Le Seigneur des Anneaux : versions avortées
Posté le 2009-02-16 12:25:55

Après Quatre Garçons dans le Vent (1964) et Help ! (1965) de Richard Lester, les Beatles sont à la cherche d’un nouveau projet de film. «John voulait que l’on achète les droits cinématographiques du Seigneur des Anneaux», se souvient Paul McCartney. «C’était vraiment son idée. On en a parlé un moment puis ça a commencé à péricliter parce qu’immédiatement, John voulait être Bilbo. Il voulait être le chef et avait tendance à se la jouer : «Ouh là, attends une minute». (…) La force des autres films que nous avions faits était que nous étions tous au même niveau.»

Finalement, Lennon revient à la raison et le casting éventuel est trouvé : Gollum (John Lennon le transformiste), Frodon Sacquet (Paul McCartney le jeune premier), Gandalf (George Harrison le mystique) et Sam Sagace (Ringo Starr le rigolo) ! Quelle direction aurait pu prendre cette adaptation improbable ? Les Fab Four la voyaient-ils comme une fable musicale et psychédélique ? C’est en tout cas ce vers quoi ils se sont dirigés, après l’abandon du projet, avec le téléfilm Magical Mystery Tour (1967) et le dessin animé Le Sous-marin Jaune (1968). «Je ne sais pas quel a été le problème mais je pense que les ayants droits de Tolkien qui contrôlent Le Seigneur des Anneaux ne nous auraient pas vendu les droits cinématographiques ou peut-être qu’ils les avaient déjà vendus à quelqu’un d’autre.»

Les droits n’avaient pas été encore cédés mais ils faillirent bien l’être au début des années soixante-dix. John Boorman, qui sort du succès de Délivrance, se plonge à son tour dans l’adaptation de Tolkien. «Ce qui m’intéressait dans Le Seigneur des Anneaux, c’était son contenu mythique. Comme vous le savez, Tolkien était un expert en mythologie et il avait mêlé dans son œuvre plusieurs mythes fondamentaux, et c’est cet amalgame qui donne, à mon avis, son pouvoir extraordinaire à cette saga épique».

Le cinéaste rencontre et convainc Tolkien mais le projet, qui atterrit entre les mains du producteur Saul Zaentz (Amadeus, Le Patient Anglais), est beaucoup trop cher à monter et tombe à l’eau. «La frustration éprouvée lorsque je dus abandonner ce projet m’avait laissé dans un état de très grande tension qui demandait à se libérer dans mon film suivant.»

Boorman écrit et réalise alors Zardoz, fable de SF métaphorique avec Sean Connery, elle aussi empreinte de mythologie. «Le Seigneur des Anneaux se passe dans la Terre Moyenne, dans un monde que nous connaissons, qui est supposé exister avant les temps historiques et pourtant qui semble se passer dans un continuum temporel différent du nôtre. Le bien et le mal représentent deux pôles mais lorsque, à la fin du livre, le mal est vaincu, il ne disparaît pas mais se dilue, se dissipe dans le bien, ce qui crée un état complexe, celui que nous connaissons, où les deux sont inextricablement liés. Zardoz prend place dans le futur mais on a également l’impression que c’est un autre continuum temporel, que cela pourrait se passer à notre époque, si le monde avait suivi un autre cours. L’essentiel de Zardoz semble m’être apparu en rêve et comme je crois, ainsi que le prétend Jung, que ces mythes existent en moi, j’attendais qu’ils se libèrent, qu’ils apparaissent au grand jour.»

Philippe Lombard

[Sources : «Positif» n°157, «Beatles at the Movies» de Roy Carr (Harper Perennial, 1996)]

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