désespéré. La dégaine de Weller, anti-héros abandonné à ses fins, colle idéalement à ces choix de réalisation. Il offre un univers cohérent, ce qui s'avère assez rare dans ce type de films.

De menaces cachées en ruptures de ton, SCREAMERS sait ne pas céder aux sirènes du montage-hachis qui commençait ses ravages en cette décade 1990-2000. On pourra lui reprocher certains moments parfois inutiles à l'action, mais les auteurs prennent leur temps d'élaborer personnages et construction dramatique. Ça fait du bien, d'autant que le contenu du récit s'avère bien plus ambitieux que la majorité des films sortis pendant ces années-là.

Un élément qui perdure aussi: l'approche esthétique science-fictionnelle qui reste toujours pertinente. Qu'il s'agisse du mode de lecture des puces électroniques, de l'approche des décors en ruine et de la technologie usitée... les hologrammes ou même le casque de réalité virtuelle que porte Andrew Lauer... tout reste encore d'actualité. Y compris les aspects de paranoïa et de décadence chères à Philip K. Dick.

Le scénario donne également au spectateur un nombre assez important de petites touches délicieusement perverses. Les cris des Screamers (dont l'aspect semble recyclé d'ALIEN, un apport de Dan O'Bannon, peut-être?), leur monde souterrain où personne n'ose s'aventurer. La menace des enfants solitaires. Les lames tranchantes des robots, sectionnant membres et broyant les corps. Le plan final, jouant toujours sur l'ambiguïté qui apparait un moteur directeur du film. Mais aussi ces cigarettes rouges anti-radiations, à fumer uniquement en cas de danger. Un joli paradoxe noté par ailleurs par Ace Jefferson, tout en tirant plusieurs bouffées.

Malgré les limites imposées par le budget du film (selon Duguay : 5 millions de $, mais selon le producteur Tom Berry: 11 millions) et le spectre très large que souhaite couvrir le récit et ses implications, SCREAMERS s'en sort avec tous les honneurs. Certes, quelques défauts techniques propres aux premiers effets en CGI tirent le film vers le bas, tout comme une durée peut être excessive pour son propre bien. Sans parler de l'inévitable scène de baiser entre les deux héros, dont on aurait vraiment pu se passer.

Mais le film génère suffisamment d'action et de réflexions intelligente sur la nature de homme face à l'hostilité de l'environnement, sa propre nature et celle de sa création pour maintenir un intérêt constant. Duguay sait élaborer du suspense, indubitablement. Avec son quota de gunfights, d'explosions, de sectionnement de membres. Une vraie dynamique créative, propre à toute bonne série B, gorgée d'idées narratives et de mise en scène et portées par des acteurs éclectiques jouant au mieux les conflits qui les animent.

SCREAMERS arrive sur un BD 50 (MPEG4 - AVC) en 1080p via le label Scream!, codé en région A. Un menu d'accès simple, avec la musique du film en fond, permet de naviguer sur le choix d film, les suppléments, le choix des scènes et la possibilité de sous-titres anglais.

Si la copie au format 1.78:1 apparait propre avec une présence très réduite de poussières et autres imperfections, on en peut pas dire que le passage à la haute définition se fasse sans souci. A croire que ce nouveau master 2K semble provenir de la même source que les précédentes éditions DVD. Certes, les soucis rencontrés lors du tournage par grand froid a du faire que la pellicule Kodak utilisée soit différente et donc dénote entre les scènes extérieurs vs intérieures. On pointera un certain manque de précision dans certains détails lors de quelques plans, alliés à quelques contrastes malheureux. Mais l'ensemble magnifie le travail naturel de la photographié opérée par Rodney Gibbons. Un artiste ayant déjà travaillé avec Christian Duguay sur SCANNERS II : THE NEW ORDER mais aussi sur des oeuvres challengeant d'un point de vue photographique comme MEURTRES A LA SAINT VALENTIN ou LE PETIT ANGE. Son approche de sources de lumières diffuses, d'atmosphère grisonnante et dépressive prend ici tout son sens. Le travail sur les effets spéciaux visuels traversent agréablement les années (la station du bunker, les villes désolées via des matte-paintings adroits). Par contre, la HD ne rend pas justice aux effets numériques, qui en étaient à leur tout début. Comme le précise le réalisateur dans son bonus, la durée de correction d'un effet prenait à cette époque plus de 20 heures, y compris les possibilités offertes. Les effets en stop-motion sont eux plutôt solides. Mais de manière générale, on sort satisfait de cette vision, surtout via la palette de couleurs offerte. Les orangés robustes se disputent aux bleus-gris-noirs intérieurs précis. Les habitués au DVD verront des couleurs quelle peu adoucies, correspondant cependant plus à la vision du réalisateur. La durée totale du film est de 108mn23.

Côté son, une relative déception. Une piste non compressé en DTS HD MA 2.0 stéréo reprend la piste du mixage Dolby Stéréo d'origine. Si l'on reprend le DVD Z2 sorti chez Columbia Tri-Star en 1999, non seulement le format est différent (1.85:1), mais il existe également des mixages anglais (et français) en Dolby Digital 5.1. Immersifs, ils donnaient toutes leurs puissances aux attaques des Screamers, principalement sur les effets arrières gauches et droits, inexistants sur la piste du Blu Ray. En effectuant un test comparatif avec le mixage 5.1 anglais, il existe un gouffre avec celui présent sur la galette de chez Scream. Il y a par ailleurs de fortes chances que ces mixages aient été importés des pistes SDDS (un système Sony) effectuées pour l'occasion par Triumph aux USA et Columbia en France. Donc, une perte pour l'audiophile amateur. La musique planante du générique de début, composée par Normand Corbeil, reste également perdante - tout comme les effets et bruitages (lors de la découpe du mot SCREAMERS, entre autres). La possibilité d'adjoindre des sous-titres anglais est un plus.

Au niveau des suppléments, Shout! et sa branche horreur Scream déçoit rarement et force de reconnaître la volonté d'offrir une large perception artistique des auteurs et acteurs impliqués.

Northern Frights: un long entretien avec le réalisateur Christian Duguay. Partant de ses débuts de caméraman, sa spécialisation chez Steadicam, les difficultés du tournage, et les excellentes relations avec l'ensemble de l'équipe. Il couvre quasiment tous les aspects, y compris celui de constater que ce film traverse les années, car la plupart des fans venant vers lui étant ceux de SCREAMERS, même s'il est depuis passé à autre chose, avec des films comme JAPPELOUP, BELLE ET SEBASTIEN 2 ou le remake d'UN SAC DE BILLES !

Avec From Runaway to Space, l'actrice Jennifer Rubin (FREDDY 3, LES GRIFFES DU CAUCHEMAR), un brin à l'ouest mais totalement naturelle, parcourt elle aussi sa carrière de mannequin jusqu'au tournage et l'héritage laissé. Une femme à la forte personnalité, expressive - ce qui d'ailleurs transpire énormément à l'écran. Avec beaucoup de vivacité, de charme, ses anecdotes et son respect pour Peter Weller (hélas absent des bonus) et l'équipe ne sont pas entamés par les années.

Pour Orchestrating the future, Tom Berry offre indiciblement le segment le plus intéressant du lot. La gestation difficile du projet, d'abord initié par le producteur Charles Fries (CHRONIQUES MARTIENNES) au début des années 80, puis bloqué par la banqueroute de sa firme TV. Pour ensuite resurgir vers 1994. Il ne tarit pas d'éloge sur l'approche athlétique de Duguay quant au tournage, le choix d'héros autre en la personne de Peter Weller, le choix inhabituel des décors naturels... jusqu'aux détails de la sortie en salles et des esprits portés par le film. Il mentionne également sa déception pour a mise en images de la séquelle, tout comme la mise en chantier prochaine d'une série TV. Une mine d'informations!

Enfin, la vision très humble du scénariste Miguel Tejada-Flores, qui raconte son passage de l'écriture des TRONCHES, qui l'a estampillé comédie, au passage à la SF/Horreur qu'il affectionne. Un personnage extrêmement attachant et lui aussi, bourré de respect envers tous ceux qui ont participé à l'élaboration de SCREAMERS. Le tout sans être obséquieux, juste humain. 4 interventions toutes différentes, passionnantes, complémentaires à travers leur prisme de lecture. Elles savent offrir au spectateur l'ampleur du travail accompli sur une production au budget mineur mais à l'ambition technique, narrative et une direction artistique affirmée. Un bémol : la forme adoptée par les interviews, toutes entrelardées de cartons supposés indiquer au spectateur le sujet de la conversation. Indiquant un montage (des coupes) que l'on sent important, manquant quelque peu de fluidité pour instants. A noter par ailleurs que le recto de la jaquette est inexact (donc trompeur), omettant l'interview de Jennifer Rubin et un format également autre. Pour compléter: le film annonce en VO (et SD) ainsi que la jaquette réversible présentant la couverture américaine lors de sa sortie.

En tous cas, cette édition de SCREAMERS mérite très largement le détour malgré les quelques défauts pointés. Une diversité et complétude des interventions dont certains éditeurs français feraient bien de s'inspirer, tout comme de s'intéresser au patrimoine des films 1990-2000 singulièrement absents sur notre territoire. Le film garde une vision moderne, et toujours d'actualité, sur l'impact de l'intelligence artificielle. un récit de SF au ton sûr, noir et magnifié par une HD pertinente. Très recommandé.

Rédacteur : Francis Barbier
Photo Francis Barbier
Dévoreur de scènes scandinaves et nordiques - sanguinolentes ou pas -, dégustateur de bisseries italiennes finement ciselées ou grossièrement lâchées sur pellicule, amateur de films en formats larges et 70mm en tous genres, avec une louche d'horreur sociale britannique, une lampée d'Albert Pyun (avant 2000), une fourchettée de Lamberto Bava (forever) et un soupçon de David DeCoteau (quand il se bouge). Sans reprendre des plats concoctés par William Friedkin pour ne pas risquer l'indigestion.
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L'édition vidéo
SCREAMERS Blu-ray Zone A (USA)
Editeur
Scream! Factory
Support
Blu-Ray (Double couche)
Origine
USA (Zone A)
Date de Sortie
Durée
1h48
Image
1.78 (16/9)
Audio
English DTS Master Audio Stéréo
Sous-titrage
  • Anglais
  • Supplements
    • Northern Frights : Entretien avec Christian Duguay (21mn11 - VO - HD)
    • From Runaway to Space : Entretien avec Jennifer Rubin (18mn58 VO HD)
    • Orchestrating the future - Entretien avec Tom Berry (23mn58 VO HD)
    • More Screamer than Human - Entretien avec Miguel Tejano-Flores (11mn03 VO HD)
    • Film annonce original (1mn56 VO SD)
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