Docteur Justice (1975)
Posté le 2009-05-19 13:54:38

En 1974, le producteur Michel Ardan (Les Grandes Gueules, Les Bidasses en folie) demande au cinéaste Christian-Jaque (Fanfan la Tulipe, Le Saint prend l’affût), s’il connaît la bande dessinée Docteur Justice. "À ma grande honte, je dus bien reconnaître mon ignorance en la matière. Puis, il me soumet l’idée de faire un film avec ce personnage et nous en restons là. Le dimanche suivant, je rencontre un de mes petits neveux, je lui demande s’il connaît Docteur Justice, et alors là, je reçois une réponse tout à fait enthousiaste : "C’est une histoire fantastique, des aventures extraordinaires…"" Christian-Jaque revoit alors Ardan pour lui signaler son intérêt.

Benjamin Justice est un médecin travaillant pour l’Organisation Mondiale de la Santé. Ayant appris le judo auprès d’un maître japonais, il sait se défendre et maîtrise le kiaï (le "cri qui tue"). Ses adversaires sont des esclavagistes, des trafiquants de médicaments, des mercenaires et des dictateurs. Créé en 1970 par le dessinateur Carlo Marcello (qui s’est inspiré d’Alain Delon) et le scénariste Jean Ollivier, le héros a vécu ses aventures dans les pages de "Pif Gadget" avant d’avoir son propre magazine. Surfant sur la vague du kung-fu, Docteur Justice rencontre un grand succès auprès du jeune public.

Il est pourtant difficile de convaincre des financiers de participer à un "film de karaté" français ; le budget obtenu par Ardan est donc limité et ne permet de ne consacrer que trois mois à l’écriture du scénario. Marcello trouve la trame générale : une organisation criminelle parvient à voler du pétrole transporté par des supertankers. Après avoir écarté l’idée d’accostage (la loi maritime l’interdit), le dessinateur imagine un pipe-line souterrain qui aboutirait en mer (et vend l’idée à Christian-Jaque en affirmant que les Allemands procédaient ainsi pendant la guerre, pieux mensonge). Le réalisateur et Jean Ollivier peaufinent le script, tandis que Jacques Robert se charge des dialogues.

Reste maintenant à dénicher l’interprète principal. "Trouver un acteur qui soit acrobate, karateka, cascadeur, bon comédien et qui, en plus, ait le physique de Docteur Justice était une gageure ! (…) Nous avons reçu des dizaines de photos, vu défiler sous nos yeux des dizaines de comédiens qui n’avaient pas le moindre point commun avec le personnage." Le choix se porte finalement sur John Phillip Law, qui a déjà interprété deux personnages de bandes dessinées : Diabolik dans le film de Mario Bava et l’ange Pygar dans Barbarella de Vadim. L’acteur américain n’a qu’un mois pour s’initier aux arts martiaux. Quatre heures par jour, il suit l’entraînement intensif des karatékas Roger Paschy et Francis Didier, tous deux champions d’Europe, au karaté-club Yamatsuki à Paris.

Gert Froebe hérite du double-rôle du méchant et de son jumeau (chose amusante, Froebe avait failli jouer le jumeau de Goldfinger dans une première version des Diamants sont éternels) et Nathalie Delon campe l’héroïne principale. Parmi les combattants du film se trouvent Roger Paschy, le cascadeur Lionel Vitrant, ainsi que Gilles Béhat (futur réalisateur de films d’action tels que Rue Barbare).

Le Lamgeais, un pétrolier de 250 000 tonnes et de 280 mètres de long, est loué à la société BP pour le film. De Dunkerque à Dakar, Christian-Jaque filme le bateau sous toutes les coutures, bénéficiant de la collaboration du commandant de bord qui manœuvre selon ses demandes pour obtenir les meilleures prises de vues. Une partie du film se déroule à Bruges, tandis que la poursuite en chars à voile est tournée au bord de la mer du Nord, avec le champion du monde Alain Houtsoegher. "C’est une scène dont j’attendais beaucoup, raconte le réalisateur, qui devait être très spectaculaire, c’était la première fois qu’on tournait une telle scène. Malheureusement, le vent nous a fait défaut et nous n’avons pu bénéficier de sa présence que pendant une demi-heure pendant laquelle j’ai fait ce que j’ai pu pour donner l’idée de vitesse et de danger." De son côté, Rémy Julienne s’occupe de la poursuite en voiture en Espagne, près d’Alicante.

Le film a bien failli s’arrêter définitivement en cours de route et de manière tragique, lorsque le Docteur Justice s’échappe de l’usine désaffectée où il est retenu prisonnier. "John Phillip Law est un garçon très courageux qui n’a pas voulu se faire doubler, se souvient Christian-Jaque. Il devait descendre une cheminée d’usine d’une trentaine de mètres de haut en se retenant au fil du paratonnerre que nous avions doublé, par sécurité, d’un câble. Il a effectué la descente deux fois, il a pris confiance, et puis, les metteurs en scène sont toujours un peu responsables des accidents, je lui ai demandé d’aller un peu plus vite, et pour je ne sais quelle raison il a lâché le câble, est parti à la renverse, a traversé une toiture avant de gésir étendu sur le sol ; à ce moment-là nous l’avons cru mort." Law en réchappe mais le tournage est interrompu pendant deux mois.

À sa sortie, le film reçoit la "Ceinture d’or", prix remis par l’Union Française de Karaté. Mais Christian-Jaque éprouve un certain regret : "Je ne suis pas certain que les enfants aient aimé l’interprétation de John Phillip Law, et j’ai l’impression qu’en lui ils n’ont pas reconnu le "Docteur Justice"". L’acteur est sans doute moins à blâmer que le scénario qui fait du personnage un homme plutôt léger (doublé par Dominique Paturel), porté sur les femmes et qui subit les événements au lieu de les provoquer… Plusieurs séquences (la descente de la cheminée, Justice enfermée dans une cage pendant que de l’eau monte…) seront réutilisées par Marcello dans les bandes dessinées ultérieures.

Philippe Lombard

[Sources : "Dr Justice Magazine" n°11, "Silence… on casse !" de Rémy Julienne (Flammarion, 1978), "La Bande Dessinée et le Cinéma" de Jean-Paul Tibéri (Regards, 1981)]

Titre Original :
DOCTEUR JUSTICE

Titre anglais :
DOCTOR JUSTICE

Année : 1975

Nationalité : France / Espagne

Réalisé par :
Christian-Jaque

Ecrit par :
Raphael Marcello, Jean Ollivier, Jacques Robert, Andrés Velasco & Christian-Jaque

Musique de :
Pierre Porte & Ángel Arteaga

Interprété par :
John Phillip Law, Gert Fröbe, Nathalie Delon, Roger Paschy, Henri Marteau, Gilles Béhat, Lionel Vitrant, Jean Lanier, Hugo Blanco, Eduardo Fajardo & Jacinto Molina


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