Les Aventuriers de l’Arche perdue (1981)
Posté le 2008-03-19 07:52:20

«Mon coeur s’est mis à battre dès que j’ai entendu l’histoire que m’a lu George Lucas, en mai 1977, à Hawaï où nous étions en vacances», se souvient Steven Spielberg. «A cette époque, il avait voulu prendre un peu de distance avec la sortie de «La Guerre des étoiles» et il nous avait demandé, à ma girl-friend et à moi, de venir passer quelques jours avec lui. Et là, il m’a raconté cette histoire à laquelle il avait pensé pendant des années. En l’écoutant, je me suis dit : «Mon Dieu, c’est merveilleux...». C’était une sacrée bonne histoire, et c’est ça qui, en premier lieu, m’a attiré. J’aimais cette idée de faire un film qui ressemble aux vieilles séries B faites par Republic, ces histoires dans lesquelles le sol se dérobe soudain sous les pieds du héros et où l’on s’aperçoit après qu’il a juste eu le temps de se rattraper ! J’aimais cette espèce d’hommage aux séries de la Republic comme «Zorro», «Sheena», «In the Navy», qu’on tournait alors par dizaines...».

George Lucas vient de raconter à son ami les aventures d’Indiana Smith, archéologue play-boy à la Cary Grant, vivant à Manhattan et partant à l’occasion à la recherche de trésors. Cette idée avait germé dans son esprit entre «American Graffiti» et «La Guerre des étoiles». Il avait rédigé trois synopsis mais dut les laisser de côté pour s’envoler dans l’espace et combattre l’Empire. Après la victoire de l’Alliance, il travaille avec Philip Kaufman sur une ébauche de scénario, située dès le départ en 1936. Mais le futur réalisateur de «L’Etoffe des héros» quitte le projet pour mettre en scène «Les Seigneurs» (avec Karen Allen). Sur les conseils de Spielberg, Lucas confie alors à Lawrence Kasdan le soin d’écrire le scénario.

La première mouture des «Aventuriers de l’Arche perdue» est prête en août 1978. Sans même la lire, Lucas engage Kasdan pour écrire «L’Empire contre-attaque», qui allait s’avérer une entreprise difficile à mener à bien. En janvier 1979, les trois hommes se réunissent à Los Angeles. «George avait vingt idées, moi dix, Larry huit. A nous trois, ça donne trente et une scènes», se souvient Spielberg. Lucas divise le scénario en soixante scènes, chacune de deux pages, et donne sa conception de la construction : «C’est un film en forme de feuilleton. C’est aussi, fondamentalement, un morceau d’action. Nous voulons que les choses restent espacées et, en même temps, construire la tension».

Un universitaire héroïque

Lucas insiste sur le fait que le film se jouera sans clin d’oeil : le public ne doit pas rire du film mais grâce à lui. Une démarche qu’il avait adoptée pour les deux premiers «Star Wars». De ce fait, le personnage d’Indiana Jones doit devenir attachant aux yeux des spectateurs. Lucas abandonne le côté dandy et fait de Jones un archéologue hors-la-loi, souvent assimilable à un pilleur de tombes. Cependant, précise-t-il, «il doit être quelqu’un que nous pouvons regarder en face. Nous fabriquons un modèle pour les jeunes gosses, aussi devons-nous faire attention. Nous avons besoin de quelqu’un qui soit honnête, vrai et confiant». Il appartient en fait à la même famille que Han Solo, le contrebandier gouailleur et téméraire de «La Guerre des étoiles»».

Dans quelle mesure Lucas a-t-il mis de lui-même dans l’archéologue? «Indiana» est déjà le nom de son propre chien («un monstre gris et blanc», selon Spielberg). Et pour Charles Champlin, l’un de ses biographes, «beaucoup d’aspects d’Indy aussi bien que d’autres anticonformistes tels que Han Solo et quelques-uns des personnages d’«American Graffiti», représentent un alter ego pour George Lucas. Indy est aventurier par amour, pas pour le gain en tant que tel, pour l’amour de faire des découvertes sur les civilisations anciennes. Indy aime combattre les méchants, il a l’amour de l’Histoire, du passé, l’amour de la chose bien faite, l’espièglerie, l’indépendance, le non-conformisme».

Steven Spielberg veut insister sur la dualité du personnage, à la fois universitaire et aventurier (un peu comme Clint+Eastwood dans «La Sanction» de 1975). Le look d’Indiana Jones lui a été inspiré par Humphrey Bogart dans «Le Trésor de la Sierra Madre» de John Huston (1947) : coiffé d’un chapeau, débraillé et mal rasé, avec un revolver à la ceinture... Il y voyait aussi un peu de l’Errol Flynn des «Aventures de Don Juan» de Vincent Sherman (1949).

Pour Harrison Ford, Jones «est un archéologue ; il enseigne l’archéologie. Mais c’est aussi un aventurier qui ignore les contraintes inhérentes au monde universitaire. C’est un héros d’épopée, de romans de cape et d’épée, mais il est en même temps vulnérable, parce qu’il est humain : il n’est pas à l’abri de la peur ou des problèmes d’argent. Il enseigne, mais je ne le décrirais pas comme un intellectuel pur et dur. Il accomplit des actions héroïques, il est brave, mais ce n’est pas un héros. Il traverse le monde et les événements avec son fouet, en tentant d’y mettre un peu d’ordre et voilà tout».

Contrairement à ce que l’on pourrait croire, Harrison Ford n’est pas le premier choix du tandem. Lucas ne veut pas d’un acteur déjà apparu dans ses productions précédentes et pense à un certain Tom Selleck. Encore inconnu, l’Américain vient de signer avec CBS pour être la vedette de la série «Magnum». Mais une grève des acteurs à Hollywood retarde considérablement le tournage, empêchant Selleck d’être disponible à temps. Neuf ans plus tard, Steven Spielberg concluera :

«Je suis sûr que Tom Selleck aurait été un Indiana Jones parfait, je n’ai aucun doute là-dessus. C’était avant qu’il soit connu et je pense qu’il aurait créé une forte impression et que le film aurait aussi bien marché qu’avec Harrison Ford. Mais Harrison a apporté au personnage quelque chose qui n’était pas prévu, un petit côté mordant, un certain cynisme qui ont fait l’Indiana Jones que tout le monde connaît aujourd’hui. Tom aurait certainement eu un peu plus d’innocence, un peu moins de roublardise... Tom n’aurait jamais pu piller des tombes, Harrison oui !».

«Les Aventuriers de l’Arche perdue» (1981)

Une fois le personnage cerné, il est décidé de l’envoyer à la recherche de l’Arche d’Alliance contenant les Dix Commandements, pour le compte des services secrets américains. Accompagné par Marion Ravenwood, un ancien amour propriétaire d’un bar au fin fond du Népal, Indiana Jones doit prendre de vitesse l’archéologue français Belloq, à la solde des Nazis, dans le désert égyptien. Tout le côté mystique du scénario est dû à George Lucas, qui avait déjà intégré des références religieuses dans les deux premiers «Star Wars» (la philosophie de Yoda, par exemple, est d’origine bouddhiste).

Le tournage des «Les Aventuriers de l’Arche perdue» («Raiders of the lost Ark») débute le 23 juin 1980, à La Rochelle, plus précisément dans le port de La Pallice. Là sont filmées les scènes où Indy et Marion s’embarquent sur un cargo (un navire égyptien que l’équipe trouve in extremis dans un port irlandais) et où le sous-marin allemand arrive dans l’île à la fin du film (à La Pallice se trouve encore une base sous-marine construite par les Nazis en 1942 ; le sous-marin provenait du film allemand «Le Bateau», tourné au même endroit juste avant).

Les séquences égyptiennes sont tournées en Tunisie, où les cascadeurs font un travail remarquable, notamment dans la scène désormais mythique de la poursuite en camion, tournée par Micky Moore (Harrison Ford est doublé dans cette scène par Terry Leonard). L’un des gags les plus drôles du film est ce moment où Indy tue d’un simple coup de revolver un virtuose du sabre, en plein marché du Caire. Il est à l’origine prévu qu’il se batte contre lui, mais Harrison Ford, plié en deux par une attaque de dysenterie, n’est pas en état pour tourner cette séquence d’action. Cette solution abrupte est donc trouvée.

Un grand soin est apporté à la séquence d’ouverture dans le temple Ovitos (tournée à Hawaï), qui à elle seule est un hommage à toute une tradition de culture populaire (serials, bandes dessinées...). «Il faut qu’elle ait l’air de continuer pendant un tiers du film, préconise George Lucas, puis donner au public une chance de repos avant que nous le frappions avec le suspense suivant». C’est Spielberg qui a l’idée de la boule géante poursuivant Indiana Jones. Construite en fibre de verre, elle pese quand même cent cinquante kilos et Harrison Ford doit tourner cette scène dix fois de suite !

ILM (Industrial Light and Magic), la société d’effets spéciaux de George Lucas, est mise à contribution et pas seulement pour la séquence finale de la «Colère de Dieu». Le simple fait de voir Indiana Jones prendre un Pan Am China Clipper pour se rendre au Népal pose problème. Plus aucun de ces hydravions n’est disponible (la plupart s’étaient écrasés !). Le seul modèle qu’ILM trouve a trop de trous pour pouvoir flotter... Il faut donc recourir à des trucages : filmer sur terre l’appareil et les passagers en train d’embarquer et intégrer l’image dans une matte painting (peinture sur verre) représentant le décor.

Aux côtés d’Harrison Ford se trouve la talentueuse Karen Allen, issue de l’«Actor’s Studio». «Nous avons joué sur cette faim de sexe dans le regard, atténuée par un sourire merveilleux», explique Spielberg. «Car au fond, son personnage de Marion Ravenhood est une gamine farceuse qui a toujours rêvé d’être un garçon». Paul Freeman incarne à la perfection le mielleux et redoutable Belloq. Pourtant, le cinéaste aurait voulu pour le rôle... Jacques Dutronc ! «S’il avait su ne serait-ce que se débrouiller en anglais, il aurait eu le rôle. (...) C’est pour moi le premier acteur au monde et je le tiens pour une véritable star».

Si aujourd’hui, Indiana Jones fait partie de l’Histoire du Cinéma, le succès du film à l’époque était loin d’être assuré. Lucas considérait «Les Aventuriers de l’Arche perdue» comme une série B et non comme une prestigieuse production hollywoodienne. Le public allait-il accrocher à cette histoire de quête divine se déroulant dans les années trente, après les «Star Wars» et les «Superman» ? Le film fait finalement un triomphe à travers le monde et reçoit quatre Oscars (montage, décors, son, effets visuels).

Philippe Lombard

[Texte écrit en 1997 pour un livre consacré à la série des "Aventres du jeune Indiana Jones", prévu pour être publié par les éditions DLM mais jamais édité.]

[Sources : «Première» n°54 et n°114, «Starfix» n°19, «Studio» n°31, «Lucasfilm Fan Club» n°7 et 8, «Lucasfilm Magazine» n°6, «George Lucas, l’homme qui a fait «La guerre des étoiles»» de Dale Pollock (Hachette, 1983)]

Titre Original :
RAIDERS OF THE LOST ARK

Titre français :
AVENTURIERS DE L'ARCHE PERDUE, LES

Année : 1981

Nationalité : Etats-Unis

Réalisé par :
Steven Spielberg

Ecrit par :
George Lucas, Philip Kaufman & Lawrence Kasdan

Musique de :
John Williams

Interprété par :
Harrison Ford, Karen Allen, Wolf Kahler, Paul Freeman, Ronald Lacey, John Rhys-Davies, Denholm Elliott, Anthony Higgins & Alfred Molina


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