LUFF 2011

  Quatrième Jour

Lausanne traumatisée. Lausanne Luffifiée. Mais Lausanne libérée !
Cela aurait aussi pu se dérouler comme cela en ce vendredi 21 octobre au Lausanne Underground Music & Film Festival. Dans la profusion de documentaires, moyens métrages, l’érotisme lesbien SM de l’«Erotic Noir», les workshops, la création du LUFF 2011, les expositions... On a préféré se diriger vers la sélection Gore Factor afin de trouver une charmante déclinaison en ré majeur sur le sanguinolent. Et[*] l’on assiste au gré de la journée à quelques métrages dont le ressort narratif fait la part belle à un indispensable ennemi.

C’est donc tout naturellement que la projection de CHOP se présente à nous. Une affiche prometteuse avec une tête coupée en deux dans le sens de la hauteur finit d’achever le chaland. Réalisé par Trent Haaga, il est «connu» pour avoir écrit TOXIC AVENGER IV et le médiocre DEADGIRL. Pas forcément des gages de qualité mais on va faire avec. Ici le héros nommé Lance (Will Keenan alias Billy Bakshi) tombe en panne de voiture. Un étranger (Timothy Muskatell) le prend en stop, puis l’oblige à la faveur d’un chantage à tuer son frère d’un coup de hache en pleine tête. L’étranger intime alors Lance à respecter un pacte étrange. Mais ce dernier brise le pacte et va graduellement perdre son intégrité physique. CHOP est indéniablement sympathique avec son mélange de héros pleutre, loser total en voie de perdition et de situations horrifiques. Will Keenan pousse le bouchon un peu loin par moments, mais le héros de TROMEO & JULIET et de TERROR FIRMER sait y faire. Keenan joue la carte de la manipulation à fond pour mieux mettre en évidence son manque de sincérité. Les amateurs de Bis apprécieront le tout petit clin d’oeil à Camille Keaton au passage. Problème : le métrage reste vain pendant ses 84 minutes. Et il ressemble furieusement au point de départ de SAW pour la punition du héros qui doit payer pour sa faute passée. Un contrepoint moral saupoudré d’humour noir, certes. Mais un décalquage quelque peu grossier du film de James Wan, jusque dans le titre. C’est jusqu’au-boutiste mais, heureusement, ne cède pas à la tentation du torture porn. Le calvaire de Lance demeure contrebalancé par ses atermoiements et les révélations qui font rebondir l’histoire. Donc la perception de son bourreau qui devra s’adapter. Quelques moments très drôles : on aime beaucoup les bears-leather-daddy à la ZZ Top amateurs de la série ARNOLD & WILLY qui viennent pour découper une jambe ! Mais comme les autres intervenants du scénario, si l’idée est fun, le tout paraît artificiel. Et peu de gore au final car là ne réside pas la finalité de CHOP : le film fonctionne surtout comme une comédie avec quelques accès de violence. Une mise en image assez crue, des effets discrets mais percutants et un emballage visuel de qualité. Mais un final, c'est surtout un métrage très décevant qui tombe complètement à plat. Vain.

Mais au fond, quel meilleur ennemi un humain peut-il avoir si ce n’est au sein de sa propre famille ? Quel meilleur ressort narratif que de faire d'une mère supposée modèle un monstre ? Frank Perry semble l’avoir bien compris et va réaliser en 1981 un film qui va devenir culte aux USA. Suite notamment à un échec total lors de sa sortie et des critiques abominables. MAMAN TRES CHERE (ou MOMMIE DEAREST en version originale) est également supposé avoir tué la carrière à la fois de Faye Dunaway, qui coproduisait le film, et de son réalisateur. Frank Perry avait donné parmi les métrages les plus singuliers de la fin des années 60 et 70 : le chef d’œuvre THE SWIMMER, JOURNAL INTIME D’UNE FEMME MARIEE et les fantastique PLAY AS IT LAYS (classé X en 1972 !) et ENQUETE DANS L’IMPOSSIBLE. Ici, c'est une biographie de l’actrice Joan Crawford qui, à travers les yeux de sa fille Christina, avait tout pour séduire Hollywood et le public. Erreur totale. Et on pourrait aussi se demander ce que fait un tel film au LUFF ? Il s’agit en fait de la sélection de Peaches Christ, qui anime régulièrement les soirées Midnight Mass à San Francisco. Surtout le jour de la fête des mères avec la projection de MAMAN TRES CHERE, où les spectateurs affluent par centaines, habillés en Joan Crawford, avec des cintres en fer à la main. Pourquoi ? Parce que MAMAN TRES CHERE est un biopic qui vire au film d’horreur psychologique, due à l’interprétation survoltée, campissime, grotesque et démesurée de Faye Dunaway. Et que le film recèle des trésors de perversité et de malsain, surtout dans la scène où elle tabasse sa fille à grands coups de cintres ! Christina, jouée par Mara Hobel, a du endurer un tournage difficile avec des scènes de torture mentale et physique qui gardent un impact intact encore aujourd’hui. Tout comme Diana Scarwid dans la peau de Christina adulte, avec un duel corps à corps avec Faye Dunaway là aussi tendu à l’extrême. Le pire dans cette histoire : MAMAN TRES CHERE a été adapté du livre de Christina Crawford relatant son enfance de fille de star, avec toutes le horreurs, frustrations et espoirs que cela a suscité. A bien y regarder, MAMAN TRES CHERE est bien un film d’horreur oscillant entre hilarité de certaines scènes au-delà du réel, avec une Faye Dunaway possédée, mais qui provoque un malaise en contrepoint. Très grand et à découvrir impérativement.

Ceci dit, le meilleur ennemi que le cinéma ait pu connaître reste encore le diable et sa cohorte de superstitions. Certes, pour celles et ceux qui n’y croient pas, cela peut donner quelques films croquignolets. Mais jouer sur les superstitions et les parallèles que cela peut engendrer avec la psychiatrie du début du XXème siècle, on joue sur un registre différent et nettement plus intéressant. Et lorsque des scènes de sabbat, d’orgies, d’apparitions diaboliques, de tortures font surface, l’intérêt du fan de film de genre est en émoi. Enfin, quand on découvre que tout cela se retrouve dans un film danois de 1922, la surprise est totale.

Pour couronner le tout, le LUFF décide donc de présenter HAXAN-LA SORCELLERIE A TRAVERS LES AGES du suédois Benjamin Christensen avec une performance live de Ghedalia Tarzates pour accompagner la projection. Un déluge de sons, cris, murmures, râles mixé avec des percussions, bruissements et autres sonorités quasi techno qui tentent de synchroniser le rythme du mal et des superstitions qui engouffrent les personnages du film. Déroutant sur les premières minutes du film, comme si la création musicale avait du mal à trouver son propre rythme, tant les images saccadées défilent et invitent à la dégradation. Puis des violons mélodiques rappelant Michael Nyman pour ses compositions de Z.O.O appellent d’autres sensations. On se laisse porter par à la fois les images incroyablement modernes du film et l’avant-garde musicale qui résonne. Les deux univers à priori disjoints se rejoignent dans l’extrême. La violence des images du film dans sa démonstration de tortures médiévales, sa vision étroite des femmes, les torrents d’horreur qui ont été commises au nom de la religion et des superstitions locales s’accommodent fort bien du côté expérimental et atonal du monde sonore de Ghedalia Tarzates. 76 minutes de bonheur radical avec les sensations visuelle et auditive d’avoir assisté à un pur chef d’œuvre en avance sur son temps.

Alors : quel est le meilleur ennemi ? Celui avec qui on couche, dirait tout de suite une Julia Roberts de vingt ans d’âge. Mais nous savons qu’il n’en est rien dans le cinéma qu’on apprécie et cette journée rude en sévices multiples nous l’aura bien rappelé avant de laisser la place à une

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 Dossier réalisé par Francis Barbier.

 Remerciements à tous les bénévoles et aux organisateurs du LUFF..

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